‹ La science géologique: ses méthodes, ses résultats, ses problemes, son histoire. 2. éd., rev. et augm. d'un index alphabétiqueChapitre 238 sur 356 · CHAP. XII. — PERIODE JURASSIQUE (SUPRA-JURASSIQUE · texte numérisé non relu

CHAP. XII. — PERIODE JURASSIQUE (SUPRA-JURASSIQUE

Les phosphates, en deliors du Calvados, où je viens de les signaler, sont également fréquents, notamment dans l'Anjou, le Détroit Poitevin, 1 Ardèche. Enfin, le dépôt de végétaux apportés par quelque cours deau, a formé, dans le bathonien, des lits charbonneux près d'Alençon, près de Millau (stipites), du jayet à Scarborough et à Skye, en Grandelîretagne*.

En résumtî, tous ces dépôts littoraux suivent le bord Est de l'île armoricaine, les bords Nord et Sud-Est d'une autre île formée par le Plateau Central et d'une île qui dessine les Vosges.

Le supra-jurassique f27 à 31) accuse, dans l'Europe Centrale, le recul des organismes coralliens, refoulés par des sédiments vaseux, avant de marquer le recul de la mer elle-même, qui, au néocomien, finira par abandonner complètement toutlOuest de la France, jusqu'à la ligne de la Seine et du RIiône.

Une grande coupure s'établit alors, en ce qui concerne la faune, entre la province maritime boréale, d'où les coraux ont maintenant à jamais disparu et la province méditerranéenne, où ils persistent, mais en se rapprochant peu à peu de l'équateur. Il est impossible de ne pas voir là la preuve d'une différence de climat, qui s'établit, de plus en plus nette, à partir de ce moment, entre les régions boréales et les régions tropicales : changement accompagné, comme tous ceux du même genre, par une transformation de la flore ; les premiers angiospermes sont de ia fin du jurassique ; les premières plantes à feuillage caduc leur succéderont dès le début du crétacé.

Au callovien (27), la province boréale, qui est nettement individualisée et qui a eu rarement plus d'étendue, pénètre vers le Sud jusque dans le bassin anglo-parisien. Entre elle et les mers méditerranéennes, il existe une barrière discontinue, formée par une longue ligne décotes, allant, avec quelques interruptions -, de Londres au Caucase. Cette barrière est importante à noter ; car, à partir de ce moment, elle ne disparaîtra plus, jusqu'à la grande transgression qui, particulièrement accentuée pendant le cénomanien, aboutira au changement complet d'aspect que présentent les continents à l'époque tertiaire.

Par suite de cette avancée des mers boréales et des courants froids qui en résultent, on voit disparaître dans le Nord-Ouest de 1 Europe les formations zoogènes et les sédiments vaseux se substituent généralement aux calcaires qui dominaient un peu plus tôt, ramenant avec eux l'abondance des grandes gr^phées.

1. Dans l'Inde, cestlàge des combustibles du Gondwana supérieur.

2. Un délroit transversal à cette zone côtière a relié longtemps la Silésie à la Bavière {27 à 31), un autre moins constant l'embouchure du Danube à la mer Caspienne.

Pendant cette période, des phosphates se forment en Franche-Comté (près de Dôle), dans le Cher et la Nièvre, en Franconie.

Avec Voxfordien (28), les constructions coralliennes, un moment interrompues, recommencent dans le bassin anglo-parisien. L'ensemble des calcaires coralliens des Ardennes correspondant à cet étage atteint 130 mètres d'épaisseur. Sur la Meuse, les récifs de Saint-Mihiel sont formés d'un calcaire à polypiers, qui passe latéralement au calcaire à entroques des belles pierres d'Euville et de Lérouville. Des lacunes fréquentes dans la série sédimentaire marquent de très faibles oscillations du sol. Des phosphates continuent à se déposer sur le bord Nord du Plateau Central (Cher et Doubs).

Pendant le séquanien (29), les récifs de corau.K s'élèvent encore en divers points de notre pays sur le bord des massifs émergés, mais n'y ont souvent qu'une existence momentanée : à l'Ouest de la Lorraine, à l'Est du Morvan, à Bourges et à Sanccrre.

