‹ La science géologique: ses méthodes, ses résultats, ses problemes, son histoire. 2. éd., rev. et augm. d'un index alphabétiqueChapitre 237 sur 356 · CIIAP. XII. — ÈRE DES MOUVEMENTS HERCYNIENS (TRIAS · texte numérisé non relu

CIIAP. XII. — ÈRE DES MOUVEMENTS HERCYNIENS (TRIAS

en sorte qu'il y a bien plus d'analogie entre des dépôts d'âges de plus en plus récents, choisis en divers points de l'Est à l'Ouest, qu'entre des dépôts du même âge, mais différents par la longitude. Là où la mer triasique déborde, ses progrès commencent, en effet, comme ceux de toutes les transgressions marines, par amener des dépôts degrés ou de conglomérats; il y a même, à cet égard, pendant le werfénien (17), un retour de violence, qui rappelle le rotliliegcnde saxonien (15) et, comme ces formations sont généralement sans fossiles, on est même souvent embarrassé pour dire si elles appartiennent au permien, au trias, ou dans certains cas, à l'infralias. La destruction des roches ferrugineuses et leur reprécipitation, au contact plus ou moins immédiat de l'air, continuent à donner des terrains rouges, violacés ou bariolés.

Ainsi, pendant le werfénien (17), la mer ne respecte plus guère dans l'Europe Centrale qu'une grande île N.-E-S.-W., reliant les Alpes et la Bohême. Au Sud de cette île, c'est la mer ouverte par l'Adriatique sur cette Méditerranée triasique, la Téthys, qui s'étend alors en Asie par-dessus l'Himalaya et du Sait Range Indou au Tonkin ; mais, au Nord et à l'Ouest, c'est, comme pendant le Saxonien, le régime des côtes instables et des lagunes avec dépôt habituel de grès bigarrés où la précipitation des sulfures métalliques est provoquée par des débris organisés. On rattache à cette phase le sel du Salzkammergut.

Pendant le muschelkalk {virglorien (18), qui forme, après le « grès bigarré » correspondant au rothliegcnde, l'équivalent du zechstein, l'évaporation des lagunes produit, sur tout le bord Nord et Ouest de l'île précédente, en Thuringe, en Franconie, dans le Wurtemberg, en Lorraine, le dépôt de grandes formations salifères à couches de gypse et de sel, au milieu desquelles viennent parfois s'intercaler, par un changement de régime ou de courant,de petites couches de houille préludant au Kohlenkeuper de Lorraine, ou à la Lettenkohle de Franconie.

Le long des Alpes, dans le Valais, dans les Alpes Suisses, en Tarentaise, enMaurienne, dans les Alpes Maritimes, ce sont également les gypses, les sels, les calcaires magnésiens (dont l'altération à I air par dissolution partielle donnera des cargneules). En Lombardie, sur le versant Sud des Alpes Orientales, on a des schistes bitumineux.

Dans le pays des Dolomies et le Tyrol méridional, cette période est marquée par des éruptions volcaniques, correspondant à des appareils ignés profonds, qui apparaissent à Predazzo et au Monzoni ^

\ . Les roches volcaniques d'âge triasique abondent dans la Cordillère des Andes, le Mexique, la Colombie Britannique et l'Alaska. Dans le trias de la Colombie Britannique, on constate, sur d'immenses surfaces, des accumulations de produits volcaniques atteignant 4 000 m. d'épaisseur.

Si l'on passe J'Océan Atlantique, qui, je le rappelle, jusqu'aux époques tertiaires, n'existe pas à l'état de mer, ou n'établit aucune démarcation importante, on retrouve des formations analogues dans l'Amérique du Nord : le gypse et la lettenkohle des Appalaches, les grès cuprifères de New-Jersey et du Connecticut, les assises gypso-salines des Montagnes Rocheuses.

Enfin, pendant le Keuper juvamen (19), des conditions de dépôts tout à fait semblables s'établissent dans des régions un peu différentes.

