Page
3. On a l'habitude en pétrographie de distinguer les minéraux des roches en deux groupes essen iels : les éléments blancs ou alcalins, tels que les feldspaths, les feldspathides (définis plus loin, page 539, note 1), le quartz et le mica blanc; le* éléments colorés ou feiTo-magnésiens , tels que le mica noir, le pyroxène, l'amphibole, le péridot, etc.
un agrégat cristallin homogène, cristallisé en une fois, ou du moins sans discontinuité notable;
2° La structure micro grenue, à éléments entièrement grenus comme dans le premier cas, mais avec une discontinuité dans la cristallisation, qui se traduit par l'existence de deux groupes de cristaux : les uns de grande dimension, les autres de dimension beaucoup plus restreinte ;
3° La structure microlithique (basaltes, laves andésitiques, etc.), où les deux temps de consolidation sont particulièrement tranchés : le premier s'accusant par de grands cristaux oaphénocrislaux; le second, par de petits cristaux, beaucoup plus fins, aplatis ou allongés {microlithes), souvent alignés par traînées et constituant la pâte, qui peut admettre, en outre, un résidu vitreux ;
4" La structure intersertale ou ophitique, plus exceptionnelle, qui, à l'œil nu, ne se distingue guère de la structure grenue que par une trame plus serrée, mais qui se définit très bien au microscope par la cristallisation presque simultanée, dans le môme temps de consolidation, de deux minéraux, dont l'un forme des cristaux isolés, que moulent et englobent les grandes plages de l'autre.
Dans une certaine mesure, ces structures correspondent à des profondeurs de cristallisation diverses : la structure grenue, du moins pour les roches acides^ à une cristallisation en profondeur ou sous pression ; les structures ophitiques et microgrenues à une cristallisation filonienne ou intrusive ; la structure microlithique à des roches susceptibles d'épanchement. La classification française a donc incidemment cet avantage de rappeler cette notion de profondeur, à laquelle M. Rosenbusch attache une importance essentielle et qui serait, en effet, du plus grand intérêt à envisager, si l'on devait savoir toujours exactement la profondeur originelle des roches considérées, et, surtout, si Ton ne trouvait pas les mêmes types de roches en massifs de profondeur et en filons, ou en filons et en épanchements.
Tout en adoptant le principe de faire intervenir, à la fois, la composition et la structure, on aurait donc pu, si l'on avait voulu mettre en évidence les conditions de refroidissementet la profondeur de formation, établir les divisions principales d'après la structure. On a préféré, pour répondre aux considérations chimiques, faire l'inverse : commencer par les minéraux constituants et finir par la structure.
1. Quand il s'agit de roches basiques, on peut, à l'air libre, réaliser la slructure ophitique par un refroidissement un peu lent et môme, après un recuit ménagé de quelques jours, arriver â la structure grenue des gabbros. Môme pour les roches acides, les observations de M. Lacroi.x à la Réunion ont montré que la relation de la structure avec la profondeur est seulement approximative.
CHAP. Xin- PETROGRAPHIE. - CLASSIFICATION DES ROCHES KRUPTIVES M9
Le tableau, que je reproduis, est, à son tour, susceptible de subdivisions. Tel que je lai donné, il laisse, en effet, de côté la considéralion des éléments ferro-magnésiens ou colorés, toutes les fois que les éléments blancs existent et il en résulte que la presque totalité des roches habituelles les plus fréquentes se trouvent entassées dans la seule première catéjçorie de roches à feldspaths, ou même spécialement dans sa première pârTic (roches à feldspaths sans feldspatliides'). Illaut alors subdiviser chacun des grands types considérés, d'après les éléments colorés qu'il renferme (mica, amphibole, pyroxène, olivine). C'est ce que je vais faire, à titre d'exemple, pour la première famille, qui renferme les types les plus courants et les plus vulgairement connus.
Ainsi, la famille des granités (A) est définie : Roches holocristailines grenues, à feldspath alcalin dominant ; avec quartz ; à mica noir, amphibole, pyroxène, diallage. Elle comprendra : les granités proprement dits, ou granités à mica noir (orthose, oligoclase, quartz, mica noir et mica blanc) ; puis les granités à amphibole, ou kpyroxène, dans lesquels soit lamphibole, soit le pyroxène, remplacentle mica noir, etc. Quand le quartz disparaît, on a les syénites (B), ou granités sans quartz, à orthose dominant, pouvant être également à mica noir, à am-' phiboleouà pyroxène. Granités et syénites auraient pu être réunis dans une môme famille.
