‹ La science géologique: ses méthodes, ses résultats, ses problemes, son histoire. 2. éd., rev. et augm. d'un index alphabétiqueChapitre 10 sur 356 · PRINCIPES GÉNÉRALX. — OBSERVATION. — EXPÉRIMENTATION. — INTERPRÉTATION · texte numérisé non relu

PRINCIPES GÉNÉRALX. — OBSERVATION. — EXPÉRIMENTATION. — INTERPRÉTATION

Dans ce premier chapitre, nous nous bornerons aux principes très généraux de la science géologique : la plupart des méthodes, qui seront indiquées ici pour montrer leur place logique dans l'ensemble des moyens d'investigation, devant être étudiées ultérieurement plus en détail. Pour la même raison et au risque de paraître d'abord rester dans le vague, je n'y donnerai d'exemples que ceux absolument nécessaires àfaire comprendre les méthodes et leur enchaînement logique. Les deux chapitres historiques suivants serontconsacrés à reconstituer, dans son évolution rationnelle, l'histoire de notre science et de ses progrès, c'est-à-dire à montrer comment on sest élevé peu à peu, par étapes successives, de notions très simples et pourtant déjà difficiles à conquérir, vers la complexité des études actuelles, partant de la croyance instinctive et spontanée à l'immutabilité des phénomènes et à l'éternité des apparences terrestres pour imaginer les lois de moins en moins mystérieuses de leur transformation. Nous aurons alors le terrain préparé pour énoncer, dans toute leur ingéniosité, parfois dans leur subtilité, les méthodes de la géologie moderne.

Toute recherche scientifique conduit à observer, expérimenter et interpréter tour à tour. On part de l'observation des faits, que l'on décompose en phénomènes plus simples par l'analyse, pour en conclure, par généralisation, par induction, par synthèse, une loi hypothétique, que l'expérimentation vérifie ensuite, ou contredit. Sans l'observation, on resterait dans les nuages ; sans l'hypothèse conduisant à l'expérimentation, on piétinerait sur place, ou l'on marcherait au hasard ; sans l'interprétation, on n'obtiendrait que des catalogues sté-

it LA SCIENCE GÉOLOGIQUE

riles. Il ne peut donc y avoir de différence entre les sciences à cet égard que sur le rôle plus ou moins important, attribué à chacun de ces trois procédés d'investigation. C'est ainsi, par exemple, que, dans la géométrie, l'observation est réduite à son minimum; elle reste également subordonnée en mécanique; la physique et la chimie expérimentent plus qu'elles n'observent; les sciences naturelles font l'inverse. En géologie, l'observation, comme nous allons le voir, a dominé jusqu'ici; l'expérimentation, du moins au sens où on l'entend en physique, c'est-à-dire la production de phénomènes prévus, réglés et provoqués par la volonté du physicien, y tient une place beaucoup plus restreinte, bien que le géologue expérimente lui aussi à sa façon spéciale, c'est-àdire cherche, dans l'observation expérimentale d'un fait naturel prévu d'avance, la confirmation d'une idée générale, qu'il aura déduite de faits plus anciennement constatés. Quant à 1 interprétation, on la voit alternativement, ou méprisée à l'excès — et alors le géologue, confiné dans l'étroitesse des phénomènes actuels, perd de vue les grandes lignes des phénomènes anciens — ou employée avec abus — et alors la géologie s'égare dans le vague des théories — . Le juste milieu semble, ici comme partout, difficile à atteindre..

Tandis que le physicien et le chimiste peuvent travailler leur vie entière sans sortir de leur laboratoire, le géologue, comme tous les naturalistes, ne peut se passer d'explorations antérieures sur le terrain, qui constituent, dans la pratique, la partie la plus importante et la plus longue de sa tâche. Cette nécessité d'avoir fait porter ces courses préliminaires des explorateurs sur l'étendue totale de la superficie terrestre avant de pouvoir énoncer des lois définitives, qui, autrement, risquent chaque jour d'être bouleversées ou modifiées par quelque anomalie constatée au fond de l'Afrique ou de l'Asie, est, on le conçoit, une des causes principales, qui ont retenu si longtemps la géologie dans l'empirisme et qui ont amené son retard marqué par rapport aux sciences purement physiques.

Le travail du géologue se compose donc de deux fractions distinctes, que nous allons examiner successivement : 1° sur le terrain; 2° dans le laboratoire.

Sur le terrain, le géologue est presque exclusivement naturaliste; rarement physicien ou chimiste; dans le laboratoire, au contraire, la physique, la chimie, la minéralogie, la géographie physique, l'analyse mathématique elle-même ou l'astronomie lui sont d'un secours égal à celui de la zoologie ou de la botanique.

L'élude sur le terrain comprend : d'une part, des observations locales, des collectes rationnelles d'échantillons typiques, de minéraux

CIIAP. 1. — PRINCIPKS GKNKRAUX DE LA MKTIIODE GÉOLOGIQUE 17

OU de fossiles, avec la notation attentive de leurs gisements ou de leurs associations, quelquefois des mesures de température, des prélèvements de gaz, etc.. ; d'autre part, la coordination première des résultats obtenus, sous la forme de plans, de cartes et de coupes verticales. Le travail du laboratoire, qui succède à ce premier effort, en est d'abord la suite directe, quand il se borne à la préparation, à la détermination et au classement des échantillons recueillis ; on ne fait alors, à vrai dire, que ce que le manque de temps ou le défaut d'instruments et de moyens de comparaison avaient empêché de réaliser sur le terrain. Puis vient une place assez restreinte consacrée à l'expérimentation proprement dite : par exemple, à la reproduction artificielle des minéraux, des roches ou de certains phénomènes naturels; et surtout c'est le moment, où on se livre à l'effort de synthèse, qui a pour but de découvrir les lois de ^us en plus générales, objet essentiel de la recherche.

Je vais me borner à un énoncé très bref pour les procédés employés sur le terrain et la pratique de la géologie, dont il ne sera plus guère question ensuite: non que ce côté du sujet soit sans importance, lom de là, mais parce que les principes sont ici, pour la plupart, communs à toutes les sciences et très simples à exposer; quant à la pratique ou technique particulière, elle n'intéresse guère que les spécialistes et fait donc partie de ces échafaudages préliminaires, que je voudrais voir disparaître d'une science constituée. Ceux, qui s'intéressent à ces questions, en trouveront quelques notions dans ma Géologie pratique, ou, encore plus, dans divers ouvrages français et étrangers, qui ont précisément pour but de renseigner l'étudiant sur la manipulation des fossiles, leur moulage, leur conservation, la préparation des échantillons pour l'examen microscopique, leur analyse chimique, etc. *.

J'insisterai, au contraire, bientôt sur les méthodes générales, qui permettent de coordonner les observations après l'étude dans le laboratoire et sur la direction générale, qu il convient d imprimer aux recherches, pour aboutir à un résultat déterminé et j ajouterai quelques détails sur les divers procédés d'étude ou d'expérimentation.

Page 1