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Flourens, Théorie de la formaliondes os. Paris

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couverte doat il a contribué à répandre les bienfaits.

Dans son ouvrage si populaire sur la longévité humaine j M. Flourens a cru pouvoir encore s'appuyer sur la physiologie pour permettre à l'homme un siècle de vie normale.

Aux qualités du savant, M. Flourens joignait les qualités de l'écrivain. Par ce côté encore il a rendu service à la physiologie, il a inspiré le goût de cette science et l'a fait aimer d'un public qui, sans lui, peut-être, ne l'eût jamais connue. 11 a popularisé ainsi la physiologie sans s'abaisser et l'a rendue accessible à tous par le charme du style. Sans devancer le jugement que portera tout à l'heure, sur le mérite littéraire de M. Flourens, l'une des voix les plus dignes et les plus compétentes, qu'il me soit permis de dire que l'éloquence du savant, c'est la clarté; la vérité scientifique dans sa beauté nue est toujours plus lumineuse, que parée des ornements dont notre imagination tenterait de la revêtir.

A la fois savant, écrivain, professeur et doublement académicien, M. Flourens eut une vie

des mieux remplies. Il devint un des physiologistes les plus renommés et les plus populaires de son temps; il dut moins encore cet éclat à son ascendant sur la jeunesse qu'à son talent d'écrivain et à la diffusion de ses travaux parmi les gens du monde. Il se consacrait entièrement à ses devoirs d'académicien et de secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences. II était chez lui comme dans une retraite. Absorbé par ses recherches et emporté par ses idées^ il s'identifiait avec les grands hommes dont il traçait l'histoire scientifique; il habitait au Muséum d'histoire naturelle l'appartement de Buffon et s'y inspirait du souvenir de son génie.

M. Flourens parcourut une heureuse carrière, sans éprouver les luttes pénibles ni les déceptions amères qui trop souvent aigrissent et découragent l'âme. Une volonté ferme, orientée dans ses desseins par un caractère droit, un esprit élevé, secondée par une heureuse habileté et soutenue par un grand travail, le fit arriver à la renommée qu'il avait rêvée dès sa jeunesse. Il jouissait des honneurs en remplissant les devoirs de ses nombreuses fonctions; mais

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au foyer domestique il retrouvait le calme et le repos si nécessaires au savant qui travaille. Sa compagne si dévouée, si digne de le comprendre et de l'apprécier, s'était identifiée à sa vie intellectuelle qu'elle agrandissait en lui dissimulant les soucis mêmes de l'existence. Il en était pénétré quand il répétait : « J'ai le cerveau trop occupé, il faut me faire vivre, » mais il ne goûta les douceurs de la vie intime que lorsqu^il devait bientôt les quitter. Quand la maladie l'eut forcé aune retraite complète, il disait avec quelque amertume : « Que n'ai-je plus tôt pensé à jouir de la vie de famille au lieu de la sacrifier pour d'autres qui déjà ne pensent plus à moi. » M. Flourens fut affecté d'une paralysie qui s'empara successivement des organes de son corps; il avait parfaitement conscience de son état, et dès que le mal ne lui permit plus d'être maître de sa parole et de ses idées, il cessa de paraître dans les académies. Il suivait les progrès du mal sans que sa sérénité d'esprit en fût atteinte; il s'éteignit graduellement et mourut à Montgeron, près Paris, le G décembre 1 867.

M. Flourens fut un physiologiste expérimentateur; mais son nom se place aussi parmi ceux des savants qui ont abordé les généralités scieatifiques.

Quelles sont les limites des sciences^ de quelle nature sont les rapports qui les unissent? Ces questions restent en quelque sorte toujours présentes^ et elles ont été de tous temps l'objet des méditations des esprits éminents.

On ne saurait fixer le nombre des sciences, parce qu'elles sont le résultat du morcellement successif des connaissances humaines, par notre esprit borné en une foule de problèmes séparés. Néanmoins on a distingué deux ordres de sciences : les unes partant de l'esprit pour descendre dans les phénomènes de la nature^ les autres partant de l'observation de la nature pour remonter à l'esprit. Leur point de départ est différent, mais le but est le même : la recherche et la découverte de la vérité. Ce sont les ténèbres de notre ignorance qui nous font supposer des limites entre ces deux ordres de sciences.

