‹ La science géologique: ses méthodes, ses résultats, ses problemes, son histoire. 2. éd., rev. et augm. d'un index alphabétiqueChapitre 165 sur 356 · CHAI». X. — GÉOLOGIE EN ACTION. — ROLE DES ÉROSIONS · texte numérisé non relu

CHAI». X. — GÉOLOGIE EN ACTION. — ROLE DES ÉROSIONS

Fn même temps, les eaux courantes dans nos montagnes, les vaguçs sur nos côtes, exercentplus directement leur érosion mécanique. Quand les terrains superficiels sont imbibés d'eau, l'eau, ne pouvant plus y pénétrer, coule à la surface comme sur un sol imperméable et son énergie s'emploie à supprimer devant elle tous les obstacles. De là, l'érosion des torrents ou rivières, qui se traduit par un approfondissement de leur lit, un élargissement de leur vallée, une rectification de leurs courbes ^ L'érosion plus localisée de la mer travaille, comme nos mineurs, tantôt par un « traçage » préalable, qui, profitant de fissures, découpe la côte en damier, puis enlève les piliers isolés, tantôt par « sous-cave » en provoquant l'éboulement vertical des falaises.

A ces deux modes d'érosion essentiels, il faut ajouter encore le travail des gelées, qui font éclater et débitent la pierre par la dilatation de l'eau en se solidifiant, celui du soleil, qui agit dans le même sens et émiette les sommets, le cheminement des glaciers, qui entraînent les blocs tombés à leur surface et usent en même temps leur fond^ la force du vent qui transporte les sables et parfois, en projetant ces sables sur les rochers, arrive à les strier, etc., etc.

Quelle est la force de ces agents divers ; quel est le travail actuel de l'érosion dans une année, on a essayé maintes fois de le calculer, avec l'intention (d ailleurs peu fondée) d'en tirer un point de départ pour l'évaluation des périodes géologiques en années. Étant donné que les produits emportés par l'érosion arrivent tôt ou tard aux cours d'eau et que, sur ceux-ci, après avoir comblé les inégalités des profils en long ou en travers, ils finissent, pour la plus grande partie, par être entraînés à la mer, l'apport à la mer des fleuves donne évidemment une limite minima de ce que l'érosion a pu détruire.

Or, si l'on considère d'abord les seuls produits en suspension, en dehors des éléments dissous, on sait assez exactement que le Mississipi charrie par an à la mer 0'""^206 de matières solides (sans compter les sels dissous), le Danube 0,034, le Pô 0,040. Sir J. Murray a trouvé, pour dix-neuf des principaux fleuves, 1,38 kilomètres cubes et une proportion des sédiments au débit de l'eau égale à 38 : 100.000. Poiir un débit d'eau annuel total de 28.000 kilomètres cubes, il est arrivé à estimer l'apport annuel de toutes les rivières du globe à 10 kilomètres cubes. On a alors proposé de doubler ce chiffre pour tenir

i . On aétudié, à diverses reprises (Gilbert, llistory ofthe Niagara River, .\lbany 1890 ; Wbight, Amer. geol. 1902, p. 110 à 143), le taux de l'érosion du Niagara. La cascade du Fer à cheval a reculé de 1",80 par an entre 1842 et 1867.

2. Ce travail des glaces joue un rôle énorme dans les régions polaires, où les débris entraînés par les glaces flottantes contribuent ensuite puissamment à la sédimentation marine. (Voir la Nature, 1912 : La sédimentation parles glaces flottantes.

compte des régions sans écoulement maritime'. On peut encore ajouter 5 kilomètres cubes de substances, non plus transportées mais dissoutes et, peut-être, 1 kilomètre cube résultant de la destruction des vagues sur les rivages. On arrive ainsi à un minimum de 26 kilomètres cubes par an. Si, d'autre part, on fait intervenir le petit relèvement, que les apports sédimentaires doivent provoquer dans le niveau de la mer, on est amené à conclure que l'altitude moyenne des continents doit perdre plus de 2,5 millimètres en dix ans, 1 mètre en quatre mille ans, c'est-à-dire que le taux de l'érosion actuelle équivaudrait à réduire toute la Terre au niveau de la mer, en 2.700.000 années. La conclusion est évidemment fausse en elle-même, puisque l'effet de l'érosion ne peut que s'atténuer peu à peu et qu'en outre l'action des forces internes doit déterminer des mouvements de l'écorce continus ou intermittents; mais elle suffit à montrer l'intensité du phénomène et à faire imaginer ce qu'il a pu être, lorsque des chaînes nouvellement plissées offraient une prise plus facile à la destruction, dans les périodes de grandes précipitations météoriques, qui ont pu suivre ces mouvements du sol.

Si nous voulons maintenant, en nous reportant à une période géologique plus ou moins ancienne, essayer de calculer le taux de l'érosion subie par une région déterminée, notre procédé consiste à rétablir, d'après ce qui subsiste des couches géologiques, le profil théorique des terrains, qui, on l'a vu, se poursuit toujours par continuité au-dessus de la superficie actuelle et à comparer ce profil, qui représente ce que serait le relief actuel si l'érosion n'avait pas eu lieu avec celui de cette superficie telle qu'elle se présente après l'érosion.

11 entre nécessairement, dans un tel raisonnement, une série d'hypothèses, puisqu'il faut d'abord imaginer, par la stratigraphie, quelle a pu être la série complète des terrains au point considéré et, ensuite, par la tectonique, quelle a été l'allure de ces terrains. En premier lieu, lorsqu'il s'agit d'une zone érodée, où un étage sédimentaire n'a laissé aucun témoin, il est toujours difficile de dire dans quelle mesure cette lacune peut tenir, soit à l'absence des dépôts pendant l'époque correspondante, soit à la disparition complète du sédiment en question par l'érosion, soit enfin à sa transformation par un métamorphisme, qui l'aurait rendu méconnaissable. La question du métamorphisme se pose, par exemple, pour tous les terrains primaires dans un pays aussi profondément attaqué que l'Afrique Australe, ou, à un degré moindre, que le Plateau Central. Ailleurs, des controverses sans nombre ont pu se produire entre les géologues pour savoir, par exemple, si la

1. Voir la discussion de ces chiffres in db Lapparent, loc. cit.. .page 232.

Page 1