‹ La science géologique: ses méthodes, ses résultats, ses problemes, son histoire. 2. éd., rev. et augm. d'un index alphabétiqueChapitre 179 sur 356 · CHAP. XI. — LOIS GENERALES DES DEFORMATIONS TERRESTRES · texte numérisé non relu

CHAP. XI. — LOIS GENERALES DES DEFORMATIONS TERRESTRES

les temps plus récents avec une écorce plus épaisse et moins souple.

Un autre fait général à remarquer est l'amplitude énorme, que peuvent prendre les accidents mécaniques de l'écorce. Les déplacements par failles peuvent atteindre 3 kilomètres de haut. Il est des dislocations volcaniques, ou des plissements montagneux, qui affectent presque une demi-circonférence terrestre. De telles dimensions prouvent, je crois, avec évidence, comme la persistance des accidents sur les mêmes zones, qu'aucune explication locale n'est suffisante et qu'en dépit de toutes les tendances actUalistes, il faut absolument invoquer des phénomènes généraux, des changements de forme et d'étal physique du noyau interne : changements bien difficiles, ou même impossibles à expliquer, si l'on n'admet pas sa fluidité (permanente ou momentanée). On peut parler de simples oscillations locales, quand il s'agit d'un massif restreint comme les Vosges ou le Plateau Central ; mais il paraît improbable que ces mouvements relatifs ne correspondent pas à quelque grand mouvement absolu, quand on voit surgir une chaîne continue sur tout un côté du Pacifique , se soulever en masse tout le centre de l'Asie

Un dernier caractère frappant est l'importance générale des mouvements tangentiels, dont les plis simples sont déjà un indice et, à plus forte raison, les plis couchés et les charriages. Tous les mouvements de ce genre paraissent avoir leur origine dans une compression violente, exercée à une certaine profondeur, et, alors, à défaut de toute autre force tangentielle qu'on puisse invoquer, on est naturellement conduit à une hypothèse dérivée de celle d'Elie de Beaumont, expliquant toutes les déformations dans leur principe par la contraction d'un noyau interne sous une écorce superficielle composée de morceaux hétérogènes, dont certains blocs solides, en s'affaissant, refouleraient latéralement des fuseaux restés ou redevenus plastiques, y produiraient des remplis et pourraient même provoquer localement l'exhaussement relatif de quelques voussoirs voisins découpés en coins comprimés à leur base*.

En partant de cette idée, l'origine des déformations terrestres se ramènerait donc, d'une part, au jeu relatif de compartiments rigides, progressivement accrus par les étapes de la consolidation interne, sur lesquels se seraient opérées : dans les phases de descente, des transgressions momentanées à couches horizontales ou peu ondulées; dans les phases d'exhaussement, des régressions, et, de l'autre, au plissement violent des zones intermédiaires de plus en plus restreintes, qui auraient pris, tantôt la forme de dépressions, tantôt celle de saillies,

i . Voir le développement de cette idée dans un article sur le Refroidissement de la Terre lia Nature, 18 mai 1912).

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suivant que la composante verticale de l'effort s'y manifestait dans un sens ou dans l'autre, positive ou négative.

Ce n'est pas à dire que, ni les voussoirs solides en question, ni les fuseaux de plissement et de dislocation intermédiaires, soient restés constamment les mômes pendant la succession des périodes géologiques; il semble bien, au contraire, comme nous venons déjà de l'indiquer, qu'avec le progrès des temps, certains voussoirs, d'abord homogènes, se soient tronçonnés, tandis que certains fuseaux, d'abord instables, se consolidaient. La création d'une zone instable nouvelle a pu être provoquée par un effondrement ou par une rupture profonde ; puis les sédiments ont pu s'y accumuler et les mouvements successifs les affecter, dans la suite, sous la forme de plissements, peut-être influencés parle relèvement des isogéothermes, c'est-à-dire par le réchauffement, le ramollissement, que leur seule accumulation déterminait. De même, les déplacements des magmas ignés, les refusions de parties solidifiées, conséquence naturelle d'un affaissement ou d'un plissement, ont pu, en incrustant toutes les fissures des sédiments, en les métamorphisant et recristallisant, contribuer à souder en un bloc des zones instables. Toujours est-il que l'on constate nettement, dans l'histoire géologique, la disparition de certaines zones faibles, telles que celles où se sont produits, au début, les plissements archéens, précambriens et calédoniens, puis, d'autre part, la création de nouvelles zones affaiblies, telles que l'axe Atlantique et, enfin, la persistance de très anciennes zones faibles (telles que le sillon Méditerranéen), auxquelles s'applique spécialement le nom de géosynclinaux. Les trois cas peuvent se présenter et je crois que, dans le détail comme dans l'ensemble des phénomènes, ils sont tous trois à considérer, pour ne pas se laisser entraîner à des généralisations trop exclusives.

