‹ La science et les lettres en OrientChapitre 47 sur 68 · LE BII AG A Ÿ AT A- P U H AS A · texte numérisé non relu

LE BII AG A Ÿ AT A- P U H AS A

Voilà la cause insondable de toutes choses, l'être sans forme et sans attribut personnifié dans une figure mythologique bizarre et grandiose ; voilà toutes les richesses de la poésie indienne jetées comme un voile éblouissant de broderies sur la conception abstraite de la substance absolue. Au milieu de ces images colossales et accumulées, le sentiment métaphysique se trahit par cette phrase : Sa racine était le principe iiwisible.

Les mêmes associations de l’idée philosophique cl de l'imagination poétique poussées toutes deux à l’extrême, se retrouvent dans le récit de la lutte que l’être des êtres, transformé en un guerrier terrible, soutient contre un géant, en présence de tous les dieux, de tous les génies, de toutes les créatures, qui suivent avec anxiété les chances du combat qui doit détruire ou sauver le monde Les diverses phases du combat et les injures qui le précèdent, rappellent, n dans des proportions surhumaines, les combats homériques; mais celui qui frappe le géant, c’est le créateur de toutes choses. Pendant la lutte, il dépose la terre à la surface de l'Océan; il est plein de dieux engendrés dans son sein. Ces exemples, qu’on pourrait multiplier sans peine, suffisent à montrer comment la poésie et l’abstraction se mêlent dans les Pouranas. Passons aux idées qu'ils renferment sur la

1 Ultiÿavala-Purdna, pjg. U9

vie humaine, sur son but véritable, enfin sur la morale et sur la société indienne.

Au point de vue du Bhdgavata-Purdna, la vie est une illusion douloureuse cl comme un songe pénible. Vivre, penser, agir, c’est être séparé du principe unique et absolu, c'est se trouver en rapport avec ce néant agité qu'on appelle le monde. L'existence humaine est un supplice imposé à l’esprit tombé dans le monde inférieur à cause de ses fautes. De là cette énergique peinture des misères de la condition humaine que bous offre le Bhâgavala-Purâna. Après nous avoir fait entendre les gémissemenls de l'àmc dans l’embryon, l'auteur montre la misère de la créature condamnée à vivre, tombant à terre au milieu du sang où elle s’agite comme un ver, dépouillée de la mémoire, dépouillée de la connaissance, ne pouvant se faire comprendre. Au point de vue indien des existences successives, l'homme naissant est bien plus réellement que chez le poète latin un passager rejeté par les Ilots :

Sævis projeclus ah undis Navita. (Lucrèce.)

Le tableau de notre condition que Pline a tracé n’égale pas en mélancolie quelques vers du Bluhjavata-Purâna ', parce que ce n'esl pas un vague scepticisme, mais une triste croyance, qui inspire le poète. Pour

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