Voy. Claude Bernard, Leçons sur la chaleur. Paris
travail organique de toutes les parties du corps ; mais en même temps elle devient aussi le principe de l'activité de chacune de ces parties. Cette corrélation est surtout indispensable pour le cerveau et le système nerveux, qui tiennent sous leur dépendance toutes les autres actions vitales. Les expériences ont montré que le tissu du cerveau présente la température la plus élevée de tous les organes du corps. Chez Fhomme et les animaux à sang chaud^ le cerveau produit lui-même la chaleur qui est nécessaire à la manifestation de ses propriétés de tissu. S'il n'en était pas ainsi, il se refroidirait infailliblement, et on verrait aussitôt toutes les fonctions cérébrales s'engourdir, l'intelligence et la volonté disparaître. C'est ce qui arrive chez les animaux à sang froid^ chez lesquels la fonction de calorification n'est pas suffisante pour permettre à l'organisme de résister aux causes de refroidissement extérieures.
Sous le rapport des conditions organiques ou physico-chimiques de ses fonctions^ le cerveau ne nous présente donc rien d'exceptionnel.
Si maintenant nous passons à l'expérimentation physiologique, nous verrons qu'elle parvient à analyser les phénomènes cérébraux de la même manière que ceux de tous les autres organes.
Le procédé expérimental le plus généralement mis en pratique pour déterminer les fonctions des organes consiste à les enlever ou à les détruire d'une façon lente ou brusque, afin de juger des usages de l'organe d'après les troubles spéciaux apportés dans les phénomènes de la vie. Ce procédé de destruction ou d'ablation organique, qui constitue une méthode brutale
de vivisection, a été appliqué sur une grande échelle à l'étude de tout le système nerveux ^
Ainsi^ quand on a coupé un nerf et que les parties auxquelles il se distribue perdent leur sensibilité, nous en concluons que c'est là un nerf de sensibilité; si c'est le mouvement qui disparaît, nous en inférons qu'il s'agit d'un nerf de mouvement.
On a employé la même méthode pour connaître les fonctions des diverses parties deTorgane encéphalique, et, bien qu'on ait rencontré ici de nouvelles difficultés d'exécution à cause de la complexité des parties, cette méthode a fourni des résultats généraux incontestables.
Tout le monde savait déjà que l'intelligence n'est pas possible sans cerveau, mais l'expérimentation a précisé le rôle qui revient à chacune des portions de l'encéphale. Elle nous apprend que c'est dans les lobes cérébraux que réside la conscience ou l'intelligence proprement dite^ tandis que les parties inférieures de Ten-
1. Voy. Leçons sur la physiologie et la pathologie du système nerveux, Paris, 1858.
céphale recèlent des centres nerveux affectés à des fonctions d'ordre inférieur.
Ce n'est pas ici le lieu de décrire le rôle particulier de ces différentes espèces de centres nerveux qui se superposent et s'échelonnent en quelque sorte jusque dans la moelle épinière, il suffit de constater que nous en devoîis la connaissance à la méthode de vivisection par ablation organique qui s'applique d'une manière générale à toutes les investigations physiologiques. Ici le cerveau se comporte encore de même que tous les autres organes du corps, en ce sens que chaque lésion de sa substance amène dans ses fondions des troubles caractéristiques et correspondant toujours à la mutilation qui a été produite.
Au moyen des lésions cérébrales qu'il produit, le physiologiste ne se borne pas à provoquer des paralysies locales qui suppriment l'action de la volonté sur certains appareils organiques; il peut aussi, en rompant seulement l'équilibre des fonctions cérébrales, amener la suppression de la liberté dans les mouvements volontaires. C'est ainsi qu'en blessant les pédon^
3m DES FONCTIONS DU CERVEAU.
cules cérébelleux et divers points de l'encéphale, Texpérimentateur peut à son gré faire marcher un animal à droite^ à gauche, en avant, en arrière, ou le faire tourner^ tantôt par un mouvement de manège (fig. 22)^ tantôt par un mou-
Fig. 22. Mouvements de manège.
vement de rotation sur Taxe de son corps (fig. 23) . La volonté de l'animal persiste, mais il n'est plus libre de diriger ses mouvements. Malgré ses efforts de volonté^ il va fatalement dans le sens que la lésion organique a déterminé.
Les pathologistes ont signalé chez Fliomme des faits analogues en grand nombre. Les lésions des pédoncules cérébelleux déterminent chez l'homme comme chez les animaux les mouvements de rotation. D'autres malades ne pou-
Fig. 23. Mouvement de rotation en rayon de roue.
vaient marcher que droit devant eux. Par une cruelle ironie, un brave et vieux général ne pouvait marcher qu'en reculant. La volonté qui part du cer^^eau ne s'exerce donc pas sur nos organes locomoteurs eux-mêmes ; elle s'exerce sur
des centres nerveux secondaires qui doivent être pondérés par un équilibre physiologique parfait.
Il est une autre méthode expérimentale plus délicate, qui consiste à introduire dans le sang des substances toxiques diverses destinées à porter leur action sur les éléments anatomiques des organes laissés en place et conservés dans leur intégrité.
A Faide de cette méthode, on peut éteindre isolément les propriétés de certains éléments nerveux et cérébraux de la même manière qu'on isole ausài les autres éléments organiques musculaires ou sanguins.
Les anesthésiques, par exemple, font disparaître la conscience et engourdissent la sensibilité en laissant la motricité intacte \ «
Le curare au contraire détruit la motricité, et laisse dans leur intégrité la sensibilité et la volonté ; les poisons du cœur abolissent la conlractilité musculaire, l'oxyde de carbone détruit la propriété oxydante du globule san-
1. Voy. Claude Bernard, Leçons sur les anesthésiques et V asphyxie. Paris, 1875.
guin sans modifier en rien les propriétés des éléments nerveux *.
Comme on le voit, par cette méthode d'investigation ou d'analyse élémentaire des propriétés organiques^ le cerveau et les phénomènes dont il est le siège peuvent encore être atteints de la même manière que tous les autres appareils fonctionnels du corps.
Enfin il est une troisième méthode d'expérimentation^ qu'on pourrait appeler celle des expériences par rédintégration.
Cette méthode réunit en quelque sorte l'analyse et la synthèse physiologiques^ elle nous permet d'établir par preuve et par contre-épreuve les relations qui relient la fonction à son organe dans les manifestations cérébrales.
Lorsqu'on enlève le cerveau chez les animaux inférieurs, la fomîtion de l'organe est nécessairement supprimée; mais la persistance de la vie chez ces êtres permet au cerveau de se reformer, et, à mesure que l'organe se régénère, on voit ses fonctions reparaître.
1. Voy. Claude Bernard, Leçons sur les effets des substances toxiques. Paris, 1857.
Cette même expérience peut également réussir chez des animaux supérieurs tels que les oiseaux, chez lesquels Tintelligence est beaucoup plus développée.
Fig. 24. Pigeon après l'ablation des lobes cérébraux ^
Les lobes cérébraux ayant été enlevés chez un pigeon par exemple (fig. 24), l'animal perd immédiatement Tusage de ses sens et la faculté