CHAP. XII. — ÈRE DES MOUVEMENTS TERTIAIRES (MIOCÈNE
de saillies instables. Les charriages peuvent ôire également mis en cause. En môme temps, la mer burdigalienne avance dans les Alpes Occidentales jusqu'à la Drôme. Elle passe sur la Suisse entre la Chauxde-Fonds et le lac de Thoune, recouvrant transgressivement divers étages crétacés perforés de lithophages*.
La mer oligocène avait eu déjà une étendue considérable. Sauf quelques îlots, dont le principal rattachait la France avec l'Espagne et la Bohême et dont un autre allait de la Pologne à Conslantinople, elle avait couvert une très grande partie de l'Europe, toute l'Italie, la Dalmalie, la Grèce, la Russie Méridionale et s'était étendue de Madère à la Perse en baignant, parle Sud, les grands horsts européens, restes de la chaîne hercynienne. La mer burdigalienne (49), arrivant jusqu'aux environs de Vienne, caractérise la fin de ce que M. Suess a appelé le premier étage méditerranéen (Eo-méditerranéen).
Mais bientôt, sur toute la longueur de la chaîne soulevée, se produisent des phénomènes analogues à ceux qui, le long de la chaîne hercynienne, ont caractérisé le permo-lrias, avec ses schistes bitumineux, ses gypses et ses sels. Il y a émersion et, sans doute, établissement d'un climat désertique. C'est le Schlier helvétien qui commence le méso-méditerranéen ou vindobonien (50 et 51).
Nous assistons alors, dans l'Est de la Bavière, en Autriche, en Italie, en Valachie, en Lycie, jusqu'en Perse sans doute, à la fin, à la disparilion, à l'évaporation de cette première Méditerranée. Sur toute cette région, lelongdesCarpathes, sur le bord extérieur des Apennins, etc., se dépose, à ce moment, une argile toujours semblable, d'un gris bleu, un peu micacée, peu plastique, une mollasse marine, contenant de nombreuses lentilles de sel et même, en certains points comme à Kalusz, des sels alcalins prouvant une évaporation déjà très avancée. Les grandes masses salines de Wieliczka en Galicie, de Bochnia, Torda. Maros Ujar en Transylvanie : celles de la Roumanie ; celles de la PerseS de l'Arménie et du Saltrange hindou appartiennent à cette phase du Schlier. Des imprégnations hydrocarburées, pétrole et ozokérite, qui avaient dû commencer précédemment, semblent aussi se concentrer dans les terrains de ce que l'on a appelé le Salzlhongruppe ([Qsa.T^\\(is salifères) sur la longueur des Carpathes, en Galicie, Roumanie, etc.
Après quoi, sur la partie supérieure de ce Schlier saturé de gypse et de sel, apparaissent, en Basse-Autriche, des plantes terrestres, indice
1. Des ligniles burdigaliens existent en Mecklembourg. BrandebourgelPoméranie.
2. Voir : sur les dépôts salins de cette période, GUes minéraux et métallifères, t. II, p. 136 à 147; sur les dépôts hydrocarbures, Ibid, t. I, p. 548 à 560. J'ai montré, dans cet ouvrage, p. 555, qu'il était probablement inexact de rattacher, comme on l'a fait, au Schlier tous les pétroles des Carpathes.
De Lacs AT. — Science géologique. 84
d'un continent émergé, jusqu'au moment où une nouvelle incursion marine, caractéristique de ce qu'on a appelé la phase Caspienne, envahira les régions de la Roumanie et de la Basse-Autriche en partant de laCaspienne et de la mer Noire, pour^s'évaporer à son tour dans une phase de recul, qui s'ajchève, sous nos yeux mêmes, pour la zone aralo-caspienne.
Cette curieuse période du Schlier, qui joue un si grand rôle en Europe pour la concentration des substances salines ou hydrocarburées dans les lagimes, correspond aux premiers mouvements alpins, dont elle représente évidemment le contre-coup ; mais ceux-ci se sont certainement prolongés longtemps après. C'est ainsi qu'à la fin du Schlier, l'extrémité orientale du noyau cristallin des Alpes s'écroule et les eaux marines réenvahissent le bassin de Vienne. En Suisse, la fin de l'helvétien (50) marque le retrait de la mer et le soulèvement principal des Alpes. Après le tortonien (51), la chaîne achève de prendre son relief.
Puis les derniers étages miocènes (52, 53) voient se produire un assèchement singulier de toute l'Europe. Avant le soulèvement alpin, pendant le lutétien par exemple (44) ou l'oligocène (47), la mer était à peu près partout dans l'Europe Méridionale; maintenant, elle n'est pour ainsi dire plus nulle part; de la Méditerranée, il reste seulement, à l'époque sarmalienne (52), deux grandes lagunes saumâtres en voie de disparition : l'une, reliant l'Andalousie à la pointe Ouest de la Sardaigne ; l'autre, couvrant une partie de l'Italie et de la Sicile et se dirigeant vers l'Egypte. Une autre immense lagune relie le bassin de Vienne à la Caspienne. Mais la mer Egée est à sec et, par la Corse et la Sardaigne, on peut sans doute passer de Erance en Afrique.
C'est alors que se produisent, tout naturellement, une série de dépôts gypseux dans toute cette région méditerranéenne. Le pontien surtout (53), qui prélude déjà directement au pliocène, renferme des gypses en Andalousie, dans la Toscane, le Livournais, la Calabre, la Sicile, (où il constitue la formation sulfogijpseuse, associée aux couches à congéries). Dans ces mêmes terrains, les hydrocarbures sont fréquents et il en résulte, en Sicile comme en Calabre, une réduction des sulfates, ayant donné lieu à de beaux gisements de soufre natif, curieusement accompagnés par une substance, que nous avons déjà rencontrée dans ces produits d'évaporation : la strontiane'.
