‹ La science géologique: ses méthodes, ses résultats, ses problemes, son histoire. 2. éd., rev. et augm. d'un index alphabétiqueChapitre 197 sur 356 · CHAP. XI. — CHAINE HERCYNIENNE · texte numérisé non relu

CHAP. XI. — CHAINE HERCYNIENNE

sur le bord de la zone calédonienne en Norvège : chaîne qui pourrait aussi jalonner parallèlement l'ancienne continuation effondrée de la chaîne calédonienne vers le pôle Nord^

Du côté Est, celte chaîne gneissique est bordée par un effondrement tertiaire.

Nous retrouvons des plis calédoniens à l'Est du Groenland vers riludson's Land, où la côte marque une fracture à épanchements basaltiques.

Enfin, quand il a été question des môles primitifs sibérien, chinois et africain, nous avons signalé d'importantes zones calédoniennes sur riénisséi, la Lena, dans le Sahara, etc. Le raccordement de ces tronçons disjoints reste encore problématique.

C) Chaîne hebctnibnne (carbonifère) . — La chaîne hercynienne d'Europe, que l'on a appelée aussi armoricaine et varisque, est une chaîne alpestre antérieure aux Alpes et plus septentrionale, qui, à l'époque carbonifère [du dinantien (11) au permien (16) et, particulièrement, pendant le stéphanien (13)], s'est dressée de Séville à Clermont-Ferrand, Rennes, Nancy, Prague, Breslau, Odessa, etc., puis, suivant l'Oural, jusqu'à l'Océan Glacial. Dans les autres parties du monde, on retrouve la trace très nette de mouvements contemporains, que j'essayerai de raccorder avec ^eux d'Europe et que nous appellerons, par extension, du même nom.

Quand on étudie cette chaîne, on porte, d'habitude, une attention particulière sur ses parties septentrionales, où les mouvements d'âge tertiaire, en relation avec le plissement des Alpes, ne se sont fait sentir que par des cassures et des effondrements locaux : la Meseta Espagnole, la Bretagne ou Massif Armoricain, le Plateau Central, les "Vosges, la Forêt-Noire, la Bohême, etc. Il semble même parfois, dans les descriptions, que la chaîne se soit réduite à ces «môles», à cet Avant- Pays des Alpes, contre lequel les vagues alpines seraient venues plus tard se briser en le disloquant et que limite, par suite, au Sud, une zone effondrée particulièrement caractéristique (vallée du Guadalquivir, bassin du Rhône, Plateau Bavarois, plaine de Moravie, etc.). Quand on arrive dans ce qui est aujourd'hui la chaîne alpine, on ne parle plus qu'incidemment des plis hercyniens, dont le rôle, est, en effet, subordonné à celui des grands mouvements plus récents et, si l'on ne regarde pas les choses d'un peu près, il semble presque que cette zone alpine ait été épargnée par les accidents pré-

1 . Od connaît, sur le Smith Sund, entre le Groenland et la Terre de Grinnell, du silurien plissé, indice possible d'une traînée calédonienne ; mais, près de là, le secondaire lui-môme est inlluencé dans la Terre de Grant.

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cédents. Cela peut être vrai pour une partie méridionale de cette zone, comme nous le- verrons en l'étudiant bientôt et je crois, en effet, que les chaînes de plissement successives ont pu avoir un rayon d'action différent les unes des autres, de telle sorte que, tout en se superposant dans une partie médiane, elles peuvent dominer, à l'exclusion presque absolue l'une de l'autre, dans les parties extrêmes. Mais tel n'est pas précisément le cas dans la région où les plis alpins sont le plus intenses et j'insisterai tout à l'heure sur les plissements hercyniens, que cette zone alpine avait antérieurement subis. Ces plis, en créant des directions faibles ou résistantes, ont eu une influence évidente sur les accidents postérieurs, comme une feuille de papier plissée une première fois tend à reprendre les premiers plis, si on la comprime ensuite, même dans une direction différente. Néanmoins nombreux sont les cas où l'on voit les plis tertiaires venir buter contre les plis hercyniens avec une direction toute différente ou même passer par-dessus eux (Maroc, Meseta espagnole, Carpathes sur les Sudètes, etc.).

