‹ La science géologique: ses méthodes, ses résultats, ses problemes, son histoire. 2. éd., rev. et augm. d'un index alphabétiqueChapitre 167 sur 356 · CHAP. X. — DYNAMISME EN ACTION · texte numérisé non relu

CHAP. X. — DYNAMISME EN ACTION

divers ; néanmoins cela explique aussitôt l'abondance des sédiments ferrugineux.

Supposons, pour (ixer les idées, qu'il puisse y avoir 2 kilomètres de sédiments en moyenne sur l'étendue des continents émergés'; cela impliquerait, en admettant que la superficie relative des terres et des mers ne se soit pas modifiée depuis le moment où ces sédiments ont commencé à se former, à peu près 2 kilomètres d'érosion moyenne ayant porté d'abord sur des roches ignées pour constituer ces dépôts. Il y aurait eu, en résumé, une épaisseur de roches cristallines de 2.000 mètres détruite et introduite dans la sédimentation, dont elle aurait alimenté les diverses manifestations. Comme la hauteur moyenne des continents est de 700 mètres, ce serait donc environ trois fois cette hauteur, qui aurait, au cours de l'histoire géologique, été, en diverses fois, soulevée au-dessus des mers, puis détruite. D'autre part, il y aurait eu, au total, sur une superficie de 145 millions de kilomètres carrés, avec une épaisseur de 2 kilomètres, 290 millions de kilomètres cubes remaniés. Au taux actuel de l'érosion, ou à raison de 26 kilomètres cubes par an, cela ferait 11,1 millions d'années, qui devraient assurément être considérés comme un maximum très loin d'avoir été atteint.

Nous pouvons retenir en gros cette érosion de 300 millions de kilomètres cubes. Le chiffre peut être utile à considérer pour imaginer ce que donneraient les substances disséminées en petites quantités dans les roches. Comme il est environ le cinquième du volume des mers, une substance entièrement dissoute et totalement entraînée à la mer devrait, en principe, atteindre dans la mer une teneur 5 fois moindre de celle qu'elle avait dans l'écorce cristalline. Ce sont là, pour bien des éléments chimiques, des teneurs encore appréciables et qui suffisent à faire comprendre comment on a retrouvé des traces de bien des métaux dans l'eau de mer".

III. — Le dynamisme en action. Déplacements actuels du niveau de la mer. Plages soulevées. Tremblements de terre.

Peu de phénomènes seraient plus intéressants à constater d'une manière indiscutable et à étudier avec précision, peu ont donné lieu

1 . Ce chiffre n'est pas en contradiction avec la hauteur moyenne de 700 mètres admise plus haut pour les continents, puisque les sédiments peuvent descendre beaucoup au-dessous du niveau de la mer. D'autre part, l'épaisseur moyenne des terrains sédimentaires, dont il me parait impossible actuellement de donner une évaluation à peu près exacte, ne doit pas, sans doute, dépasser ce chiffre de 2 kilomètres; mais elle pourrait être réduite à moitié. Voir une discussion de la question, page 651.

2. Sur les teneurs en métaux des continents et des mers, voir: L. De Laonat. L'Or dans le monde, p. 76 à 87, et la Conquête minérale, \>.Z0\.

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à des observations plus anciennes et peu, néanmoins, restent plus discutés que les mouvements actuels de l'écorcc terrestre, entraînant un déplacement corrélatif dans le niveau des mers.

Presque de tout temps, on a eu l'idée que la Terre pouvait ne pas être immobile, que le niveau de la mer pouvait n'être pas fixe, que les flots et les continents pouvaient, par endroits, s'être succédés tour à tour, et les observations les plus banales, les plus courantes, les faits historiques les mieux établis semblent aussitôt venir confirmer cette opinion. Là, d'anciens ports se trouvent reculés au milieu des terres; ailleurs, on a vu s'enfoncer sous l'eau les dallages de Ravenne ou de Venise; les colonnes du temple de Sérapis à Fouzzoles ont eu leur base entourée par la mer ; des restes de forêts apparaissent parfois au fond de nos estuaires, sous le sable de nos plages ; bien mieux, c'est quelque ville d'Ys, dont on apercevra les ruines au fond de la baie de Douarnenez et vers laquelle convergent encore des chaussées antiques, aujourd'hui coupées par le rivage ; dans les parages volcaniques, ce sont des îles, que l'on voit, en quelques jours ou en quelques semaines, surgir ou disparaître ; ou encore, dans un pays aussi peu volcanique que la Suède, ce sont des repères, placés il y a deux siècles au niveau de la Baltique, qui ont monté peu à peu ; dans le Pacifique, c'est l'observation des récifs coralliens ; un peu partout, ce sont les tremblements de terre, etc., etc.. 11 ne semble donc douteux à personne que la Terre remue. Là-dessus, les théories géologiques les plus modernes viennent se greffer pour voir, dans ces mouvements progressifs ou intermittents de la superficie, la préparation de grands déplacements futurs, analogues à ceux dont témoigne la tectonique : quelque chose, comme ces plis posthumes à larges ondulations, que lou retrouve maintenant dans des terrains, supposés autrefois très régulièrement horizontaux, ceux du bassin de Paris par exemple. La cause apparaît donc entendue dès le premier examen et on pourrait croire qu'il n'y a qu'à énoncer le fait, comme admis de tous, pour en tirer les conclusions. La vérité est, cependant, que, lorsqu'on soumet l'un après l'autre à une discussion serrée tous les faits, sur lesquels repose l'opinion courante, beaucoup d'entre eux s'évanouissent, ou témoignent d'une toute autre cause. Pour la Baltique, où les mesures sont particulièrement précises, on a pu se demander si l'on n'avait pas affaire à une sorte de lac, en communication incomplète avec la mer et dpnt le niveau subissait l'influence des apports fluviaux; pour les récifs coralliens, de nouvelles théories sont venues infirmer les déductions annoncées ; les phénomènes incontestables des régions volcaniques ont un caractère local, qui apparaît aussitôt; les prétendues crevasses

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