‹ La science et les savants au XVIe siècleChapitre 29 sur 145 · V UK I · texte numérisé non relu

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L’ouvrage entier offre un témoignage éclatant du vaste savoir et de l’aptitude consciencieuse de l’auteur poulies recherches de cette nature. Vincent de Beauvais ne pouvait échapper aux idées dominantes de son temps; aussi son ouvrage contient- il beaucoup de détails évidemment empreints des erreurs du xm° siècle; mais on y trouve également des preuves d'un esprit très-élevé et de la plus vaste érudition.

Le nom d’Arnauld deVilleneuve eut une plus grande, sinon une plus juste célébrité. Il se nommait Arnauld de Bachuone, et il était provençal. Il naquit vers 1240 , à Villeneuve-Loubet, près de Vence. Il fit ses premières études médicales à Aix, puis à Paris, où il demeura dix ans; il alla ensuite à Montpellier, où il professa quelque temps la médecine. Son enseignement fit école en ce qu’il s’éloigna dès le principe des doctrines des Arabes et des Grecs du moyen âge, et qu’il se montra tout à fait original. Arnauld fut bientôt signalé comme le premier médecin de l’Europe; mais il n’était pas dans ses habitudes de demeurer où il n’avait plus rien à apprendre. Il quitta donc Montpellier pour aller en Espagne. Il apprit la langue arabe, et, en 1286, il professa, à Barcelone, la médecine et la chimie avec un tel succès, que don Pedro 111, roi d’Aragon, étant tombé gravement malade, l’appela près de lui à Villefranche en Catalogne; mais Arnauld ne put le sauver. Il alla ensuite en Italie, où il s’occupa beaucoup d’alchimie et de transmutation. Il voulut aussi s’immiscer dans les questions de théologie, et les opinions qu’il émit lui firent encourir la censure ecclésiastique. Excommunié par l’évêque de Tarragone, il vint à Paris, où il fut accusé de sorcellerie, ce qui le détermina à se retirer à Montpellier.

II y devint régent de la faculté de médecine. Il voyagea ensuite en Italie, en Sicile, et se mit sous la protection de Frédéric II, qui le combla de bienfaits. Jacques II, d’Aragon, l’employa dans une mission diplomatique auprès du saint-siège. Le pape Clément V, atteint de la pierre, ayant réclamé ses soins,

Arnauld de Villeneuve.

Arnauld s’embarqua pour Avignon ; mais, le vaisseau qui le portait ayant fait naufrage, il périt dans la traversée.

C’est à tort que l’on attribue à Arnauld de Villeneuve la découverte des acides minéraux, de la distillation de l’eau-de-vie et de l’essence de térébenthine. Tous ces produits étaient connus longtemps avant son

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époque. Toutefois, il parait avoir appelé particulièrement l’attention sur l’emploi de l’eau-de-vie en médecine, et il donna la formule de plusieurs médicaments alcooliques. Son Traité de la pierre philosophale et son Miroir d’alchimie ( Spéculum alchimiœ), ne renferment que les principes ordinaires des alchimistes sur le grand œuvre. Le Rosaire des philosophes, l’un de ses principaux ouvrages, est plein de divagations du même genre. Son traité de Sigillis, est un mélange d’astrologie et d’alchimie, rempli des idées du temps sur l'influence des astres, les formules mystiques et les conjurations. Il y décrit les cachets, les amulettes magiques, qu’il préconise comme tout aussi efficaces que les médicaments. Il en est de même de son traité intitulé : Pratique sommaire , où il donne sérieusement les moyens de préparer des philtres contre les enchantements et les maléfices. Son ouvrage intitulé : Fleur des fleurs ( Flos florum), traite de la composition élémentaire des corps. Les éléments d’Arnauld de Villeneuve sont toujours le soufre, le mercure, l’arsenic et le sel ammoniac. Il y compare l’âme humaine à un ferment qui anime le corps, rapprochement entre les corps minéraux et la nature vivante assez familier aux alchimistes, et qui remontait h l’école d’Alexandrie. Enfin, on a encore de lui plusieurs écrits relatifs à la médecine , entre autres un commentaire des préceptes de l’école de Salerne , qu’il publia à Naples, vers la fin de sa vie.

Si Arnauld de Villeneuve ne fut pas un illuminé de bonne foi, il eut le tort d’exploiter largement la crédulité de ses contemporains. Comme savant, il est certainement au-dessous de la réputation dont il a joui. Tous ses ouvrages sont écrits d’un style symbo-

lique, obscur, pédantesque ; et, s’il est vrai qu’ils contiennent le résumé de toutes les connaissances de son époque, on chercherait en vain , parmi cette multitude défaits et de détails, ceux qui lui appartiennent en propre, et constituent son patrimoine de savant.

C’est à peu près à la même date que nous rencontrons le célèbre Piaymond Lulle, dont la vie aventureuse n’eut pas moins de retentissement que le renom scientifique, et qui termine la liste des alchimistes éminents du xme siècle.

La vie de Raymond Lulle (Ramon Lull) fut extrêmement agitée, et offre un intérêt tout à fait dramatique. Né àPalma, dans l’ile Majorque (1235), il passa ses premières années à la cour de Jacques 1er d’Aragon, où il avait un emploi. Cette première époque de sa vie fut remplie par des événements assez romanesques. On raconte qu’épris d’une dame espagnole, il la suivit à cheval jusque dans une église pour s’en faire remarquer. Cette dame, voulant mettre fin à ses poursuites, lui apprit qu’elle était rongée par un cancer. Raymond Lulle, revenu à lui-même, prit l’habit de Saint-François, et conçut l’idée d’une croisade ayant pour but de convertir les infidèles par la prédication. Il étudia la théologie, les langues orientales, et écrivit un grand ouvrage intitulé l 'Art universel (Ars magna) '. Il se mit ensuite à parcourir les

> Cet art consistait surtout à savoir donner à toute chose un attribut positif et un attribut négatif, qu’il fallait apprendre par cœur. Il rassemtda tous ces attributs, et les rangea dans un certain nombre de classes, qu'il désigna chacune par les lettres de 1 alphabet. On avait fait courir le bruit qu’il était un très-habile alchimiste, et que , pendant son séjour à Londres, il avait con-

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