Si nous prenons d'abord la description de la chaîne hercynienne à partir du Sud-Ouest, nous trouvons, en commençant, l'Espagne, que ses plissements ont couverte tout entière (voir la planche III, à la fin du volume).

L'Espagne est aujourd'hui divisée en deux parties bien distinctes par une coupure N.-E. — S.-W., que suit la vallée du Guadalquivir. A l'Ouest, c'est le plateau hercynien de la Meseta, resté à peu près intact depuis les mouvements carbonifères, sauf quelques effondrements locaux d'âge tertiaire. Là on trouve les terrains primaires disposés par rides sinueuses, que la carte ci-jointe met en évidence et dont quelques-unes ont reçu des dépôts stéphaniens (13) ultérieurement replissés. A l'Est, vient la Cordillère Bétique, replissée à l'époque tertiaire, où les plis hercyniens ont disparu sous ces nouveaux plis alpins, si ce n'est dans la zone littorale de Malaga à Almeria qui a son pendant marocain (archéen et silurien) de Ceuta à Melilla. Et, entre les deux, se trouve un très ancien détroit, postérieur cependant au carbonifère, peut-être un des effondrements consécutifs du mouvement hercynien, qui, d'Alicante à Cadix par Jaen, a fait communiquer longtemps la Méditerranée avec ce qu'il existait de mer dans l'Atlantique, avant l'ouverture pliocène (54) du détroit de Gibraltar.

Par un phénomène dont j'ai déjà signalé la généralité, cette ligne de faille, si manifestement oblique sur les plis anciens, s'est transformée elle-même ensuite en une direction de plis tertiaires.

Du côté Nord-Ouest, l'écrasement des plis de la Meseta hercynienne contre un butoir solide, aujourd'hui disparu dans l'effondrement Atlan-

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tique, paraît manifeste. Ces plis, dirigés en moyenne N.-W.-S.-E., se recourbent, d'abord vers le Nord, puis vers le Nord-Est et, dans les Asturies, on les voit envelopper curieusement, de leurs courbes concentriques, le terrain houiller productif, encadré par des terrains de plus en plus anciens, qui se sont retournés par-dessus lui. Ces terrains apparaissent aujourd'hui à l'état de cuvettes emboîtées, dont les plus extérieures, qui chevauchent les autres comme des écailles imbriquées, sont aussi les plus anciennes*. L'analogie de cette courbe avec celle qui s'est produite plus tard sur le même point, à l'époque tertiaire, pourrait laisser présumer que son prolongement vers le Nord a été analogue et que le carbonifère productif des Asturies est le prolongement incurvé de celui de l'Aveyron, prolongement lui-même de celui de la Basse-Loire-.

Quand on franchit la dépression du Guadalquivir pour aborder la Cordillère Bétique, on entre dans une région, replissée une seconde fois pendant le tertiaire, et qui tient, de ces derniers plis tertiaires, sa structure caractéristique.

Dans cette région de l'Andalousie, il est évidemment trop simple d imaginer, comme on l'a fait, un seul grand anticlinal primaire, dont la Cordillère Bétique tertiaire serait le flanc Nord et le Rif marocain le flanc Sud ; mais il y a eu, sans doute, plusieurs plis, dont les syncli naux ont peut-être déjà préparé la future dépression méditerranéenne et dont un anticlinal a pu relier la Sierra Nevada avec les Baléares.