C'est le moment où le keuper gypseux, avec marnes bariolées, s'étend sur la plus grande partie de l'Allemagne, Prusse, Thuringe, liesse, etc., souvent avec grands amas de sel, où des masses de gypse et de sel se déposent en Lorraine, où des amas de sel se forment en Angleterre, dans le Che^ihire, le Shropshire et à Worcester, où, dans le Jura (à Salins), dans la Nièvre [k Decize), dans le Bourbonnais, dans les Alpes Occidentales, dans la Provence, se déposent des gypses et souvent du sel, avec marnes bariolées et calcaires magnésiens.

Enfin une grande lagune gypseuse paraît s'être établie (peut-être dès le muschelkalk) sur la longueur des Pyrénées, le bassin de l'Èbre (Cardona)' et les Alpes Maritimes, une autre en Algérie et dans le Sahara et, dans ces régions, se déposent également, de tous côtés, les argiles gypseuses,que ramèneront plus tard au jour, par innombrables lambeaux, les plissements, sur lesquels ce trias s'associe à des ophites.

Mais ce régime lagunaire, qui prédomine ainsi dans la plus grande partie de l'Europe et l'Afrique du Nord, ainsi que dans l'Amérique du Nord, pendant le permien et le trias, ne doit pas nous faire croire, comme on le pensait autrefois, à l'universalité d'un te! phénomène, qui n'aurait aucune raison d'être. C'est simplement un cas local, dont l'importance se trouve extraordinairement exagérée pour nous, parce qu'il s'étend sur toutes les régions où s'est constituée la géologie. Mais, à ce môme moment, il suffit, comme on pouvait le prévoir, d'aller un peu plus à l'Est et au Sud-Est, pour retrouver la mer libre et même la mer de Coraux, dans laquelle s'édifient les récifs calcaires.

Pendant le tyrolien (18), ces calcaires se construisent dans le Tyrol, formant les curieuses dolomies du Schlern, que leurs aspects pittoresques ont rendues célèbres ; pendant le juvavien (19), ils existent dans les Alpes et c'est probablement à ce moment que se produisent les beaux marbres de Carrare, faisant suite géographiquement aux dépôts argileux de la chaîne alpine elle-même, qui se sont prolongés dans les périodes suivantes et que leur métamorphisme a transformés en schistes lustrés.

1 . L'âge de ce bassin est parfois rapporté ô l'éocène. (Voir Gîtes métallif., II, 132).

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Jusqu'à présent, dans l'exposé de cette histoire permo-triasique, nous nous sommes volontairement cantonnés dans la région de l'hémisphère boréal, où se sont fait sentir les plissements hercyniens. Il faut maintenant nous étendre un peu plus et voir ce qui se passait, à ce même moment, en d'autres parties du monde.

L'histoire du Continent Austral, qui comprend le Brésil, le Sud de l'Afrique, l'Hindoustan et l'Ouest de l'Australie, est, d'une façon générale, encore très mal et sans doute très inexactement connue en ce qui concerne la période primaire.

Le trait le plus caractéristique de cette histoire est, en effet, l'émersion généralement fort ancienne de ces continents, qui, depuis la lin des temps carbonifères, les a laissés en grande partie émergés, ou seulement couverts par de vastes, peu profondes et tranquilles lagunes. Il en résulte que le manteau protecteur de terrains secondaires et tertiaires, grâce auquel, dans nos régions, les terrains primaires ont pu souvent échapper à l'érosion, ayant fait "défaut, ces terrains ont été particulièrement détruits et, de plus, l'absence de grands plissements ultérieurs n'a pas permis la remontée vers la superficie de ces terrains, là où ils avaient été recouverts par les dépôts lagunaires ou lacustres du Gondwana ou du Karoo. Pour cette double raison, nous sommes fort peu renseignés sur les terrains primaires du monde austral, qui, d'autre part, là même où ils affleurent, sont dépourvus de fossiles à un degré extraordinaire : sans doute par l'effet du métamorphisme, auquel ils ont été soumis en profondeur. On a donc Ihabitude de considérer le silurien, le dévonien et le carbonifère, comme manquant, presque partout dans l'Inde, l'Afrique Centrale ou le Xord-Est de r.\raérique du Sud, sauf deux incursions du dévonien et du westphalien dans l'Amérique du Sud ; d'où ce résultat paradoxal que ces régions apparaissent, sur les cartes, marquées en continents d'un bout à l'autre de l'histoire géologique *.