Le Kimeridgien (30) marque, dans le Nord de la France, après le réchauffement de l'oxfordien et du séquanien, un retour des courants boréaux amenant des céphalopodes caractéristiques. Par suite de ce changement, les formations coralligènes y disparaissent définitivement. En même temps, des sédiments argileux y remplacent les dépôts calcaires. A ce moment, il n'émerge guère encore de la France que la Bretagne, le Massif Central prolongé jusqu'aux Pyrénées et l'Ardenne.

hQportlandien (31) commence, dans le bassin de Paris, à préparer le crétacé ; tandis que, dans la région méditerranéenne, où il affecte un caractère pélagique spécial, dit tithonique, il semble plutôt prolonger l'oxfordien.

En Angleterre, dans le Dorsetshire, c'est le moment, où se manifeste l'émersion de la zone du purbeck (avec dépôts de végétaux et amas gypseux), qui gagne progressivement par le Sud. Le mouvement alors commencé se continue, avec des reculs momentanés, jusqu'à l'infra-crétacé et relie ainsi, par l'analogie des phénomènes, les dépôts portlandiens du purbeck aux dépôts néocomiens du iveald.

L'émersion se caractérise, en même temps, dans le Boulonnais, où elle se traduit par des cordons de galets avec nodules phosphatés. Au même moment, dans de profondes fentes duhouiller, s'accumulent les ossements fameux des Iguanodons, avec des tortues terrestres et des poissons d'eau douce. Comme à l'époque basique, nous voyons donc le retour des dépôts phosphatés, qui va être si caractéristique pendant rinfra-crétacé, accompagner une période d'émersion et se préparer par des amas d'ossements, qui sont, dans leur genre, de véritables bone-beds.

CIIAP. XII. — PERIODE CRETACEE (GENERALITES) ."ilT

Le Détroit Poitevin se ferme et le bassin de l'Aquitaine, séparé du bassin de Paris, se transforme en lagunes d'évaporation avec gypse et sel.

A l'étranger, une émersion analogue produit aussi des dépôts de gypse et de sel, parfois avec bitume ou restes végétaux.

Par exemple, le portlandien du Hanovre contient des couches bitumineuses; sur le flanc Est du Deister, on a du gypse et du sel avec des faciès rappelant le Keuper et des produits bitumineux; la zone, qu'on appelle là le wealdien, renferme de véritables couches de houille.

Mais la Méditerranée corallienne subsiste et, à ce moment du portlandien, les Alpes forment un archipel avec bordures de récifs coralliens.

Ainsi l'émersion, qui marque lafin dujurassique, ramène, par endroits, quelques-uns des dépôts de gypse, de sel et de bitume, que nous sommes habitués à trouver sur nos rivages, avec un peu de phosphates. Peut-être, dans des régions extra-européennes, où s'est produit le mouvement inverse de la régression européenne infra-jurassique, — par exemple dans la zone boréale, où la mer s'étend au même moment, — re trouvera- t-on également, pour cette période, quelques-uns de ces produits d'évaporation salins; néanmoins dans son ensemble, la période jurassique paraît représenter une phase d'accalmie terrestre, où les continents elles mers restent plus stables: en sorte qu'il a dû s'y former infiniment moins de ces lagunes précaires, où l'évaporation concentre du gypse et du sel. Je rappelle que, pendant tout le jurassique, nous avons eu à peine à citer quelques cas semblables en Europe, dans le bathonien de Kiew, le callovien gypseu.^ de la "VVoëvre, surtout dans le portlandien du Purbeck anglais, du Hanovre ou du bassin de l'Aquitaine.

D) PÉRIODE cRÉT.\cÉE (32 à 40). — Lc commencement du crétacé marque, à bien des égards, un changement notable dans l'aspect de la Terre et le début d'une ère nouvelle, qui se rapproche déjà de l'ère actuelle. Dans le monde végétal, c'est l'apparition des dicotylédones, des plantes à feuilles caduques, marquant l'existence de saisons analogues aux nôtres ; dans la faune, c'est le développement des mammifères, auxquels ces plantes fourniront une nourriture appropriée.

