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synclinal et se termine par une transgression inverse des eaux dans le même sillon.
On croit également comprendre pourquoi la période de compression, qui se traduit par un soulèvement montagneux et une régression dans le géosynclinal correspondant, amène, en même temps, sur les continents voisins, une transgression des eaux chassées de ce synclinal, tandis qu'à la fin du plissement succède, avec un retour de la mer dans la zone géosynclinale, une émersion des continents voisins : corrélation logique, présentée par M. Haug* comme un fait d'expérience..
Enfin l'interprétation des plissements par la compression des deux voussoirs, entre lesquels la zone faible est enserrée, expliquerait comment, cette zone de compression maxima étant à une certaine profondeur, les plis qu'elle entraîne prennent la disposition générale d'une gerbe épanouie vers le haut, ou d'un éventail.
Néanmoins les deux voussoirs ne peuvent manquer d'exercer une action inégale ; l'un d'eux se rapproche nécessairement plus vite que l'autre et il semble assez logique d'admettre que ce soit le plus instable encore, le moins étendu, le moins consolidé par les réactions antérieures, qui ait le déplacement le plus accentué. Ce qui expliquerait peut-être le sens général de poussée vers !'« Avant-pays »^ que M. Suess s'est attaché à montrer. Il est probable, suivant une remarque deM.Termier qui me paraît très juste, que l'Arrière-pays doit, par un tel mouvement, avoir une tendance à passer par-dessus la chaîne qui se plisse et qui elle-même s'enfonce progressivement au-dessous de lui : ce qui rendrait compte des charriages gigantesques, tous dans le même sens, de ces nappes multiples, emportées les unes par-dessus les autres, de ces traîneaux écraseurs venus uniformément du Sud, que, dans les théories actuelles, on est conduit à imaginer sur toute la longueur des Alpes^
Quand nous allons, tout à l'heure, entrer dans le détail de la structure orographique, on verra, ce me semble, que la plu[ art des faits constatés peuvent s'expliquer dans l'hypothèse précédente.
J'ajouterai seulement encore que, les zones affaiblies étant fortement
1. Hauu. Les fjéosyncUnaux (Bull. Soc. géol. 3°sér., XXVIII, 1900, p. 683). — Cf. dk GnossouvRE. Sur les relations entre les transgressions marines et les mouvements du sol (C. R. Ac. Se. S févr. 18D4).
2. On a donné aux deux compartiments ou voussoirs de l'écorce, dont le rapprochement détermine un plissement de la zone intermédiaire, les noms à' Avant-Pays et d'Arrière -Pays.
3. Je dirai bientôt que, pour M. Tehhier, les chaînes de plissement situées au Sud des Alpes et appelées les Dinarides (Alpes Illyriennes, Alpes Dolomitiques), auraient, avant d'être plissées. passé par-dessus les Alpes entières (Bull. Soc. géol., 4»sér., III, 1903, p. 7 à 27).
CIIAP. XI. - LOIS DES PLISSEMENTS OROGÉNIQUES 373
sinueuses, les plissements eux-mêmes le sont aussi : ce qui n'a pu manquer d'entraîner des inégalités dans les mouvements, des frictions suivant certains plans de cassure, des ouvertures béantes suivant certains autres, des torsions accompagnées de fractures et des accumulations d'accidents mécaniques, en des points où les plis changent de direction principale, où, par conséquent, se produit un rebroussement, une « Schaarung », ainsi qu'on le constate aisément dans le Plateau Central ou le Harz.
Nous pouvons maintenant, laissant ces considérations très générales, où la part d'hypothèse est trop forte pour ne pas devenir un peu inquiétante, revenir sur un terrain plus solide, en examinant les lois, déjà fort complexes, qui ont présidé à un plissement montagneux.
2°) Lois des plissements orogéniques. Plasticité des régions plissées. Permanence des zones plissées. Succession des phénomènes dans un plissement. Modifications dans l'allure des plis avec la profondeur. Forme en éventail et sens de poussée. Ondulations en profil et en plan. Caractère des extrémités libres. Disposition amygdaloïde d'aune chaîne plissée. — J'ai indiqué, tout à l'heure, en passant, deux des lois fondamentales, qui caractérisent les plissements orogéniques. La première est la plasticité, que semblent avoir accusée les matériaux terrestres, cependant composés de terrains solides, en présence d'un plissement; la seconde, la persistance des plissements sur certaines zones affaiblies : ces deux lois demandent à être précisées.
