‹ La science géologique: ses méthodes, ses résultats, ses problemes, son histoire. 2. éd., rev. et augm. d'un index alphabétiqueChapitre 183 sur 356 · CHAP. XI. — EXTRÉMITÉS LIBRES DES PLIS · texte numérisé non relu

CHAP. XI. — EXTRÉMITÉS LIBRES DES PLIS

le pays des plis contrastant avec les nappes des hauts sommets.

Afin de reconstituer l'histoire des plis et de saisir le mécanisme de leur formation, M. Suess s'est attaché à rechercher ce que devenaient leurs extrémités libres et la terminaison des chaînes dans leur longueur : au bout du Jura, dans les Lagern; pour le faisceau de la Save, dans les Kara*vanken; en Asie, dans le Kouenlun ou en Birmanie.

Il semble, en effet, que, lorsqu'on arrive ainsi au point où les mâchoires de l'élau se desserrent, on doive retrouver ce qui s'est produit au début de la compression latérale, par suite de laquelle ont surgi les chaînes orographiques, alors que ces mêmes mâchoires commençaient seulement à se serrer. A première vue, il est bien probable que les plis n'ont pas dû commencer partout en même temps ; quelques-uns ont dû apparaître d'abord, là où la compression était la plus forte ; puis il s'en est développé une série d'autres à côté. De même, quand on part de l'extrémité d'une chaîne plissée, on trouve d'abord un seul pli anticlinal, comme si les anticlinaux libres avaient eu une tendance à se développer les premiers, puis une série de plus en plus complexe d'anticlinaux et de synclinaux, aboutissant, dans les zones de compression maxima, aux renversements latéraux en gerbe et aux charriages.

Comme cette première remarque l'aura déjà mis en évidence, un tel mouvement de plissement ne saurait être égal et uniforme, ni dans sa direction, ni dans sa coupe transversale, ni dans son plan. Il ne peut manquer d'être influencé par les obstacles, que rencontre sa propagation horizontale, sous la forme de massifs plus anciennement consolidés, contre lesquels il vient se briser ou se tordre, en les disloquant euxmêmes ; il l'est également par les noyaux solides des plissements antérieurs, qu'il ramène de la profondeur et qui jouent, au milieu de lui, le rôle de cailloux dans une pâte plastique, en déviant les plis autour d'eux et produisant cette structure amygdaloïde, analogue à celle d'un gneiss œillé, que Marcel Bertrand a mise en évidence dans les Alpes. Tous ces obstacles divers entraînent une complication de formes structurales, qui fera tout à l'heure l'objet principal de notre étude, quand nous examinerons plus en détail les diverses chaînes orographiques terrestres et quelques-uns des travaux les plus intéressants en tectonique ont précisément pour but, la déviation des plis étant constatée, de retrouver l'obstacle, l'écueil plus ou moins visible qui en ont été l'origine.

on peut le supposer à peu près contemporain du soulèvement alpin à l'époque oligocène. Il reste, dès lors, à expliquer pourquoi le houiller et le secondaire non mvtamorphiques, accompagnés de trias métamorphique, subsistent dans une zone voisine, côte à côte avec les mêmes terrains métamorphisés. ^. ScBss, III, 407, 451 ; ZQrchrr (Feuille des jeunes naturalistes. !•' septembre 1891).

Enfin lies causes quelconques font que la crête d'un pli (ou l'axe d'un faisceau de plis en coupe longitudinale) n'est pas horizontale, mais onduleuse ; il" y a des renflements et des dépressions (qui, d'après M. Marcel Bertrand, s'aligneraient suivant un second système de rides orthogonales sur les premières)* et ces dénivellations, ces « aires d'ennoyage » de la crête des plissements, en même temps qu'elles déterminent des variations dans la nature des affleurements, par exemple des réapparitions de cristallophyllien dans le secondaire -, créent nécessairement des inégalités dans l'érosion, qui préparent à leur tour des dénivellations topographiques : peut-être même, quand le phénomène se produit en grand, des passages pour les invasions marines.

Un phénomène connexe, qu'il est impossible de négliger, détermine en même temps l'ascension des roches éruptives : soit que celles-ci proviennent de zones restées fluides ; soit qu'il y ait eu, par la compression et la chaleur résultant du déplacement des isogéothermes, refusion de roches solides. Il est assez logique de penser que la descente du géosynclinal a pu être provoquée par le déplacement de masses fluides au-dessous de lui et, dès lors, accompagnée parleur refoulement vers la surface dans toutes les cassures déterminées parle mouvement même. Nous aurons, aux chapitres de la pétrographie et de la métallogénie, à examiner quelles zones des terrains et quelles phases des pHssemenls se sont prêtées de préférence à ces éruptions, ainsi qu'aux émanations métallifères, par lesquelles elles semblent avoir été accompagnées.

Je n'ai parlé, jusqu'ici, que des plissements proprement dits ; cependant, en indiquant les ondulations du profil longitudinal, j'ai déjà fait voir comment un anticlinal pouvait se transformer en une série de dômes en chapelet, ou un faisceau de plis en aires de surélévation et aires d'ennoyage. Il semble souvent y avoir une localisation de l'effort, qui accentue cette disposition en dômes anticlinaux, pouvant apparaître au milieu d'un synclinal et en diviser les pHs, de même qu'ailleurs se produisent, sur un anticlinal, des cuvettes d'affaissement.

Quand il existe de semblables dômes ou cuvettes, on les voit généralement soumis à des déplacements relatifs par rapport au milieu environnant, qui se traduisent en oscillations et peuvent s'accompagner de failles périphériques. Ce sont des phénomènes, sur lesquels je n'ai plus à insister ici, puisqu'il en a déjà été question précédemment ^

i. Voir G. DoLLFUs. Ondulations des couches Lerliaires dans le bassin de Paris (Bull. Serv. Carte géol., 11° 14). - M. Bertrand. Sur la déformation de l'écorce terrestre (G. R. Ac. Se. 22 févr. 1892). — IIaug. Géosynclinaux, (Bull. Soc. céol . 8» sér., XXVIII, 1900. p. 667.)

2. Tehmieu. Massif du Pelvotix. (Bull. Soc. gool. 'à* scr. XXIV, 1897).

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