II. — Les principales formes de l'activité géologique
L'activité géologique se traduit par une série de phénomènes successifs, formant des cycles, dont je viens d'indiquer la loi générale. Elle construit des groupements provisoires (cristallisation), puis les remanie ou les détruit (métamorphisme, érosion), les reprend sous une forme nouvelle (sédimentation) et les ramène encore à un équilibre cristallin '.
A) Cristallis.\tion. — I^ cristallisation est donc le point de départ et l'aboutissement de tous les phénomènes. Un stade de l'évolution n'est terminé que lorsque, sous la forme cristalline, les molécules ont pu s'associer librement et opposer le maximum de résistance aux agents extérieurs. C'est dans l'homogénéité du cristal que paraissent le plus complètement réalisés cet ordre et cette symétrie,- qui ne sont que la
1. Cette tendance à un équilibre réalisé par la symétrie se retrouve même dans le monde organisé. Les organismes vivants sont symétriques en principe. Ils ne deviennent relativement dissymétriques, chez les animau.x supérieurs, que par une sélection, ayant pour but la satisfaction de certains besoins spéciau.x par des organes appropriés. Nous venons de voir que le métamorphisme des sédiments tend ordinairement vers la cristallinilé; cela est manifeste pour la craie.
conséquence nécessaire de l'équilibre entre les forces. L'étude de ces cristaux et de leur structure intime, qui échappe déjà au géologue pour appartenir au géomètre et au physicien, est donc un des aboutissements de la géologie, un de ces « jours » qu'elle nous ouvre sur la constitution de la matière, sur celle de l'Univers.
Ce que nous apprend la cristallographie sur ce phénomène capital et constamment renouvelé du groupement moléculaire, qui domine ainsi tout le monde matériel, nous l'avons déjà vu, sous une forme technique, dans un chapitre antérieur*. En laissant de côté les raisonnements et les observations, sur lesquels les hypothèses des minéralogistes s'échafaudent, et tenant compte des synthèses réalisées, nous arrivons à peu près à l'interprétation suivante, qui résume des conclusions précédemment développées.
La cristallisation nous apparaît comme la forme de groupement, que prennent les particules d'une même substance, lorsque, soustraites à toute influence extérieure, elles obéissent uniquement à leurs forces d'attraction et de répulsion réciproques. C'est pourquoi nous réalisons pratiquement la cristallisation d'une substance, en la mettant dans des conditions telles que ces particules puissent acquérir le maximum d'indépendance et de mobilité : soit en disséminant celles-ci à l'état de dissolution ou de matière volatile dans un liquide, un bain de fusion ou un véhicule gazeux; soit en les plaçant, par un phénomène d'endosmose ou par une réaction chimique qui les dégage d'une combinaison antérieure, dans un de ces états encore mal définis, où, n'étant captivées par aucune autre force physico-chimique, elles sont, plus directement, plus exclusivement, soumises à leurs actions propres.
En ce qui concerne les études géologiques, la cristallisation commence' par s'opérer spontanément dans les réactions profondes de la métallurgie ignée, des fusions aqueuses, des sécrétions hydrothermales ; elle reprend, dans des conditions plus simples et sans intervention de la pression, par l'évaporation des eaux au fond des bassins de concentration, ou dans les fissures et les pores des terrains ; elle intervient dans tout le métamorphisme ; et, dans chaque cas, la nature et la forme des cristaux produits, comparés avec les résultats de nos synthèses, nous renseigne sur les processus divers, qui ont pu intervenir.
Mais, quel que soit le processus, l'acte même de la cristallisation, que nous pouvons essayer de nous figurer par des imagos, est toujours le même. Il a toujours pour point de départ les mêmes particules matérielles, qui pouvaient déjà exister à l'état amorphe : particules, elles-
i. Chapitre v, pages 137 à li4.