LIVRE I
sciences, au milieu d’une période de ténèbres, l’élan le plus vif et le plus heureux.
Durant le même siècle, parurent un grand nombre d’alchimistes, dont la science moderne se contente le plus souvent d’enregistrer les noms, bien que plusieurs d’entre eux semblent mériter une mention plus distinguée; tels sont : Christophe de Paris, auteur de VElucidarium chimicum; le roi de Castille, Alphonse X, auteur de la Clef de la sagesse , qui fit publier les tables astronomiques auxquelles son nom est resté attaché ( Tables Alphonsines)\ Pierre d’Apono ou d’Albano, médecin du pape Honorius, astrologue, dont les écrits renferment de nombreuses formules magiques de conjurations, et dont les grandes richesses furent attribuées à ses connaissances alchimiques; Alain de Lille, religieux de Citeaux, qui écrivit sur la pierre philosophale, et dont on a rapporté la longévité remarquable à V élixir des sages , qu’il avait inventé ; Duns Scot , Guidon de Montanor, auteur de l'Échelle des philosophes ; Jean de Meung, surnommé Clopinel, parce qu’il était boiteux, qui vécut à la cour de Philippe le Bel, et qui acheva le Roman de la Rose, poème commencé par Guillaume de Lorris, où l’on trouve deux chants consacrés à l’alchimie; enfin, jusqu’au pape Jean XII qui écrivit en latin un traité sérieux de l’art transmutatoire, et qui en même temps lança une bulle contre les charlatans et les astrologues qui se jouaient sciemment, et par cupidité, de la crédulité publique.
D’autres hommes, d’un véritable savoir, figurent plus dignement, et à plus d’un titre, dans l’histoire alchimique de cette période. Saint Thomas d’Aquin (des comtes d’Aquino), né en 1227, dans le royaume
de Naples, élève d’Albert le Grand, entra de bonne heure dans l’ordre des Dominicains. Indépendamment de ses nombreux écrits sur la philosophie religieuse, il laissa plusieurs ouvrages sur les sciences, en particulier sur l’alchimie, notamment un Traité sur l’essence des minéraux , un Traité d’alcliimie, et un autre écrit intitulé : Sécréta alchitniæ Magnolia. Les détails qu’il donna sur la composition des pierres fines artificielles, peuvent être regardés comme le point de départ de l’art, si célèbre au moyen âge, de fabriquer les vitraux coloriés. Saint Thomas s’expliqua avec netteté sur plusieurs points de métallurgie, surtout sur les alliages. Il était pénétré du rôle important que l’air joue dans la combustion et dans les phénomènes de la vie. Bien qu’il figure parmi les alchimistes de cette époque, il ne lit jamais que de la chimie sérieuse, et ne se mêla nullement de cabale ni d’astrologie.
Vincent de Beauvais, dominicain, précepteur des enfants de Louis IX, mérita le surnom de Pline du moyen âge. On lui doit un vaste travail qu’il entreprit par ordre de saint Louis. C’est un résumé général de toutes les sciences alors enseignées dans les écoles de l’université. Le Spéculum majus contient le répertoire de tous les faits historiques, physiques, moraux, intellectuels, acquis à son époque. Cette encyclopédie du xme siècle est plus complète et plus méthodique que toutes celles qui l’avaient précédée. Elle est divisée en quatre parties. La première s’occupe des faits d’histoire naturelle connus, de physique et môme d’alchimie; la troisième partie a pour titre : Miroir doctrinal, ou scientifique; elle contient de nombreux emprunts faits à Aristote, à Boëce, à saint Bernard.
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