‹ La science géologique: ses méthodes, ses résultats, ses problemes, son histoire. 2. éd., rev. et augm. d'un index alphabétiqueChapitre 150 sur 356 · CHAI'. X. — LES AGENTS ORGANIQUES EN GÉOLOGIE · texte numérisé non relu

CHAI'. X. — LES AGENTS ORGANIQUES EN GÉOLOGIE

arrivent à se fixer certaines substances extraordinairemenl diluées, carbonate et pljospliate de chaux, silice, sulfure de fer, etc.

Dans les bassins d'évaporation fermes, la concentration suit une marche uniforme et produit le dépôt du sulfate de chaux, du chlorure de sodium, puis des chlorures plus rares de potassium, magnésium, etc.

C) Agents organiques. — L'activité organique ne fait qu'utiliser des agents ph}'SiV|uos et chimiques, analogues à ceux que nous avons déjà envisagés. Mais la forme de cette activité est particulière et met souvent en jeu des réactions demeurées obscures. Il convient donc de lexaminer séparément.

Les organismes vivants ont, dans la constitution des terrains géologiques, un rôle beaucoup plus actif qu'on ne le croirait tout d'abord. Cette activité entraîne, pendant la vie, la fixation d'un certain nombre de principes, essentiels à son développement, qui s'accumulent, après la mort, dans les dépouilles ; puis, même indépendamment de la vie, les cellules organiques conservent la propriété de fixer, de concentrer quelques-uns des mêmes éléments chimiques.

Dans la vie continentale et aérienne, l'activité organique se traduit surtout par la fixation du carbone, de l'azote, du phosphore, puis de la chaux et des alcalis ; mais ce ne sont pas les seuls éléments, que contienne et, par conséquent, recueille et assimile un corps vivant. M. A Gautier a montré le rôle qu'y jouait l'arsenic * ; on y retrouve également du soufre dans l'albumine, du chlore, du fer. Avec les êtres qui vivent dans les eaux, il faut ajouter la silice.

Les organismes inférieurs, qui pullulent au fond des mers, fixent : d'abord, le calcaire ; ensuite, la silice. Le phosphore apparaît surtout dans les animaux plus élevés à squelette osseux; le fer dans le sang des vertébrés.

Indépendamment de la vie, les cellules organisées fixent, en outre, des sulfures métalliques, dont le sulfure de fer est le principal. Ces opérations chimiques s'accompagnent alors volontiers de réductions, sous l'influence des matières carburées.

Puis ces éléments divers s'accumulent, soit par l'activité même des organismes, soit parune simple précipitation chimique. Ce sont, d'abord, les carbonates de chaux, à l'état de récifs coralliens, craies, etc. D'après un calcul de sir John Murray, il arrive, chaque année, dans la mer,

1. Voir Rev. Gén. des Se., 15 mars 1903, page 207 : L'existence normale et le rôle de l'arsenic chez les animaux. L'arsenic a dabord été constaté dans la glande thyroïde, où l'on trouve aussi de l'iode. M. Gautier a montré que cette trace d'arsenic, qui atteint à peine une fraction de milligramme, était essentielle aux fonctions les plus importantes du corps humain.

296 LA SCIKNCR GÉOLOGIQUE

9C0 millions de tonnes de calcium ' ; si l'on ajoute la remise en dissolution des coquilles dctcuites, on a une provision considérable de chaux, que maintient en dissolution, soit l'acide carbonique, soit l'acide sulfurique, provenant peut-être lui-même des quantités de pyrites dissoutes par les érosions depuis la consolidation du globe. Carbonate et sulfate sont alors fixés par les organismes, avec intervention possible de l'ammoniaque ou des matières albumineuses. Surtout chez les êtres microscopiques de la classe des protozoaires ou des protophytes, l'aptitude à fixer et accumuler la chaux et la silice sont remarquables. La boue à globigérines, si abondante à toutes profondeurs entre 500 et 5.000 mètres, la boue à pléropodes sont des vases calcaires ; la boue à radiolaires profonde, la boue à diatomées, de formation plus superficielle, sont siliceuses. Les récifs coralliens calcaires forment des îles entières ^.

Puis ce sont, sur les côtes marines, les lits de phosphate, où s'agglomèrent des dépouilles vivantes et les couches de sulfures métalliques, que contribuent à précipiter les matières organiques. Sur la terre ferme ou dans les eaux lacustres, ce sont encore les débris végétaux, rassemblés en couches de combustibles, arrivante former les houilles.

Tout ce travail mécanique, chimique, organique, par lequel les manifestations diverses de l'énergie tendent vers un insaisissable équilibre, aboutit à un classement singulier des éléments, d'abord dispersés en désordre et prépare ainsi les voies de l'industrie humaine. Gomme dans nos ateliers, où se trient et s'élaborent les minerais, la densité, la dureté inégale séparent les éléments insolubles ; les substances dissoutes sont reprécipitées par des actions indépendantes et se divisent. Au lieu des silicates complexes, qui formaient la composition moyenne de nos roches, on trouve bientôt la silice libre, l'alumine, le carbonate de chaux, l'oxyde de fer, le phosphate, le sulfate de chaux, les chlorures alcalins, déposés par bancs distincts ; les corps plus rares s'isolent, eux aussi, par des réactions plus complexes ; c'est, dans les fentes profondes de l'écorce, d'un côté l'or, de l'autre le cuivre, le plomb ou l'étain.

Et ce travail ne s'arrête jamais. Tant que deux éléments à propriétés différentes restent côte à côte, il se présente toujours quelque force nouvelle, qui les isole.

Page 1