En même temps, dans la paléo-géographie, bien des traits importants de nos continents actuels sont fixés, comme nous allons le voir et, lorsqu'on regarde une carte de l'époque albienne (33), on y trouve déjà les grandes masses de lAmérique du Nord, de l'Amérique du Sud, de

l'Afrique et de l'Eurasie formant des continents distincts, en même temps que la mer intérieure, dont nous avons suivi 1 histoire, présente, à peu près sur son emplacement actuel, un sillon, qui rejoint le golfe du Mexique avec l'Europe méridionale, la zone aralo-caspienne et les Indes hollandaises. Ce n'est pas à dire qu'il n'y ait encore bien des traits divergents, sur lesquels nous aurons à insister ; néanmoins, quoique la facilité de multiplier les subdivisions, à partir de ce moment, avec des faunes bien connues et à évolution rapide, ait conduit à établir presque autant d'étages géologiques pour les terrains qui nous restent à étudier, que pour ceux déjà passés en revue, on peut dire que le crétacé et le tertiaire doivent représenter une période relativement courte dans l'histoire de la Terre.

Le début de cette période crétacée (32 à 40) correspond à un moment, où la mer a délaissé l'Europe centrale et occidentale pour se reporter dans les régions boréales. L'Angleterre d'un côté, de l'autre la Belgique et le Hanovre, séparés par une étroite lagune Nord-Sud, qui se prolonge à travers le bassin de la Seine, forment des continents, où de grands fleuves accumulent leurs délias. Une vaste mer intérieure, qui sera la Méditerranée future, passe sur le Sud de l'Espagne, couvre l'Italie, la Suisse et les Alpes, puis, par le bassin de Vienne, va rejoindre la mer Noire. Une autre mer occupe le Nord-Est de la Russie, à l'Ouest de l'Oural.

Jusqu'à la fin de l'aptien (34), les caractères généraux resteront à peu près les mêmes dans leurs grandes lignes; puis commencera, dans la zone dont notre Méditerranée actuelle occupe l'axe, une vaste transgression, qui, à l'époque cénomanienne (36), étendra la mer de la craie sur la majeure partie de l'Europe, à l'exception delà Scandinavie et de quelques îles, submergera le Nord de l'Afrique, etc., avec large débouché direct dans l'Océan Indien et qui, en même temps, couvrira tout le Sud des États-Unis.

Les formations de minerais de fer deviennent beaucoup plus rares, en Europe, pendant la période crélacée que pendant le jurassique. Il ne faut pas, je crois, en chercher d'autre raison que les progrès croissants de l'érosion, de l'usure sur des continents, dont le dernier soulèvementremonte à la période hercynienne et qui, depuis ce moment, ont fourni, parla destruction de leurs roches et la dissolution des éléments qu'elles contenaient, à peu près tout leur fer disponible. Le remaniement, d'abord violent et itnmctiiat, de ces débris, avait au début donné les conglomérats et grès rouges permiens, aussitôt peroxydéa, puis les argiles bariolées du trias, déjà j)ltis (inement stratifiées, en présence d'une moindre quantité d'oxygène (qui se traduit par les sels verts de

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proloxyde mêlés aux sels rouges ou violacés de sesquioxyde). Après quoi, le dépôt, plus lent et décidément à l'abri de l'air (quoique encore littoral) a donné les carbonates de fer oolithiques du jurassique. Maintenant le fer fait à peu près défaut, et, pour la même raison, les éléments détritiques manquent également. C'est pourquoi, pendant tout le supra-crélacé, les orj^anismes, accumulés avec une lenteur extrême dans des eaux très calmes et très pures, fournissent presque exclusivement des produits sédimentaires crayeux. Celte lenteur môme, dont on a la preuve par les conditions de dépôts de certains coquillages, sur lesquels des générations de parasites ont pu se développer avant qu'ils fussent recouverts par les sédiments, a sans doute été favorable à la concentration progressive du phosphate des eaux par les organismes et a permis la formation des dépôts phosphatés, qui, contrairement aux dépôts de fer, exigent le plus souvent un passage préalable par l'activité organique.

Cependant ces réflexions ne s'appliquent pas exactement à la période i/j/"ra-c/'é/acee, qui, étant une période d'émersion avec commencements de retours marins, se traduit, en quelques points, par la destruction de dernières rides continentales encore subsistantes et, par conséquent, par la formation de quelques minerais de fer. C'est ainsi que l'on peut citer les carbonates oolithiques néocomiens(32} du Doubs (Métabiefj et du pays de Bray, les carbonates barrémiens (33) de Grandpré dans les Ardennes et de Wassy dans la HauteyMarne (ces derniers présentant un mélange de dépôts lacustres et de dépôts marins) ; à l'étranger, les minerais aptiens (34) de Wight, de Salzgitter en Hanovre, etc. *.