Cependant des phénomènes comparables se passent dans l'Ouest Américain. En Californie, la mollasse miocène rappelle la mollasse suisse et certains bancs de grès et de conglomérats y sont saturés de bitume, comnie le schlier des Carpathes.
1. C'est pendant cette période pontiennc que se sont entassés, en Attique. les curieux niammiiéres de l'ikermi.
CIIAP. XII. — ÈRE DES MOUVKMENTS TKRTIAIRES (PLIOCÈNE) 531
Quand le pliocène (ot à 06; commence, il se produit, dans la géographie méditerranéenne, un changement, dont les conséquences pour la faune marine sont considérables. Nous entrons, désormais, neltemcnt dans la phase de démolition des saillies alpines, dans la période où s'accentuent les efîondremenls, déjà commencés pendant le miocène et ce sont de tels eiïondremenls, de telles démolitions, qui vont caractériser surtout le pliocène ou le début du pléistocène.
Tout d'abord le premier événement, qui se produit et qui sert à dater le début de la période, est l'écroulement de la barrière élevée pendant le tortonien (oi) en travers du détroit de Gibraltar, sur le raccordement des plis bétiques avec ceu.x du Maroc et de l'Algérie. Cette barrière s'écroulant, la mer de l'Allanliquc pénètre de nouveau dans la Méditerranée, y apportant une faune plus froide, mais rendant, par contre, le climat de lEurope méridionale plus solidaire du climat africain. Un autre effondrement, qui prélude à celui de la mer Egée, fait disparaître l'extrémité Est de l'Atlas et avancer la mer jusqu'à l'île de Kos'.
Cette époque pliocène est caractérisée par de grandes condensations d humidité sur les hautes cimes de la nouvelle chaîne alpine. Comme sur le Plateau Central, ou le bassin franco-belge, pendant le stéphanien, les glaciers reparaissent bientôt-, couvrant une partie des Alpes, envahissant l'Auvergne. Un ruissellement intense érode rapidement les saillies, creuse les vallées et remanie des quantités énormes de sédiments. On voit alors, sans quitter la France, des alluvions fluviatiles qui couvrent, sur 30 ou 40 kilomètres de large, tout l'intervalle compris entre l'Allier et la Loire, en déposant partout les mêmes galets de quartz, accompagnés par les mêmes sables. De grandes nappes de cailloutis se déposent au pied du Vivarais, dans la Bresse, etc. Dans d'autres régions, telles que la Californie ou l'Australie Orientale, la destruction des liions aurifères accumule alors l'or des placers dans de larges chenaux, très différents par leur position de nos vallées actuelles et que recouvrent parfois des épanchements basaltiques. Surtout pendant le sicilien (06), qui forme la transition au pléistocène, puis au début du pléistocène lui-même, ce régime s'accentue et il est impossible de parcourir une partie quelconque de la France sans être frappé par l'étendue et le développement des anciennes vallées dont beaucoup sont aujourdhui asséchées, et d'autres réduites à un filet d eau.
1. Voir L. De L.\cx.\v, Éludes géologiques sur la mer Egée (.\nnales des mines, !«' avril 1898.)
2. Voir plus haut, pages 471 à 474, sur ces questions glaciaires.
Pendant le pliocène, les mouvements de plissement et d'oscillation verticale se' continuent encore avec force dans bien des régions du globe. En Roumanie, nous avons vu que le pontien (53j avait pris part aux derniers charriages. Dans la zone Subhimalayenne, les couches de Siwalik, qui montent jusque dans le sicilien (56), ont été fortement plissées et redressées, etc.
Enfin deux grands affaissements se produisent, un peu avant le moment où apparaît l'homme, l'un dans l'Atlantique Nord dont le dernier débris continental est désormais submergé, l'autre dans la mer Egée. Celui de l'Atlantique est tel qu'il a enfoncé à 3000 mètres les prolongements submergés des vallées du Douro et du Tage. Quant à l'Égéide, presque entièrement émergée du pontien au sicilien sauf un golfe étroit pénétrant vers l'Attique, elle a été envahie peu à peu par la mer du Sud au Nord depuis le sicilien, dont on trouve les dépôts marins, notamment à Rhodes, jusqu'à 300 mètres d'altitude*, à Kos jusqu'à 180 mètres. Ailleurs, en divers points, sur les côtes de la Grèce continentale, des traces de lithodomes, semblant appartenir au sicilien, montent également à plus de 300 mètres. A la fin de la période, la mer, continuant à gagner vers le Nord, a fini par envahir la Mer Noire en suivant la dépression des Dardanelles, qui formait auparavant une vallée fluviatile, et y a apporté une faune méditerranéenne en détruisant la faune saumâtre de l'ancien bassin Aralo-Caspien.
Nous avons déjà parlé des variations de climat de la période pléistocène (57 à 59)'. Même dans cette phase si récente, quelques déplacements des rivages et des mers se sont encore produits ; il y a eu, comme on l'a vu', des plages soulevées ou affaissées par des mouvements locaux, sans que ces déplacements aient présenté nulle part le caractère général auquel on a cru parfois*. En même temps, les phénomènes ordinaires de l'altération continentale et de l'évaporation désertique ont concentré superficiellement des métaux précieux, des phosphates, des nitrates, des dépôts de gypse, sel gemme, chlorures, carbonates, sulfates et borates divers.
1. Il paratt y avoir eu affaissement, non effondrement entre des failles.