Dans Tétude des sciences, notre raison se débat entre le sentiment naturel qui nous emporte à ]a recherche des causes premières et l'expérience qui nous enchaîne à l'observation des causes secondes. Toutefois les luttes de ces systèmes exclusifs sont inutiles, car dans le domaine de la vérité, chaque chose doit avoir nécessairement son rôle^ sa place et sa mesure.

Notre premier sentiment a pu nous faire croire qu'il était possible de construire le monde à priori, et que la connaissance des phénomènes naturels^ en quelque sorte infuse en nous, s'en dégagerait par la seule force de l'esprit et du raisonnement. C'est ainsi qu'une École philosophique célèbre en Allemagne, au commencement de ce siècle, est arrivée à dire que la nature n'étant que le résultat de la pensée d'une intelligence créatrice^ d'oii nous émanons nous-mêmes, nous pouvions sans le. secours de l'expérience, et par notre propre activité intellectuelle, retrouver les pensées du créateur. C'est là une illusion. Nous ne pourrions pas même concevoir ainsi les inventions

humaines^ et s'il nous a été donné de connaître les lois de la nature^ ce n'est qu'à la condition de les déduire par expérience de l'examen direct des phénomènes^ et non des seules conceptions spéculatives de notre esprit.

La méthode expérimentale ne se préoccupe pas de la cause première des phénomènes qui échappe à ses procédés d'investigations; c'est pourquoi elle n'admet pas qu'aucun système scientifique vienne lui imposer à ce sujet son ignorance, et elle veut que chacun reste libre dans sa manière d'ignorer et de sentir. C'est donc seulement aux causes secondes qu'elle s'adresse, parce qu elle peut parvenir à en découvrir et à en déterminer les lois, et celles-ci n'étant que les moyens d'action ou de manifestation de la cause première, sont aussi immuables qu'elle, et constituent les lois inviolables de la nature et les bases inébranlables de la science.

Mais nos recherches n'ont point atteint les bornes de l'esprit humain; limitées par les connaissances actuelles, elles ont au-dessus d'elles l'immense région de l'inconnu qu'elles

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ne peuvent supprimer sans nuire à ravancement même de la science.

Le connu et l'inconnu^ tels sont les deux pôles scientifiques nécessaires. Le connu nous appartient et se dépose dans l'expérience des siècles. L'inconnu seul nous agite et nous tourmente et c'est lui qui excite sans cesse nos aspirations à la recherche des vérités nouvelles dont notre sentiment a l'intuition certaine^ mais dont notre raison^ aidée de l'expérience, veut trouver la formule scientifique.

Ce serait donc une erreur de croire que le savant qui suit les préceptes de la méthode expérimentale doive repousser toute conception à priori et imposer silence à son sentiment pour ne plus consulter que les résultats de Fexpérience. Non^ les lois physiologiques qui règlent les manifestations de l'intelligence humaine ne lui permettent pas de procéder autrement qu'en passant toujours et successivement par le seni timent^ la raison et l'expérience; seulement^ instruit par de longues déceptions et convaincu de l'inutilité des efforts de l'esprit réduit à luimême, il donne à l'expérience une influence

prépondérante et il cherche à se prémunir contre l'impatience de connaître qui nous pousse sans cesse vers Terreur. Il marche avec calme et sans précipitation à la recherche de la vérité; c'est la raison ou le raisonnement qui lui sert toujours de guide^ mais il l'arrête^ le retient et le dompte à chaque pas par l'expérience; son sentiment obéit encore^ même à son insu, au besoin inné qui nous fait irrésistiblement remonter à l'origine des choses, mais ses regards restent tournés vers la nature, parce que notre idée ne devient précise et lumineuse qu'en retournant du monde extérieur au foyer de la connaissance qui est en nous, de même que le j^ayon de lumière ne peut nous éclairer qu'en se réfléchissant sur les objets qui nous entourent.

NEW YORK UNiVERSÎTY

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