Tout d'abord, l'écorce terrestre se déforme en se plissant à peu près comme le ferait une matière plastique : ce qui peut s'expliquer par la lenteur des mouvements, comme par la profondeur des forces mises en jeu. En raison de ceiie plasticité, la surface, d'après M. Bertrand, tend, à chaque moment, « à prendre une forme déterminée d'équilibre, correspondant à la répartition des matériaux terrestres et à la distribution des températures ». Les déplacements de matière, produits par la dénudation et par les dépôts, contribuent à changer cette forme d'équilibre et, sous une épaisseur de sédiments, l'écorce, réchaufïée par le relèvement des isogéothermesS donc ramollie et rendue plus plastique, peut être susceptible de s'enfoncer par isostase, comme si elle fléchissait sous le poids, de manière que le synclinal s'accentue et que les accumulations de sédiments y deviennent de plus en plus épaisses. Cette cause vient s ajouter au phénomène originel, qui avait commencé le creusement du
i. L'accumulation des sédiments sur un point éloigne ce point de la superficie. Comme la température s'accroît quand on s'enfonce dans la Terre et que les surfaces d'égale température, les i^ogéolhennes, sont grossièremcn'. parallèles à cette superficie, le point en question se trouve, dès lors, porté à une température plus élevée.
37i LA SCIENGli GEOLOGIQUE
synclinal et qui ne peut manquer de continuer h agir, tandis qu'un phénomène connexe crée la ride anticlinale, aussitôt en partie détruite et transformée en matériaux de sédimentation.
La seconde loi, celle de la permanence des plissements, semble en contradiction avec un autre grand principe, que MM. Suess et Marcel Bertrand ont mis en lumière et suivant lequel les rides montagneuses du continent européen se seraient successivement formées, en Europe, en se transportant du Nord au Sud, depuis le Nord de la Scandinavie jusqu'à notre chaîne alpine : principe, que j'essayerai bientôt de généraliser en lui donnant une forme diiïérente. On peut cependant les concilier en remarquant, comme je l'ai fait tout à l'heure S que la persistance attribuée aux zones plissées n'est pas indéfinie, mais que chaque mouvement peut avoir pour suite la consolidation d'anciennes zones faibles, tandis qu'il s'en crée ailleurs de nouvelles.
Quoi qu'il en soit, il faut admettre, comme un fait expérimental, que la zone affectée par les plis alpins (Pyrénées, Alpes, Carpathes, etc.) avait déjà été, en grande partie, influencée par les plis carbonifères et, peut-être même, par des plis antérieurs, de même que, dans le bassin de Paris, des plissements se sont superposés, pendant le secondaire et le tertiaire, à d'anciens plis primaires, ou que, plus anciennement, le géosynclinal dévonien de l'Ardenne s'est superposé aux plissements antédévoniens. C'est une règle générale, que l'on retrouve également pour un certain nombre de grandes failles ou filons, dont on constate les réouvertures successives à travers de nombreuses périodes géologiques.
Dans quelle mesure s'est produite cette superposition des plis nouveaux aux plis anciens, c'est ce qu'il convient d'examiner; car, suivant Marcel Bertrand, la loi, énoncée d'abord en 1856 par (lodwin-Austen et reprise par M. Suess sous la forme des plis posthumes, serait d'une simplicité géométrique : il y aurait concordance absolue. Une telle conclusion ne me paraît pas pouvoir être admise et je ne crois pas non plus qu'on puisse interpréter les anomalies apparentes par l'intervention d'un système, orthogonal sur le premier, qui en serait le corollaire. Ce n'est pas seulement un angle droit, c'est un angle oblique quelconque, que peuvent faire les plis nouveaux avec les plis anciens, toutes les fois qu'il s'agit d'un effort violent, capable d'amener une surrection notable et ayant, par conséquent, sa direction propre. La concordance ne paraît à peu près établie que pour les mouvements de faible amplitude, attribuables à des sortes de tassements, que M. Suess a fort justement qualifiés de posthumes, dus à la continuation de mou-