‹ La science et les savants au XVIe siècleChapitre 32 sur 145 · LIVR K · texte numérisé non relu

LIVR K

phie hermétique. Ou pense que ces écrits avaient moins pour objet d’avancer la science que de dissimuler la véritable source des richesses qu’il avait acquises.

Le nombre des adeptes augmenta encore sous le règne de Charles VI, qui, en proie à une maladie mentale, se livra aux recherches de la magie, de la cabale, et publia lui-même un ouvrage alchimique, sous le titre de Trésor de philosophie. On a remarqué que le style de cet écrit avait de grands rapports avec celui des ouvrages de Nicolas Flamel, que l’on en croit le véritable auteur.

Au commencement du xv° siècle, le comte Bernard le Trévisan , dans son Opuscule très-excellent sur la maie philosophie naturelle, raconta avec naïveté les tribulations de sa vie d’alchimiste, ses travaux, ses dépenses, ses voyages et le peu de succès de ses premières tentatives. 11 finit pourtant par déclarer qu’il a trouvé le véritable secret des philosophes et qu’il est prêt à le révéler. Malheureusement, ce secret est enveloppé dans une sorte de parabole , oü les métaux et les réactifs interviennent successivement sous le nom des étoiles et des planètes, et qui n’est, au demeurant, qu’une allégorie tout à fait inintelligible.

C’est à la même époque que se rapportent les écrits de Eck de Sulzbach , qui démontra le premier que les métaux augmentent de poids quand on les calcine, et que cette augmentation est due à Y union d'un esprit (gaz) au corps du métal. Ce qui le prouve, dit-il, c’est que le cinabre artificiel (oxyde rouge de mercure), soumis à la distillation, dégage un esprit. Il y a dans ce peu de mots la découverte tout entière

de l’oxygène, qu’il ne s’agissait plus que de rendre évidente par l’expérience et par le calcul, comme l’ont fait, trois cents ans plus tard, les chimistes du xvme siècle 1 .

Un dernier alchimiste de la même période, dont le nom est beaucoup plus célèbre, est Basile Valentin, bien que l’on n’ait sur l’existence de ce personnage que des données fort peu authentiques. On a même répandu sur sa vie tant de fables et de récits contradictoires, que l’on a cru devoir en conclure qu’il n’avait jamais existé. Son nom, formé de deux mots , l’un grec et l’autre latin , qui signifient : Roi puissant , fait du moins supposer que quelque adepte a voulu se cachersous ce pseudonyme. Des biographes ontavancé qu’il vivait dans le xne siècle , d’autres dans le xivc ou le xv°. La date de ses ouvrages n’est pas plus certaine ; mais comme il indique le premier l’emploi thérapeutique du mercure, dont l’usage ne se répandit qu’au commencement du xvie siècle, on en a conclu qu’il florissait dans le cours du siècle précédent. On a dit qu’il était bénédictin à Erfurth; mais Boerhaave a prouvé qu’il n’y avait jamais eu à Erfurth de couvent de bénédictins. On prétend aussi que lorsqu’il travaillait sur le minéral que les Latins nommaient slibium, des porcs ayant avalé quelques fragments de cette substance, éprouvèrent une forte évacuation, et engraissèrent prodigieusement; que Basile Valentin ayant voulu par le môme moyen rendre l’embonpoint aux religieux de son monastère, ceux-ci périrent tous, ce qui valut à ce nouveau remède le nom d 'antimoine,

1 Hoefer, Histoire de la chimie , t. I, p. 447, 3e édition.

Page 1