Quand, au lieu d'un feldspath alcalin, on a un feldspath plus basique (ou plagioclase), on trouve la famille des gabbros (G), généralement sans quartz, qui pourra comprendre : comme types grenus, les kersantites (mica noir et plagioclase), les diorites (amphibole et plagioclase), les diabases (pyroxène et plagioclase), les gabbros (diallage et plagioclase), les norites (hypersthène et plagioclase).
A chacun de ces types grenus correspondent un type ophitique et un type microlilhique, où l'on retrouve les mêmes minéraux cristallisés avec une structure différente.
Par exemple, les granités, en devenant microgrenus, seront des microgranites (englobant les anciennes microgranuliles on porphyres quarlzifères) ; en devenant microlithiques, la même famille passera aux
1. On appelle feldspalhides des minéraux formés de silicates d'alumine alcalins, qui jouent un rôle analogue à celui des feldspaths sans en avoir la composition : leucite ou amphigène, néphéline, haùyne, sodalite, etc. ; ces deux derniers, avec intervention dacide sulfurique pour le premier, de chlore pour le second. On les a considérés autrefois comme caractéristiques des roches tertiaires, tandis que les feldspaths appartenaient aux roches anciennes. Les synthèses de M.M. Fouqié et Michel Lévv, puis les travaux de M. Iddlngs, ont montré la transformation facile des lamprophyres (porphyrites micacées, etc.), qui sont des roches à feldspath en des roches à leucite, cest-à-dire à feldspathide (Voir Bull. Carte Géol., n»45. Micukl LÉvr et Lacroix, leucoléphrite à pyroxène).
rhyolilhes, qui comprennent les anciens porphyras pélrosiliceux. De même, aux syéniles microlithiques se rattacheront les roches, que nous nommions jadis des orlhophyres et aux gabbros microlithiques nos porphyrites, labradoriles, mélaphyres. Il y a des gabbros, niicrogabbros et gabbros microlithiques, qui sont andésitiques, labradoriques ou anorthiques, suivant que le plagioclase dominant est de landésine, du labrador, ou de l'anorthite.
Quand on s'est mis d'accord sur l'adoption d une classification minéralogique, les difficultés et les controverses se reproduisent surtout pour les roches microlithiques. Celles-ci, en effet, comprennent, par définition môme, deux temps de consolidation distincts \ où se sont produits des minéraux différents et, par exemple pour les feldspaths, des minéraux, qui, en général, sont d'un type plus fusible ou plus acide dans les microlithes de la pâte que dans les pliénocristaux englobés par celle-ci. Est-ce alors aux microlithes ou aux phénocristaux qu'il faut s'en rapporter? Les pétrographcs français ont adopté le premier principe, les Allemands le second. J'ai déjà dit- pourquoi ces derniers me paraissent avoir tort. Les phénocristaux, qui ne représentent jamais qu'une portion infime de la roche ^ sont des éléments venant de la profondeur, formés dans des conditions différentes de celles où la roche s'est réellement solidifiée : éléments adventifs, parfois étrangers, et, par suite, pouvant devenir d'une véritable banalité.
Afin de résumer en un symbole cette méthode de classification, A. Michel Lévy* a proposé de représenter les roches par des formules analogues à celles qui ont introduit une telle simplification en chimie . formules qui, malheureusement, doivent, en pétrographie, comme on va en juger, résumer une quantité de connaissances très considérable.
Un granité à mica blanc, ou granulite, s'écrira, par exemple :
Ta, rp, Ty — (F 8 à g) (M) {ta^a\a./[m)
Dans cette expression, la lettre r signifie la structure grenue et les lettres a, p, y les divers sous-groupes de structure, que peut présenter cette structure grenue : granitique, ou à quartz sans forme propre moulant les autres éléments; granulitique, ou à quartz raccourcis; pegmatoïde, ou à quartz cristallisé avec l'orthosc.
La seconde partie de la formule donne la composition minéralogique :