CHAP. IX. — MF'TALLOGIÎNIE. - VOLCANISMR ET FUMEROLLES
En deux mots, on peut dire que le volcanisme apporte au jour de l'oligiste, cristallisé par une réaction probable du chlorure de for sur la vapeur d'eau, dans des conditions qui ont bien rarement leur équivalent pour les gîtes métallifères anciens un peu importants*; il se dépose, en même temps, du manganèse; on a signalé, exceptionnellement, des traces de cuivre, de plomb et de cobalt' et, enfin, le seul métal, qui arrive peut-être jusqu'à la surface dans des sources chaudes en relation avec le volcanisme actuel de la même manière que dans les filons anciens, est le mercure. Quelques observalions, faites en Californie, en Nouvelle-Zélande, etc., semblent indiquer que le mercure peut être un produit actuel et superficiel de lactivité volcanique: ce qui concorde assez bien avec la répartition de beaucoup de ses gisements sur les dislocations les plus récentes du globe et avec quelques-uns de leurs caractères '.
Les métalloïdes sont, au contraire, très abondants dans le volcanisme : non seulement le soufre, le chlore et le carbone, que nous allons voir caractériser surtout les fumerolles , mais encore l'arsenic (réalgar, or piment), le bore ♦, etc. Je ne parle pas des produits courants, qui, existant dans toutes les roches, se retrouvent dans toutes les eaux, et surtout dans les eaux échauffées : alcalis, etc.
En dehors du rôle de la pression, un autre caractère du volcanisme contribue, sans doute, à l'absence de cristallisations métallifères filoniennes dans ses produits. Les minerais, quand ils ût viennent pas d'une ségrégation ignée, semblent tous, comme nous le verrons bientôt, le résultat d'une cristallisation par voie hydrothermale et non d'une cristallisation par sublimation sèche : c'est ainsi qu'on opère leur synthèse. Or, dans le volcanisme, bien que la vapeur d'eau soit extrêmement abondante, il n'y a plus dissolution aqueuse, mais vapeurs ; les
1. On sait, cependant, qu'il s'est produit des cristallisations d'oligiste ou de magnélitc dans les contacts de roches cristallines, mais en profondeur. Eue de Bevcmont avait autrefois insisté sur les phénomènes de ce genre, que manifestent les gisements de Framont dans les Vosges (Émanations volcaniques et métallifères, p. 15); et y avait signalé la présence de la phénacite (silicate de glucine\ qui établit un rapprochement avec les gîtes stannifères. M. Lacroix a étudié, avec beaucoup de précision, des filons de magnétite développés au contact du granité dans les Pyrénées (Bul. Serv. Carte géol.. n» 71, p. 9, 1900).
2. D'après Fodqob, le chlorure de plomb (cotunnite) serait relativement fréquent au Vésuve et la cuprite à l'Etna (Rev. gén. des Se, 30 janvier 1901, p. 81, l'Etna). Quelques chimistes se sont demandé si ces métaux ne correspondraient pas simplement à ceux que l'analyse reconnaît souvent dans les minéraux ferro-magnésiens des roches et qui leur auraient été empruntés.
3. Encore y a-t-il lieu de penser aux remises en mouvement si faciles pour ce métal, dont le sulfure est très aisément soluble.
4. L'acide borique est particulièrement abondant à Vulcano, sans parler des soffioni de la Toscane.
conditions nécessaires au dépôt des métaux, qui peuvent exister en profondeur, ne se trouvent plus réalisées dans cette vaporisation superficielle.'
L'étude des fumerolles a montré, comme on l'a vu plus haut\ qu'il fallait distinguer, pendant le refroidissement d'une roche éruptive, trois phases successives à température décroissante, caractérisées : la première, par la prédominance du chlore; la seconde, par le soufre; la troisième, parle carbone. On croit reconnaître quelque chose d'analogue dans l'éloignement plus ou moins grand, qui sépare certains minerais de leur roche originelle. Les métaux, tels que l'étain, pour lesquels leschloro-fluoruresont dû intervenir, sont, d'ordinaire, très rapprochés des roches acides ; les métaux sulfurés en sont plus éloignés ; enfin, certains grands filons de quartz ou de pegmatite quartzeuse, qui n'ont plus qu'un rapport très lointain avec les roches éruptives, doivent peut-être leur cristallisation à l'intervention d'acide carbonique.
2° Sources thermales. Leur origine. Leur relation avec les fractures profondes et récentes. Leur minéralisation. Analogies et différences avec les formalio7is métallifères filoniennes. — Le rôle des eaux souterraines, dans tous les phénomènes qui intéressent les gîtes métallifères, soit dans leur formation primitive, soit dans leur altération ultérieure, est essentiel. L'examen des minerais filoniens montre, en effet, comme je l'ai déjà dit et comme nous le reverrons en parlant de leur synthèse, qu'ils ont été généralement déposés par précipitation hydrothermale. Les eaux thermales constituent, dailleurs, en elles-mêmes, une forme active de concentration minérale, que la géologie pratique doit apprendre à utiliser. D'où l'intérêt, qui, de toutes façons, s'attache à leur étude ^.
Les sources thermales représentent, en principe, la réapparition au jour d'eaux, infiltrées à la superficie, descendues en profondeur, où elles se sont échauffées et minéralisées et remontées rapidement vers la surface à la faveur de quelque grande fracture.
Il est possible qu'il y ait, en outre, dans les régions volcaniques, des sources thermales d'une autre nature et dont l'eau aurait une origine interne; rien ne prouve, je l'ai rappelé déjà*, que les énormes dégagements de vapeur d'eau, par lesquels se caractérise le volcanisme exté-