Cette conclusion, qu'il est encore impossible d'attaquer sur un point précis, est, dans son ensemble, évidemment inexacte et il est bien probable qu'il laudrait ajouter, sur plusieurs de nos cartes paléo-géographiques primaires, quelques sillons marins plus ou moins vastes et plus ou moins sinueux traversant l'Afrique et l'Inde, comme on en suppose un dans r.\frique du Sud, à l'époque westphalienne.

Pendant cette période westphalienne, on sait qu'il s'est déposé, à

1. Voir les cartes paléo-géographiques dressées par A. de Lapparent. Il suffit de regarder les cartes du Thuringien. du Tyrolien, du Charmoulhien, entre autres, pour voir que l'étendue des continents doit y être exagérée.

î)10 LA SCIENCE GÉOLOGIQUE

Tét6, sur le Zambèze, un bassin houiller analogue à ceux de l'Europe Centrale, et il en existe un autre, qui prend en écharpe l'Amérique du Sud.

Il y avait donc, dans ces deux régions, une lagune côtière, une chaîne montagneuse et l'idée assez logique, bien que très aventureuse encore, est, dès lors, que celte chaîne montagneuse, dont on retrouve également la trace probable dans le Nord de l'Inde et en Australie, a pu former, à travers le monde austral, une ou plusieurs grandes rides à peu près symétriques et contemporaines de la chaîne hercynienne, ayant limité également ces traînées de bassins carbonifères et, plus tard, les lagunes du Gondwana et du Karoo.

Sur quelques points de cette chaîne hypothétique, des phénomènes glaciaires sont manifestes et c'est une des raisons les plus convaincantes de son existence même. Puis un changement de climat se produit; la flore à Glossopteris se développe et, pendant toute la durée permo-triasique, une longue sédimentation (qu'on a peut-être tort de considérer comme exclusivement lacustre) dépose, sur de vastes étendues, dans l'Afrique et dans l'Inde, des sédiments détritiques de grès et de schistes, avec intercalations de couches charbonneuses très régulières. Il y a, à cet égard, unité absolue entre le Brésil, l'Afrique, l'Inde et l'Australie ; les houilles de Rio-Grande do Sul au Brésil, celles du Transvaal, du Natal et duNyassa, les charbons saxoniens de l'Inde avec minerais de fer, ceux de Bornéo, de Newcastle en Australie, de la Tasmanie, sont à peu près contemporains ; d'où cette conclusion bien vraisemblable qu'il existait une relation entre ces pays, qu'ils formaient (avec plus ou moins de coupures et d'îles), un grand continent, de direction Est-Ouest, aujourd'hui morcelé (depuis le jurassique) par de vastes effondrements (Atlantique, Océan Indien), où la direction Nord- Sud prédomine.

Arrivé ainsi à cette fin de l'époque permo-triasique et des temps primaires, il est une réflexion générale à faire, avant de passer à la période jurassique, qui va présenter des caractères tout différents.

