‹ La science et les savants au XVIe siècleChapitre 1 sur 145 · M DCCC LXVII · texte numérisé non relu

M DCCC LXVII

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Le sujet de cet ouvrage est moins étendu que son titre ne semble l’annoncer. Le tableau de l’état du savoir humain à une époque donnée, bien que restreinte, ne saurait être présenté d’une manière complète dans un petit volume. Ce sujet est si vaste et si complexe, il comporte uue si nombreuse série de matières

1 Les éditeurs croient devoir déclarer que cet ouvrage, écrit et complètement terminé en 1865, devait paraître au commencement de 1866, et que des circonstances imprévues, indépendantes de leur volonté, ont seules retardé jusqu’à ce jour la publication.

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diverses, qu’un pareil travail ne saurait être accompli par un seul homme et qu’il exigerait un assez grand développement. Les principales divisions de la science générale : les sciences philosophiques, naturelles, physiques et mathématiques, se subdivisent ellesmêmes d’une manière presque indéfinie, et chacune de ces parties est encore si étendue, qu’il n’existe peut-être aucun savant capable de posséder complètement l’une quelconque de ces subdivisions.

Au moyen âge comme dans l’antiquité , quelques hommes supérieurs, certains esprits encyclopédiques ont parfois conçu la pensée d’entreprendre cette tâche immense, en réunissant dans un vaste travail l’ensemble des connaissances acquises jusqu’à leur époque. Aristote, Pline, Géber, Isidore de Séville, Vincent de Beauvais, Albert le Grand, Conrad Gesner, firent d’heureux efforts pour accomplir une telle entreprise. Depuis lors, la

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chose est devenue matériellement impossible. Toutefois quelques savants modernes , se renfermant dans une des divisions principales, ont cherché à réunir tous les éléments qui s’y rapportaient. C’est ce qu’ont fait Aldrovande, Haller, Buffon et plusieurs autres; mais à mesure que chaque division s’est enrichie, il a fallu subdiviser encore, et se borner à l’étude d’une seule branche ou même d’un seul rameau de la science de plus en plus accrue et fractionnée.

Ceci, il est vrai, s’applique surtout aux ouvrages de science pure et appliquée à l’enseignement; mais il n’en est pas de même pour les travaux de vulgarisation, c’est-à-dire destinés à fournir aux gens du monde une idée générale des connaissances auxquelles ils sont étrangers, ou aux savants eux-mêmes les données principales de telle branche de savoir qui se lie avec les sujets particuliers de leurs études. Telle est l’histoire générale

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de la science, que tout le monde devrait connaître parce quelle jette une immense lumière sur tout ce qui forme son domaine, mais qui ne peut être traitée complètement que par des hommes spéciaux. Nous en dirons autant de la biographie des savants, déjà écrite d’une manière si supérieure dans le dernier siècle par Fontenelle, Condorcet, Vicq d’Azyr, Antoine Louis, et plus près de nous par MM. Biot, Arago, Dumas, J. Bertrand, Élie de Beaumont, Cuvier, Flourens, Pariset, Dubois, Béclard et tant d’autres, qui ont fait de la biographie scientifique l’objet d’une étude particulière et approfondie.

D’ailleurs ces deux branches de l’histoire de la science sont devenues elles -mêmes si étendues, qu’il a fallu également les diviser et se restreindre à les étudier par fragments. C’est ce qui nous a décidé à limiter ce travail à l’histoire des sciences naturelles et des sciences physiques pendant une période qui

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comprend la fin du xve et le xvie siècle tout entier.

Cette période est celle à laquelle on a donné le nom de Renaissance, parce qu’elle représente le moment du réveil simultané des sciences, des lettres et des arts dans les temps modernes : époque curieuse et brillante qui termine le moyen âge et inaugure l’ère de la civilisation actuelle. « Vingt historiens, avons-nous dit ailleurs ', ont signalé ce que les langues, la littérature, les arts et la philosophie 2 doivent à ces quelques an-

• Études biographiques pour servir à l'histoire desscieuces. 2e série, p. 47; -1804.

