CHAP. X. — LE ROLE DE LA CHALEUR EN GEOLOGIE
niveau hydrostatique de la superdcie, doit avoir pour cfTct de réduire la zone où s'alimentent les eaux souterraines.
La chaleur, d'autre part, a, sur la Terre, deux sources principales : l'une extérieure, le Soleil et les astres ; l'autre interne, les parties encore mal refroidies de la planète ; il faut ajouter les réserves d'énergie, sous la forme mécanique ou chimique, qui peuvent se transformer en chaleur quand elles s'annulent, mais qui, plus souvent, absorbent de la chaleur pour se constituer. J'ai déjà dit ^ à quel point la chaleur interne intervenait peu dans les phénomènes de la surface; un flux de calories, partant de l'intérieur de la Terre, traverse sans cesse notre atmosphère pour aller se perdre dans l'espace; un peu de chaleur nous arrive, en outre, plus localement de la profondeur par les sources thermales et le volcanisme; mais ce n'est rien à côté de la chaleur astrale et solaire, qui seule entretient la vie, qui seule fournit, sous des formes diverses, 1 énergie nécessaire à Ihomme, soit qu'elle transporte au sommet des montagnes l'eau destinée à redescendre vers la mer, soit qu'elle fixe, dans les végétaux, le carbone emprunté à l'acide carbonique, qui reproduira de l'acide carbonique en brûlant.
Cette source d'énergie et de chaleur, représentée parle Soleil, est, si grande qu'on la suppose, limitée et c'est déjà un phénomène assez mystérieux que de la voir subsister aussi longtemps sans témoigner daucun affaiblissement sensible-. Elle aussi est appelée à disparaître et sa disparition entraînera, comme celle de l'eau, la suppression de la vie sous sa forme aujourd'hui connue.
Le feu interne, qui, en tant que source calorifique, a si peu d'influence, en a, au contraire, une très grande, indirectement, par les contractions de l'écorce, qu'entraîne sa déperdition d'énergie. Les mouvements, dont tâmoignent les parties superficielles de la Terre, semblent tous provoqués par cette cause profonde, par ce flux de chaleur, que ne saurait manquer de rayonner un astre, dont la température croît vers son centre et qu'entoure un éther glacé.
Ces mouvements de l'écorce se traduisent, comme nous le verrons dans un autre chapitre, par des soulèvements, tout au moins relatifs, de certaines zones, qui forment alors nos montagnes. Le feu travaille alors, à l'inverse de l'eau, pour créer des inégalités sur la superficie; puis l'eau, dont l'action se trouve facilitée par ces inégalités mêmes, reprend son œuvre et ramène peu à peu les matériaux soulevés dans de nouveaux bassins sédimentaires, où ils s'accumulent.
\ . Page H'.', note 2. Voir également page 724. i. Voir plus haut, p. 123. et plus loin, page 727.
2y4 LA SCIENClî GÉOLOGIQUE
B) Agents chimiques. — Le premier des agents chimiques, c'est encore l'eau, que nous retrouvons constamment à l'œuvre sous cette nouvelle forme, dans les cours d'eau, dans les lacs, dans les bassins fermés, dans les mers, dans les circulations souterraines (avec tous leurs corollaires, dont il a déjà été question plus haut). A la surface, leau, que Ihabitude seule nous fait considérer comme un véhicule inerte, dissout les sels les plus solubles, c'est-à-dire entre en combinaison avec eux et ces sels dissous, à leur tour, amènent d'autres corps à se dissoudre. Dans la Terre, réchauffement et la pression facilitent les réactions : l'eau devient par elle-même un acide énergique et le premier des minéralisateurs. Elle s'emprisonne dans la cristallisation des roches; puis, si on chauffe celles-ci, elle s'en dégage et réagit de nouveau sur elles.
Je dirai, tout à llieure, en parlant du métamorphisme, cest-à-dire de cette évolution, qui se produit constamment sur les minéraux, sur les roches et sur les terrains, comment, à la surface, l'agent essentiel, qui le produit, est l'eau, entraînant avec elle de l'oxygène et de l'acide carbonique, ou, en profondeur, l'eau encore, chargée de carbonates alcalins.
A cet agent primordial, s'ajoutent, à l'occasion, tous les autres sels que l'eau peut tenir en dissolution, les chlorures, sulfates, nitrates, etc., dont l'eau même de nos rivières renferme toujours des traces sensibles et qui, dans les bassins d'évaporation fermés ou dans la mer, atteignent des teneurs élevées.
Ainsi les dissolutions superficielles se trouvent facilitées et tous les éléments chimiques, empruntés de cette manière aux parties solides de la Terre et mis en mouvement, ne s'arrêtent plus jusqu'à ce qu'ils aient trouvé un bassin fermé, dans lequel ils se concentrent, oujusqu'à ce qu'ils soient parvenus à la mer.
Les sels, qui arrivent dès lors à la mer, enrichissent sans cesse sa teneur en éléments chimiques de toutes sortes, puisqu'il descend vers elle, par tous les cours d'eau nécessairement impurs, des matières solubles, tandis que le Soleil lui reprend, aspire au-dessus d'elle, de l'eau distillée. Par suite, la mer, que j'ai appelée plus haut légout universel, arrive à contenir, en quantités plus ou moins moins fortes, non seulement les corps principaux que l'analyse y signale d'habitude, mais des traces mêmes de toutes sortesdemétaux,jusquàduzincouà del'or*. Ce sont des réserves, où viennent puiser, soit les simples réactions chimiques ou réductions accidentelles, qui se trouvent évaporer ou précipiter une zone marine localisée, soit surtout les organismes, grâce auxquels