Pendant toute cette période carbonifère et permo-triasique, où nous venons de voir quelle importance ont prise en Europe les dépôts littoraux et les accumulations lagunaires pour la plupart des matières organiques ou minérales, qui peuvent se former sur des côtes et dans des bassins fermés, houille, schistes bitumineux, gypse, sels et même produits métallifères, c'est un fait curieux à remarquer que le rôle très restreint de certains autres dépôts propres aux seuils continentaux, tels que le phosphate de chaux ou les sels de fer, dont nous verrons, au contraire, l'importance devenir considérable pendant le jurassique

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et. surtout, pendantle crétacé. Ce n'est pas que ces substances fassent défaut ; et nous en avons tout à l'heure rencontré d'assez nombreux exemples (carbonates de fer et phosphates du carbonifère, nodules phosphatés associés aux marnes gypseuses dans le Sud-Est de la France, etc.) ; mais ce n'est rien à côté de ce que nous rencontrerons pendant la première phase liasique du jurassique, puis pendant la première phase du crétacé et pendant la première phase du tertiaire, c'est-à-dire aux trois grandes phases transgressives, qui ont ramené des mers plus étendues et plus calmes sur la France ; il y a donc là un fait d'ordre général, que j'ai signalé dès le début, et qui tient évidemment aux conditions d'ensemble de la tectonique et de la sédimentation.

C) PÉRIODE JURASSIQUE. — Je vicns , contrairement à l'usage prévalent en géologie, de raconter l'histoire du trias à la suite des temps primaires, tandis que, d'habitude, on la rattache plutôt au secondaire. Le trias est, en réalité, une période de transition presque à tous égards. Gomme flore, les cycadées et les conifères y remplacent les fougères; comme faune, le monde reptilien pullule et des oiseaux encore reptiles apparaissent ; comme caractères sédimentaires, les formations détritiques d'argile et de gypse à teintes bariolées, c'est-à-dire à sels de fer en grandes parties peroxydes et, par suite, précipités presque superficiellement, se mêlent aux dépôts plus profonds de calcaires blancs, qui, dans la période jurassique, vont dominer, laissant le fer, associé à la chaux et à l'argile par son origine première, se précipiter isolément, et se substituer aux calcaires à l'état oolithique.

Pendant la première période liasique (20 à 24) du jurassique, certains caractères triasiques persistent encore ; la mer est en transgression dans l'Europe; elle avance progressivement, peut-être par saccades et ce progrès est encore accompagné, au début, d'importantes formations détritiques, tandis que la mer de coraux envahit doucement l'Europe, qui, à la fin du lias, arrive à n'être plus qu'un chapelet d'îles. Peu à peu les mouvements du sol se ralentissent, disparaissent presque dans nos régions; les sédiments se déposent à peu près horizontalement les uns sur les autres. A peine s'il se produit lentement un grand mouvement d'enfoncement des cuvettes marines, en vertu duquel les dépôts peuvent s'accumuler sur les épaisseurs que nous leur voyons; et, greffées sur ce mouvement général, quelques rides «posthumes », qui se superposent plus ou moins exactement aux grands plis de la période antérieure. Quelques légers déplacements locaux font tour à tour avancer ou reculer la mer.

Il est impossible d'imaginer un contraste plus complet que celui présenté par l'Europe à la fin du lias et au milieu du carbonifère. Dans la période ancienne, ces hautes chaînes montagneuses avecleurs glaciers et leurs volcans, ce sol instable en déplacement constant, ces mers étroites et sinueuses aux eaux troubles et chargées de débris; dans la période plus récente, ce vaste archipel de coraux, ces eaux pures, aux faunes abondantes, que des courants permanents font communiquer librementd'un océan àl'autre, ces îles basses et, en résumé, cette écorce terrestre, qui, si elle n'est pas réellement stable, en donne du moins l'impression par la lenteur de ses mouvements. Pour détruire entièrement la chaîne alpestre du stéphanien, pour la réduire à l'état de plateau et de pénéplaine, il a fallu la période de temps, qui s'est écoulée du westphalien (12) à l'hettangien (21), ou au sinémurien (22). Si nous comparons avec les progrès actuels de l'usure, que nous pouvons constater sur des chaînes tertiaires, en rapprochant, par exemple, les uns des autres les aspects des Pyrénées éocènes et ceux des Alpes oligocènes, nous pouvons nous représenter approximativement, sinon en années, du moins en équivalences de périodes géologiques, le temps qui a pu s'écouler entre la surrection et la destruction de la chaîne.

