‹ La science géologique: ses méthodes, ses résultats, ses problemes, son histoire. 2. éd., rev. et augm. d'un index alphabétiqueChapitre 172 sur 356 · III. Coordination synthétique des phénomènes tectoniques · texte numérisé non relu

III. Coordination synthétique des phénomènes tectoniques

Dans le premier paragraphe, nous examinerons le mécanisme même des mouvements terrestres ; nous essayerons de les grouper par catégories et, d'après leur allure apparente, d'en deviner le principe. Ce sont là, sans doute, des études quelque peu techniques et qui sembleraient devoir être réservées à la pratique professionnelle. Mais il est indispensable de se familiariser avec le caractère, l'importance et la généralité de tels accidents, qui troublent notre confiance instinctive dans la stabilité terrestre; il faut s'habituer l'esprit à ces déplacements gigantesques, qui ont tant de fois et si profondément modifié la structure de la Terre ; il faut en bien saisir l'allure, ne fût-ce que pour apprécier la rigueur et la précision des résultats, plus surprenants encore, auxquels nous arriverons ensuite. Ces mouvements présentent de plus, par eux-mêmes, un très réel intérêt mécanique et prouvent l'intervention de forces internes, dont la généralité, la constance et la grandeur se trouvent par eux nettement mises en évidence.

Dans le second paragraphe, nous pousserons un peu plus loin et, considérant une zone de dislocation déterminée, telle que la zone alpine, nous en reconstituerons l'histoire. Nous rechercherons alors les manifestations successives si diverses, dont une telle région a été le théâtre, en examinant dans quelle mesure elles ont été la conséquence les unes des autres, ou plutôt elles se sont mutuellement influencées : autrement dit, le degré de permanence que peuvent présenter ces déformations terrestres et, par conséquent, les forces dont elles dérivent.

Cette histoire, en nous montrant alors la presque continuité, ou du moins la longue durée de ces déformations, semblera d'abord rendre, dans une certaine mesure, un peu vain le travail de coordination géo-

CHAP. XI. — RÉSULTATS DE LA TECTONIQUE. DÉFORMATIONS LOCALES 3i3

graphique du paragraphe III, qui n'a plus qu'un objet à peu pros insaisissable, s'il s'agit de surprendre, à la surface dune mer en mouvement, près dune côte semiV, d'écueils, le passage de vagues eu marche, qui se suivent, se chevauchent, rebroussent et s'entre-croisent. Néanmoins, une première approximation, suffisante dans la pratique, montre l'unité tectonique de certains grands systèmes montagneux, qui, pour n'être pas rigoureusement synchroniqucs, n'en correspondent pas moins à un même groupe de phénomènes, à une même période de Ihistoire et ne s'en distinguent pas moins les uns des autres. Une remarque, qui sera bientôt faite sur la manière dont les premières déformations ont parfois dirigé les suivantes et leur ont imprimé leur allure, ne nous sera pas inutile dans ces recherches. Nous chercherons donc à indiquer comment la Terre se divise en secteurs, en zones, dont la structure est le résultat de mouvements remontant à des périodes diverses; comment, par suite, on peut distinguer, sur une carte de cette surface, des compartiments, dont l'histoire dynamique s'est arrêtée plus ou moins anciennement et reconnaître ainsi le déplacement progressil de ce dynamisme avec le temps : nous serons ainsi conduits à soupçonner la cause profonde, qui intervient dans tous ces grands phénomènes et à chercher le principe directeur, qui a pu, dès l'origine, donner une impulsion à tout l'ensemble des mouvements.

I. Interprétation géométrique et mécanique des détormations locales ; leur prolongation dans les parties de l'écorce disparues par érosion ou cachées en profondeur.

Dans ce paragraphe, il sera question des considérations les plus nouvellement introduites dans la science par lél tectonique et de celles, qui, en modifiant les anciennes conceptions sur les déformations mécaniques superficielles de l'écorce, éclairent du même coup, davantage, sur leurs causes profondes.

Ainsi que je l'ai indiqué déjà en exposant les méthodes tectoniques au chapitre vu *, on a commencé par se faire une idée très simple des déformations terrestres. Les travaux de mines avaient montré lexistence de fractures verticales, ou failles ; les parois de falaises montagneuses, celle de couches plissées. On a imaginé d'abord les failles comme des plans verticaux, dont l'intersection avec la surface se représentait au moyen d'une ligne droite, déterminée par deux de ses points; les plissements, dont le rôle parut, jusqu'à une époque récente, très subordonné, furent, eux aussi, conçus comme des alternances

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