LIVRE V
satisfaisants, on lui enjoignit de renoncer à sa doctrine.
De retour à Florence, en 1617, il reprit ses travaux, et s’appliqua pendant plusieurs années à recueillir les arguments les plus irréfragables en faveur de ses opinions astronomiques. Il en fit l’objet d’un ouvrage intitulé : Quatre Dialogues sur les deux grands systèmes de Ptolèmée et de Copernic. Il présenta cet écrit à Rome, au maître du sacré palais, dont il obtint l’approbation, et revint à Florence pour le faire imprimer. Cette publication souleva une nouvelle tempête parmi les théologiens. Galilée fut assigné à comparaître devant le tribunal de l’inquisition et condamné, à l’ûge de soixante -dix ans, à faire à genoux une rétractation dont on lui dicta les termes. C’est à l’occasion de cet acte, dans lequel on l’obligeait à reconnaître l’immobilité de la terre, qu’il prononça, dit-on, ces mots : E pur si muoi'e (et cependant elle tourne).
Galilée ne fut point, comme on l’a dit, jeté dans les cachots de l’inquisition. Il resta seulement enfermé pendant un mois environ dans le palais de la Trinité- du- Mont , où résidait le grand inquisiteur. Rendu à la liberté, il revint habiter une campagne qu’il possédait à Arcetti, près de Florence. Il continua à s’y livrer à ses travaux et à ses méditations ; mais dès lors , il ne publia plus rien. Arrivé à l’âge de soixante-quatorze ans, il perdit la vue, et mourut quatre ans après (1642), l’année même de la naissance de Newton.
Galilée fut un des esprits les plus vastes et les plus sublimes qui aient jamais éclairé les sciences. Géomètre, astronome, créateur de la physique expéri-
mentale, réformateur de la philosophie naturelle, il fut encore un des écrivains les plus éminents de l’Italie. Aussi grand philosophe que grand physicien , il enseigna, par la pratique, la véritable méthode d’interroger la nature, et les exemples qu’il donna devinrent autant de modèles pour les savants qui lui succédèrent. La scolastique ne se releva point des coups qu’il lui avait portés, et les sciences ne se détournèrent plus de la voie qu’il leur traça. Avant l’âge de vingt-cinq ans, il avait découvert la loi de la chute des corps graves et celle du mouvement uniformément accéléré, ainsi que des courbes qui en résultent, observé l’isochronisme des oscillations du pendule, inventé le thermomètre , le compas de proportion , posé les bases de la mécanique; plus tard il jeta les fondements de l’hydrostatique, de la balistique, et changea par ses découvertes toute la face de l’astronomie. Il écrivit sur l’optique, sur le choc des corps, sur le magnétisme, sur le mouvement des animaux. Son génie si habile à concevoir les théories générales était en même temps tourné vers les applications utiles. Considérant les mathématiques comme un instrument propre à mesurer les phénomènes, leurs causes et leurs effets, il fit de constants efforts pour introduire l’épreuve géométrique dans la philosophie naturelle, et c’est ainsi qu’il assit définitivement l’édifice des sciences sur l’observation, le calcul et le raisonnement.
Les écrits que laissa Galilée sont très -nombreux 1 ;
i Une édition toute récente de ses Œuvres, publiée à Florence, contient quelques fragments de ses manuscrits retrouvés depuis peu d’années.