Ces phénomènes, qui se produisent ainsi en Europe pendant le lias et qui peuvent se traduire en deux mots par une transgression marine, ont-ils leur contre-partie dans le reste du monde ^ ? Ce recul, qui ne peut manquer de se produire ailleurs, où se passe-t-il? Sans doute, dans une des régions, encore inconnues, que nous aurions dû marquer en mer sur nos cartes antérieures et dont l'omission les rend si bizarrement surchargées de continents ; mais il est impossible de dire encore exactement laquelle. D'autre part, le rôle des accidents Nord-Sud s'accentue dans le relief terrestre. La côte américaine du Pacifique datait déjà du trias; la période basique (23) voit s'ouvrir le Canal du Mozambique. Pendant le médio-jurassique et le supra-jurassique, on peut dire que la Méditerranée couvre à peu près toute l'Europe Centrale, tandis qu'à l'Est de l'Afrique, un vaste Océan, qui couvre l'Arabie, prolonge cette Méditerranée vers l'Océan Indien.

L'apparition de la fosse Atlantique s'ajoutant à cette fosse de l'Océan Indien, l'effondrement d'une première Atlantide dans l'hémisphère Sud, sera le grand événement, qui séparera le jurassique du crétacé.

Nous avons donc, à partir du lias, un dessin de continents Nord-Sud se substituant dans l'ensemble aux continents Est-Ouest qui parais-

\. La transgression suppose, ou un relèvement dans le niveau général des mers, sans doute produit par l'émersion ailleurs d'un continent, ou un afTaissement vertical de la région recouverte.

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sent avoir prédominé dans la période primaire; mais une sorte de compromis s'établit entre ces directions par la déviation de tous ces continents vers l'Est dans l'hémisphère Austral; c'est quelque chose d'analogue à ce qui existe aujourd'hui encore, bien qu'à un degré beaucoup moindre, dans le dessin de nos continents. Par suite de ce changement, une modification notable ne peut manquer de s'établir dans le régime des courants. Ceu.\-ci, qui ^ pouvaient être autrefois dirigés suivant des parallèles, doivent maintenant s'établir suivant des méridiens; la différence des climats, qui tend à s accentuer, donne à cette remarque plus d'importance encore; car ces courants méridiens amènent des mélanges de faunes plus dissemblables, évoluées dans des milieux plus ou moins chauds; ils introduisent, par exemple, dans la Méditerranée tropicale, dans la Mésogée, des éléments de faunes arctiques.

Revenons maintenant sur quelques points de détail.

Le rhélien (20) présente, en ce qui concerne les dépôts littoraux, un caractère intermédiaire, qui vaut peut-être la peine d'être remarqué. Nous sommes alors en pleine phase transgressive ; la mer avance sur l'Europe, mais en y respectant encore de nombreuses îles. A ce moment, nous avons encore, de divers côtés, des dépôts organiques carbures, analogues à ceux du carbonifère; il y a des schistes bitumineux dans les Alpes, des combustibles en Bavière (Bayreuth). En dehors de l'Europe, c'est l'âge de très nombreux bassins charbonneux dans l'Inde, le Tonkin, la Setchouan Chinois, le Transvaal, le Chili et, au Nord, dans le Spitzberg, où la flore est encore celle des pays chauds. Mais, en même temps, on semble avoir un commencement de dépôts phosphatés sous la forme très spéciale des bone-beds, ou lits d'ossements, qui s'accumulent sur une foule de points, en Bavière, en Lorraine, en Franche-Comté, en Grande Bretagne, etc. ; on voit, par exemple, dans les Mendip llills, des fissures du sol se remplir d'une extraordinaire quantité de dents de reptiles. Que tous ces phosphates des os entrent maintenant en dissolution et se reprécipitent sur certains centres d'attraction organiques et nous auronsles dépôts phosphatés, si abondants en Europe pendant la fin du lias et le médio-jurassique.