En même temps, les dépôts phosphatés commencent dès le néocomien (32j pour atteindre leur apogée, du moins à l'état de concentrations noduleuses, pendant lalbien (3o;.

On en trouve déjà quelques indices dans le néocomien (32) de l'Aube (Fouchères), dans celui duPortugal(MonteReale), d'Angleterre (Sussex), de Russie Orientale.

Quand on examine une carte delà France à cette époque (32), on voit que tout rOuest est émergé jusqu'à la Seine et au Rhône. A l'Est de celte ligne est la mer subalpine du bassin du Rhône, probablement reliée, vers le Nord, avec un régime de lagunes, prolongeant celui du purbeck, qui caractérise ce qu'on appelle le wealdien, en Angleterre et dans l'Allemagne du Nord.

Pendant Vaplien (33j la forme générale des mers reste en France à

1. En dehors de l'Europe, il existe des charbons néocomiens dans le Queensland Australien et sur le flanc Est des xMontagnes Rocheuses (Kootanie), des minerais de fer du même âge dans le Maryland.

peu près la ntïôme que pendant le néocomien, mais avec un caractère marin plus accentué dans toute la région Nord.

Dans les zones émergées du Bas Languedoc, à Villeveyrac (Hérault), dans les petites Pyrénées de l'Ariège, l'altération latéritique des calcaires ou des roches et la reprécipitation de leurs éléments après dissolution chimique donnent, pendant l'aplien et l'albien, un produit continental, que nous n'avons guère eu l'occasion de signaler jusquici, bien qu'il apparaisse, dans le supra-jurassique pyrénéen, à l'état de poches dans le calcaire et qu'il joue un certain rôle dans le midi de la France jusqu'au danien (40) : la bauxite, ou alumine hydratée.

La période de Valbien (35) est caractérisée, dans tout le Nord de la France (Boulonnais, etc.) et le Sud de l'Angleterre, par une incursion de la mer, revenant occuper la place des lagunes du purbeckicn et du wealdicn, ou s'étendre transgressivement sur le continent.

Dans beaucoup de points, cette période est caractérisée par des alternances de sédiments détritiques sableux (les i< sables verts ») et d'argiles plus fines (gault) et, dans l'un comme dans l'autre de ces deux terrains transgressifs, on trouve fréquemment, le long des rivages, des dîpôls de nodules phosphatés. i

On commence, au milieu des grès verts aptiens (33), par les nodules phosphatés de Sandy, dans le Bedforshire ; puis viennent les argiles à phosphates de Boulogne et de Folkestone entre l'aptien et l'albien, les nodules des sables verls albiens dans la Meuse et les Ardennes, ceux des argiles du môme âge dans l'Argonne (Talmats).

L'albien (34) est également phosphaté à Gelon (Orne) ; puis, du côté du Jura, à la perte du Rhône, dans le Nord du Dauphiné, dans la Drôme (Saint-Paul-Trois-Châteaux), dansl'Ardèche, en Provence, en Algérie*.

En Russie, l'albien est phosphaté, sur de vastes étendues, à Tambof, à Sparsk, etc.

Le commencement de la période supra-crétacée (cénomanien) (36) marque un grand progrès de la transgression marine, qui s'annonçait depuis l'albien (34) et qui va atteindre son apogée pendant le sénonien(39). Cette trangression, si caractérisée dans la plus grande partie del'Europc et des États-Unis, a pour contre-partie une émersion boréale (Scandinavie, Russie, Sibérie et Chine). Puis cette marée redescendra, pendant la fin du supra-crétacé, comme pendant la fin du jurassique.

Conformément à une remarque déjà faite pour la. transgression jurassique et encore plus exacte à mesure que le temps s'avance, les conti-

1. En Espagne, il s'est déposé, à cette même époque, du charbon à Utrillus (TérucI) et il existe des minerais de fer du môme âge en Silésie et en Serbie.

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