Si nous précisons dès lors ce qui concerne les mouvements verticaux de ces voussoirs solides et si nous considérons que, dans l'ensemble, leur déplacement constant, sinon continu, paraît devoir aboutir à leur descente générale vers le centre, on est amené à imaginer quil doit y avoir inégalité dans cette descente, difficulté pour introduire les fragments d'une sphère plus grande dans une sphère contractée de rayon plus petit : ce qui se traduit par le surélèvement relatif, ou l'abaissement relatif, de l'un ou l'autre d'entre eux; par conséquent, par un déplacement des masses d'eau à la surface de la Terre, avec invasion des zones abaissées (transgression) et retrait hors des zones relevées (régression ou émersion). Le même compartiment ayant pu, dans cette descente progressive, être, tantôt retardé, tantôt accéléré, c'est, je crois, dans ce sens que l'on peut parler d'oscillations

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connexes des grands mouvements marins : ces mouvements marins pouvant d'ailleurs être supposés avoir, nous le verrons', d'autres causes astronomiques. Avec une telle conception, on retrouve, entre tous les phénomènes géologiques, la solidarité, la coordination qu'ils ont dû accuser, et l'on rattache directement les plissements des géosynclinau.x à ces affaissements des masses intermédiaires.

Le déplacement de ces grandes masses consolidées, que nous supposons, par une image grossière, reliées au moyen de bandes flexibles, doit, en elTet, déterminer, tantôlunecompression, tantôt une décompression de celles-ci. Si nous imaginons, comme cela semble logique, que la zone faible médiane tende naturellement à s affaisser, à former par suite un géosynclinal, la compression latérale des deux voussoirs se rapprochant doit avoir d'abord pour effet de creuser le synclinal en le resserrant; une décompression, s'ils viennent à s'écarter momentanément, peut, au contraire, diminuer sa profondeur en l'élargissant. Ces alternatives de compression et de décompression, (les premières plus habituelles, les secondes plus rares), paraissent dominer l'histoire géologique. Le phénomène, qui serait simple, si l'on avait affaire à une lame élastique prise entre deux mâchoires mobiles et se plissant dans l'air, tire toute sa complication du fait que les terrains en question doivent être, à la fois, arrêtés dans leur mouvement par en haut et par en bas, étant encastrés dans un ensemble de matériaux solides, et ph'ssés, non à la superficie, mais en profondeur. En outre, ils viennent se briser, en plan horizontal, contre une série de môles antérieurement consolidés, comme des vagues sur des écueils.

C'est ainsi que l'on voit le géosynclinal, après avoir commencé par s'enfoncer, arrivé à une certaine profondeur, s'arrêter et se subdiviser en une série de plis secondaires, dont les anticlinaux s'élèvent progressivement et finissent par constituer : d'abord, plusieurs rides montagneuses parallèles ; puis une seule grande chaîne plissée, sur la place occupée primitivement par une dépression marine. Après quoi, la réaction, qui succède souvent à un effort mécanique, peut, en décomprimant les deux bords plus séparés du géosynclinal, déterminer un tassement des saillies.

Par ce simple exposé rudimentaire, il semble qu'on comprenne alors comment (ce qui est, non plus une hypothèse, mais un fait d'observation), le soulèvement d'une chaîne montagneuse débute, en principe, par le creusement du géosynclinal, dont cette chaîne doit prendre la place, se traduit lui-même par une régression marine dans ce géo-

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