Avec ïheUangien (21), les caractères jurassiques s'accusent de plus en plus : la transgression est très avancée ; la mer s'établit sur toute l'Europe; les sédiments mécaniques cèdent peu à peu la place aux sédiments chimiques ou organisés, ayant passé par l'état de dissolution avant de se reprécipiter. C'est ainsi que les calcaires tendent à prédominer dans nos terrains et que le fer et le phosphore s'y concentrent à l'état d'oolithes ferrugineuses ou de noyaux phosphatés.

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Si la précipitation du fer n'est pas directe et comporte souvent une substitution à des oolithes calcaires, elle est du moins à peu près immédiate. Presque plus d'amas végétaux, puisque les rivages s'éloignent', et plus de gypse ni de sel, puisque les eaux ne se concentrent plus, ne s'évaporent plus dans les bassins fermés.

Uhettangien voit se former les minerais de 1er de Saône-ct-Loire (Mazenay et Changes) ; ceux de la Côte-d'Or (Thostes et Beauregard) ; le sinémurien, les oolithes ferrugineuses de Harzbourgau NordduHarz, les nodules phosphatés de l'Auxois, près de Semur, de la Haute-Marne, de Meurthe-et-Moselle, des Ardennes, de la Haule-Saône, du Cher, de l'Indre, etc., les coproiithes de Lyme Régis.

Au charmoulhien (23) appartiennent les minerais du Yorkshire (Cleveland).

Do même, pendant le toarcien (24), se forment, sur le seuil continental, les terrains oolithiqueset phosphatés, bientôt devenus ferrugineux, de Meurthe-et-Moselle, du Luxembourg et d'Alsace-Lorraine, ceux de la Haute-Saône (Jussey) et de la Haute-Marne (Nogent), en môme temps que les nodules phosphatés de l'Indre, ou, dans un autre ordre d'idées, les jayets du Yorkshire, les schistes bitumineux du Banat, etc.

La période médio-jttrassiqiie (25-26) accuse, de plus en plus, en Europe, la prédominance des dépôts calcaires, souvent oolithiques ou coralliens. Sous un climat encore très uniformément tempéré, la mer des coraux s'étend jusqu'au centre de l'Angleterre ; une flore, presque tropicale quoique n'indiquant nulle part un climat très chaud, existe en Sibérie par 71 degrés, à Andô dans les Lototen, au Spitzberg. Dans les zones littorales des massifs anciens, qui s'entourent de récifs coralliens, les minerais de fer oolithiques (que nous trouvons aujourd'hui transformés en hématite) restent abondants pendant le bajocien (2o) ; les phosphates s'y déposent aussi, quoique généralement trop disséminés pour prendre une valeur industrielle.

Ainsi toute une ceinture d'oolithes ferrugineuses entoure le bassin de Paris : dans la Lorraine, le Jura, la Nièvre (Vandenesse, Iseney) ; en Poitou (Mon treuil-Bellay) ; dans la vallée de la Sarthe ; à Bayeux, où l'oolithe est souvent riche en phosphate de chaux ;puis, dans le détroit poitevin, vers Saint-Maixent et Niort; dans rAveyron, l'Ardèche, la Provence (Brignoles) ; à l'étranger, en Wurtemberg, Haute-Silésie, Westphalie (Osnabrûk). A Balin, près de Cracovie, une oolithe ferrugineuse est au sommet du balhonien (26). Des oolithes ferrugineuses représentent aussi le médio-jurassique dans le Caucase.

1. Quelques marnes bitumineuses dans le golfe du Luxembourg, quelques veines cliarbonneuses sur la côte de Sutherland.

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