‹ La science géologique: ses méthodes, ses résultats, ses problemes, son histoire. 2. éd., rev. et augm. d'un index alphabétiqueChapitre 186 sur 356 · CHAP. XI. — COORDINATION DES DÉFORMATIONS TERRESTRES · texte numérisé non relu

CHAP. XI. — COORDINATION DES DÉFORMATIONS TERRESTRES

OÙ les tremblements de terre ont, par suite, leur maximum d'intensité. C'est la zone comprenant toutes les principales montagnes actuelles dii globe (Alpes, Caucase, Himalaya, etc.) : autrement dit, qu'on ne l'oublie pas, les saillies les plus jeunes, produites par les mouvements les plus récents et que l'inévitable érosion n'a pas encore eu le temps de détruire.

On voit donc, par cet exposé, que, suivant une remarque précédente, il ne suffît pas de considérer les mouvements de l'écorce terrestre comme s'étant propagés peu à peu, à la façon de vagues successives, d'abord le long du faîte primitif, puis vers la chaîne calédonienne, vers la chaîne hercynienne, et enfin vers la chaîne alpine, en sorte que chacune de ces chaînes représenterait une zone, où l'écorce serait restée stable jusqu'à une certaine période, puis le serait redevenue après s'être plissée et n'aurait eu ainsi qu'une part à peu près équivalente et momentanée dans les plissements ; mais il y a lieu, je crois, au contraire, d'insister sur la localisation progressive de ces plissements, qui ont dû être d'abord très généraux et embrasser toutes les zones précédentes, puis se restreindre peu à peu à une seule.

Cela n'empêche pas, du reste, que la zone de plissement maximum n'ait dû se déplacer avec le temps : ce plissement maximum semblant toujours s'être produit le long des butoirs antérieurement solidifiés, des « Avant-Pays », qui tendaient à être submergés, comme les vagues sont plus hautes le long du rivage qu'au large ; mais '•es vagues ont dû toujours se dresser, quoique plus faiblement, même au large et cela explique comment, de plus en plus, on retrouve, dans les chaînes récentes, telles que la chaîne alpine, des preuves de plissements antérieurs, par exemple de plissements hercyniens, de même que certaines parties moins solides de la chaîne antérieure ont continué à subir des mouvements, souvent superposés aux premiers, que l'on a pu appeler des plis posthumes.

On voit également comment cette conception diflere, au moins dans la forme, de celle qui est généralement admise, par l'intervention également active dans les plissements, non pas d'un seul butoir solide, d'un Avant-Pays, contre lequel les ondulations se sont écrasées, mais de deux butoirs formant mâchoires d'étau, un Avant-Pays et un Arrière-Pays, entre lesquels les sédiments flexibles et élastiques ont été refoulés, l'un de ces butoirs tendant seulement à dominer l'autre. Cette façon d'envisager les choses retire un peu de sa valeur à la notion de sens du mouvement, sur laquelle on a beaucoup insisté : le mouvement étant, pour nous, une compression dans les deux sens ; €t le caractère profond de cette compression, qui a pu amener à la sur-

face, plus ou moins inégalement, des épanouissements en gerbe, à la foïs vers les deux butoirs*, fait qu'il est parfois difficile, d'après le sens des renversements, de déterminer le sens des mouvements.

Cependant l'aspect seul de noire carte des plissements (PI. I) accuse bien le rôle différent de la zone polaire arctique, qui forme le horst universel *, de plus en plus étendu, peut être de plus en plus déprimé vers le centre par un aplatissement croissant du sphéroïde, et de la zone équatoriale, qui peu à peu se rapproche du pcMe, par la contraction de la sphère, à mesure que les périodes géologiques se succèdent. Les couleurs employées mettent en évidence la localisation progressive des plissements vers le Sud, en se rapprochant de la série des môles équatoriaux et, en sens inverse, autour du pôle Nord, la consolidation progressive de zones de plus en plus méridionales, qui viennent s'ajouter aux premières zones polaires pour accroître cette sorte de faîte solidifié.

Le phénomène est compliqué par les remous, de plus en plus prononcés, qui, à mesure que la zone relative aux plissements s'est resserrée, ont amené ceux-ci à se recourber de plus en plus sur euxmêmes, à se tordre en véritables tourbillons, à s'insinuer dans les fissures vides des voussoirs précédents et ont produit, par suite, des mouvements de détail dans les sens les plus variables. On voit, en même temps, des chaînes récentes déborder sur des chaînes antérieures avec une direction de plissement totalement différente de la leur. Enfin le tout a été troublé par les effondrements, qui semblent être intervenus, avec une intensité de plus en plus grande, à mesure que les plissements plus localisés suffisaient moins à contrebalancer la contraction terrestre. Néanmoins, dans l'ensemble, tout paraît s'être passé, dans l'hémisphère NordjCommesilazonedes massifs polaires avait progressivement accru son domaine et refoulé la zone plissable intermédiaire vers la zone des massifs équatoriaux. Ainsi se sont produites anciennement, par une conséquence directe, ces mers intérieures en forme de longs sillons, dirigés suivantdesparallèles.quenousauronsàétudieren paléo-géographie 'et dont Ja Téthys mésozoïque d'Asie, la Méditerranée d'Europe, sont les

1 . L' « éventail » du Mont Blanc entre Chamonix et Courmayeur est un cas très accidentel de ce genre. On conçoit que l'allure des plis doit être influencée par la hauteur el la vitesse relatives des deux mâchoires en mouvement. Si celles-ci pouvaient se déplacer horizontalement.runeversrautre.aveclamêmevitesseet en restantau même niveau, la zone intermédiaire comprimée surgirait entre elles et se déverserait des deux parts symétriquement. En fait, l'Arrière-pays semble d'ordinaire surplomber l' Avant-pays et s'avancer avec charriage par-dessus lui (comme dans une faille inverse).

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