On trouve, par exemple, depuis les environs de Grenade jusqu'à Minorque, la trace d'une même formation métallifère littorale, appartenant au permo-trias, que nous avons pu suivre ailleurs à travers toute l'Europe par la Provence, la Hesse, le Mansfeld, la Silésie jusqu'à lOural '. Vers le Sud-Est, la bande de terrains cristallins, qui reparaît sur la côte d'Algérie et qui accuse certains liens apparents avec le système sardo-corse, pourrait, à la rigueur, représenter aussi un alignement hercynien, dont le mode de réapparition et l'âge môme de

1 . Suivant M. Termier, il y aurait, dans les Asturies, charriage de nappes. Au Sud-Est des Asturies, le raccordement de la Meseta proprement dite avec la Sierra de Guadarrama et la Sierra de la Virgen ou la Serrania de Cuenca est hypothétique; le tronçon de la Sierra de Guadarrama, notamment, parait découpé par des failles. Cependant les terrains primaires indiquent bien l'inflexion figurée sur la carte.

Le grand mouvement hercynien, en Espagne comme en France, s'est produit entre le dinantien (11) et le stéphanien (13) (houiller productif) ; après quoi, ce dernier a lui-même été plissé.

2. La courbe qui va d'Almeria à Gibraltar, Ceuta et Melilla est analogue.

3. Ces minerais de la chaîne hercynienne, qui est l'une des grandes zones métallisées dans le monde, méritent une description approfondie et spéciale. (Voir Traité des Cites métallifères, Béranger, 1913, t. II, p. TtiO à 788.

métamorphisme (peut-être tertiaire) demeurent très problématiques.

Qu'il y ait feu ou non, sur l'emplacement actuel de la Méditerranée occidentale, un tronçon hercynien disparu (voir pi. I), on peut, en tout cas, retrouver le pendant de la Meseta espagnole dans la Meseta marocaine et dans ses prolongements probables vers le Tidikelt, avec des directions qui, au lieu d'incliner dans le sens Est-Ouest, se rapprochent du sens Nord-Sud comme en Galice ou comme dans l'Oural K

Les Pyrénées, prolongées, à travers le golfe du Lion aux effondrements récents, par la Provence, ont peut-être formé, à la fin de la période hercynienne, un anticlinal secondaire, apparu sur l'axe du grand synclinal, ou, du moins, sur la place de la zone déprimée, qui a dû séparer le Plateau Central de la Meseta. C'est cette ride axiale, qu'une compression plus forte dans le sens N.-S. aurait fait surgir ensuite pendant l'éocène (44). Les principaux plissements hercyniens des Pyrénées semblent s'être produits au même moment que dans le Plateau Central, après le dinantien (11). Ils ont fait émerger une ride continentale là où la mer existait depuis de longues périodes géologiques. Comme dans le Plateau Central, ils se sont répétés avant le permien (13). Le mouvement des Maures et de VL'sterel^ marqué par des éruptions porphyriques, qu'accompagnent des liions métallifères, semblerait, lui, permien. Tout au moins, les roches éruptives y sontelles plus récentes que dans la grande masse de la chaîne hercynienne (porphyres permiens (14) et non plus dinan tiens (11).

Si nous continuons à suivre cette zone méridionale en laissant au Nord les principaux tronçons hercyniens, dans les Alpes, le même phénomène se retrouve, mais souvent masqué à tel point par une remise en concordance résultant des plissements tertiaires qu'il en devient discutable. On retrouve néanmoins de nombreuses traces de plissements antérieurs au trias ayant affecté les terrains carbonifères.

Peut-être là où le substratum métamorphisé paraît avoir été ramené au jour, comme dans le Pelvoux et le Mont-Blanc, a-t-on d'anciens faisceaux de plis hercyniens, localement surélevés et replissés pendant le tertiaire.

Je viens de suivre là, pour plus de continuité, une ride que l'on peut considérer comme extérieure, et peut-être aussi postérieure, à la chaîne hercynienne. Le faisceau le mieux caractérisé de celte chaîne passe, au contraire, plus à l'Ouest, par le Plateau Central, où, grâce à la présence de terrains carbonifères appartenant à divers niveaux et aux plisse-

1 . Ainsi que les plis calédoniens, les plis hercyniens ont souvent cette tendance à des directions méridiennes, à travers lesquelles les plis tertiaires sont passés en les disloquant et les refoulant.

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