‹ La science et les savants au XVIe siècleChapitre 118 sur 145 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

ses théories comme ses découvertes y sont présentées sous la forme la plus simple et la plus claire; sa logique est nette , ferme et serrée. Son langage, toujours pur, élégant et spirituel, offre le type de l’exposition scientifique. Sa lettre à la grande-duchesse Christine est un véritable chef-d’œuvre de dialectique. Ses travaux imprimèrent à presque toutes les sciences une marche toute nouvelle.

Après lui, ses élèves Torricelli, Viviani, Marchetti, continuèrent sa méthode et sa gloire. Grâce aux formes mathématiques dont il avait enseigné l’emploi , on s’appliqua surtout à l’exactitude dans les expériences, on se tint mieux en garde contre l’erreur. On admit partout comme un élément indispensable le calcul et la mesure.

Bien que Galilée fût un peu moins âgé que Bacon , sa philosophie se répandit avec plus de rapidité que celle du célèbre chancelier d’Angleterre. Bacon avait tracé avec génie la route que devait suivre la science, mais il y avait à peine marché lui-même; Galilée, au contraire, parcourut à grands pas la voie nouvelle, et laissa partout l’empreinte de son passage. Bacon opposa quelquefois l’autorité à l’autorité; Galilée ne chercha ses témoignages que dans les phénomènes eux-mêmes, et dans les lois qui les régissent. Aussi l’influence de Bacon ne se fit -elle sentir que dans le cours des siècles suivants, tandis que dès la première moitié du xvne siècle la révolution scientifique était accomplie, et c’est à Galilée qu’était réellement dû ce grand résultat.

René Descartes est le troisième membre de cet illustre triumvirat. Bien qu’il occupe une place considérable parmi les physiciens nés dans le cours du

xvie siècle , il tient un rang encore plus élevé parmi les mathématiciens de la même époque, et nous aurons bientôt l’occasion de citer ses travaux les plus remarquables dans cet ordre. Mais on ne saurait détacher son nom de ceux de Bacon et de Galilée, parce que’ durant la même période, ces trois savants concoururent également à imprimer à l’art de raisonner une forme nouvelle qui donna au progrès général des sciences l’impulsion la plus vive et la plus féconde.

On s’est plu assez souvent à rapprocher les trois hommes que nous venons d’étudier d’une manière sommaire, et à déterminer la part que prit chacun d’eux à l’avancement des sciences. Tous les trois, il est vrai, partirent d’un point commun : la nécessité d’en finir avec les systèmes de l’antiquité et de réformer la méthode employée jusque-là à l’étude de la philosophie naturelle. Bacon fonda cette réforme sur l’observation et l’induction ; Galilée l’appuya exclusivement sur l’expérience et le calcul; Descartes, sur Je doute, puis sur l’évidence et la déduction géométrique. Bacon signala les moyens les plus propres à bien observer; Descartes rechercha la cause primordiale des phénomènes; Galilée en étudia surtout les conséquences. Enfin Bacon, moins expérimentateur, appartient surtout à la philosophie de la science; Galilée fut plus éminent dans la physique, et Descartes dans la géométrie. Il est curieux sans doute de voir ces trois hommes de génie travailler ainsi, sans se connaître, à un même objet, et imprimer, comme d’un commun accord, une même direction au progrès des sciences ; mais il ne l’est pas moins de les voir, presque au même instant , secondés par des savants

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