2 Ce mot a pris, dans la suite des siècles, tant d’acceptions diverses, qu’il est nécessaire de ne jamais oublier l’époque à laquelle il doit se rapporter. Chez les anciens , la philosophie s’entendait de la science universelle; suivant Platon, des choses divines et humaines, des opinions, des systèmes, comme des écoles où cette science était professée. Au moyen âge, elle comprenait les doctrines métaphysiques et les principes de toutes les sciences : la physique, la dialectique, la morale, les mathématiques et même l’alchimie, qui s’ap-

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nées , durant lesquelles l’esprit humain marcha résolument à la conquête des idées qui devaient servir de base à une civilisation nouvelle; mais peut-être n’a-t-on pas assez étudié ce que la même période apporta de faits nouveaux, d’heureuses découvertes et de profondes conceptions à la science qui, elle aussi, tendait à se renouveler. »

Ce travail n’est donc proprement qu’un récit dans lequel nous cherchons à établir le point de développement où étaient parvenues les sciences naturelles et les sciences physiques à la fin du moyen âge, et à constater les nouveaux éléments que le xvie siècle est venu leur apporter. Fidèle à notre usage de faire concorder la biographie scientifique avec

pelait aussi la philosophie hermétique ; plus tard , on y réunit l’histoire naturelle. Au xvme siècle, les encyclopédistes lui donnèrent une nouvelle signification, et de nos jours, chez les Allemands, elle s’est appliquée à des systèmes encore plus variés et plus complexes.

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l’histoire de la science, nous avons cherché à rendre ce tableau plus animé en insistant sur la vie des hommes qui ont accru les richesses intellectuelles de cette époque et ouvert les voies scientifiques dans lesquelles nous marchons encore aujourd’hui. Nous ne l’avons fait, du reste, qu’avec discrétion et seulement lorsqu’une célébrité éclatante ou des incidents d’un intérêt exceptionnel s’attachaient à leur biographie.

Nous avons fait rarement usage de notes et de citations, toujours indispensables dans un traité ex professo , mais qui, dans un travail abrégé, auraient l’inconvénient de ralentir la marche du récit. Toutefois nous ne saurions nous dispenser de signaler ici les principales sources où, indépendamment des ouvrages originaux, nous avons puisé nos autorités et nos meilleurs documents, afin de rendre un solennel hommage aux historiens de la science qui nous ont précédés. Ceux

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que nous avons eu le plus souvent à citer sont les suivants :

G. Cuvier, Histoire des sciences naturelles , 5 vol. in-8°, 1841.

De Blainville, Histoire des sciences de l’organisation , 3 vol. in-8°.

Ivurt Sprengel, Histoire de la médecine, trad. Jourdan, 8. vol. in-8°, 1820.

Charles d’Orbigny, Dictionnaire d’histoire naturelle, 16 vol. in-8°.

Pouchet, Histoire des sciences naturelles au moyen âge, in-8°, 1853.

Hœfer, Histoire de la Chimie, 2 vol. in-8°,

Filon, Histoire de l’Europe au xvie siècle, 2 vol. in-8°, 1833.

Guizot, Histoire de la civilisation en Europe, 5e édition.

Desmichels, Précis de l’histoire du moyen âge, 9e édition, in-8°, 1846.

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Robertson, Histoire de Charles - Quint , 5 vol. in-12, 1769.

J. Bertrand, les Fondateurs de l’astronomie moderne, 1 vol. in-8°.

Puisse le lecteur tirer quelque fruit d’un ouvrage qui, en nous imposant de longues mais intéressantes recherches, nous a de plus en plus attaché nous -même à l’importante étude dont il est l’objet.

Paris, janvier 1866.

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