LIVRE
reste encore beaucoup qu’on ne saurait lui contester. Outre les ouvrages de théologie qui se rapportent à ses projets de croisade pacifique, il a laissé un grand nombre d’écrits relatifs à l’alchimie On a cherché à expliquer cette fécondité en supposant qu’il avait existé deux Raymond Lulle, l’un théologien, et l’autre alchimiste ; mais rien ne prouve la réalité de cette allégation.
« Parmi les alchimistes, dit M. Dumas -, Raymond Lulle a fait école, et l’on peut dire qu’il a donné une direction utile. En cherchant la pierre philosophale par la voie humide, et en employant la distillation comme moyen , il a fixé l’attention sur les produits volatils de la décomposition dès corps. »
On a attribué à Raymond Lulle, comme il Arnauld de 'Villeneuve, plusieurs découvertes qui sont évidemment antérieures ti son époque. Sa réputation comme chimiste est d’ailleurs peu justifiée par ses ouvrages. Il reconnaît, avec tousses contemporains, le soufre et le mercure comme les éléments des métaux; il croit à la pierre philosophale; il admet les notions spéculatives les plus bizarres, les figures de la cabale, les formules mystiques fondées sur la combinaison des lettres de l’alphabet. Son style est obscur, incorrect, prétentieux. R a joui néanmoins d’une grande célébrité; sa doctrine fut quelque temps enseignée dans toutes les écoles, et il est cité avec de grands éloges par la plupart des alchimistes qui lui ont succédé.
1 Les principaux sont : P.4r.? magna , le Compendium artis alchimiœ, ses Contemplations , l'Art général, le Livre des douze principes, le Testomenlum et le Testamentum novissimurn.
2 Philosophie chimique, p. 29.
Arnauld de Villeneuve et Raymond Lulle terminent la période de l’alchimie des idéalistes. A cette période succéda celle de quelques alchimistes qui commencèrent à entrer dans une voie plus rationnelle, et s’occupèrent surtout des applications de cette science à la médecine. Il est un grand nombre de ces savants dont l’histoire scientifique gardera peu de souvenir. Parmi eux pourtant se distinguent Thaddée de Florence, Gilbert d’Angleterre, Guillaume, évêque de Paris, Georges Ripley, chanoine de Bridlington, qui devint maître des cérémonies du pape Innocent VIII. Il faut y joindre Bernard de Trêves, Jean de Rochetaillade et l’Anglais Bartholomée , auteur d’un livre remarquable , intitulé : De rerum Proprietatibus , dans lequel il est question non-seulement d’alchimie, mais de plusieurs autres branches d’histoire naturelle.
Il faut donner plus d’attention à un homme qui a joué un certain rôle à la fin du xive siècle : Nicolas Flamel, né à Pontoise, d’abord écrivain public, dont la fortune s’éleva à un degré considérable, grâce, a-t-on dit, à la découverte qu’il avait faite déjà pierre philosophale. 11 paraît néanmoins qu’il avait gagné beaucoup d’argent avec les Juifs, alors perséeutés, et forcés d’abandonner la plus grande partie de leurs richesses. Il raconte dans l’un de ses écrits qu’il a puisé ses connaissances dans un manuscrit acheté d’un Juif obligé de fuir. Cette histoire pourrait bien n’être autre chose qu’une allégorie par laquelle il rappelait, à mots couverts, l’origine de sa fortune. Nicolas Flamel en fit du reste un généreux emploi; il fonda plusieurs hôpitaux, fit construire ou achever plusieurs églises , et laissa divers écrits de philoso-