‹ La science géologique: ses méthodes, ses résultats, ses problemes, son histoire. 2. éd., rev. et augm. d'un index alphabétiqueChapitre 247 sur 356 · I. — Détermination et classification des roches éruptives · texte numérisé non relu

I. — Détermination et classification des roches éruptives

Il est relativement facile de déterminer et de classer un élément simple, tel qu'un minéral ; la composition chimique, les propriétés physiques, la forme des cristaux suffisent à caractériser chacun d'eux d'une manière précise et sans quil puisse y avoir ni discussion, ni ambiguïté. La difficulté est, au contraire, très grande, quand il s'agit d'un agrégat complexe, tel qu'une roche éruptive, où l'on peut supposer, en principe, que l'on rencontrera des combinaisons de minéraux et des agencements divers de ces minéraux en nombre presque infini, ou, si l'on approfondit davantage encore sa constitution, des mélanges très variables des divers éléments chimiques. Il s'agit alors, avant tout, de pouvoir déterminer exactement la composition élémentaire de la roche, c'est-à-dire la nature et la proportion de chacun des minéraux, qui la forment et leur mode d'agencement intime. Cette partie du problème, qui pouvait sembler presque insoluble autrefois avant l'emjdoi des procédés microscopiques, est aujourd hui résolue couramment par la combinaison de l'examen microscopique, de l'analyse chimique et des autres procédés indiqués au chapitre v. Je supposerai donc ici que ces

1. Il est impossible de faire comprendre les principes de la pétrographie sans employer des noms de roclies et de minùrau.x. Je rappelle qu'on trouvera le sens de ces noms dans le petit Dictionnaire géologique annexé à ma Géologie Pratique.

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délcrminalions aient été faites et il ne s'agit plus, pour nous, que d'établir une classification méthodique, suffisamment générale pour que toutes les roches y trouvent place, suffisamment détaillée pour que le nom appliqué à une roche en indique aussitôt la composition et la structure, et remplissant, en outre, les conditions générales d'une bonne classification, qui doit rapprocher ce qui est semblable, séparer ce qui est différent.

On n'est malheureusement pas encore tombé d'accord, entre pétrographes de diverses écoles, pour l'unification de la nomenclature et de la classification». De vieux noms vulgaires, autrefois mal définis et qu'on aurait peut-être dû écarter résolument, sont pris, suivant les auteurs, dans des acceptions différentes; les géologues de certains pays étrangers se donnent, par contre, le plaisir facile de créer indéfiniment des noms nouveaux, qui ne sont guère connus que par eux, pour représenter des cas un peu particuliers de types déjà classiques et le principe même, qui doit servir de base à la classification, reste soumis à des discussions sans nombre. Rien que dans ces dernières années, on en a indiqué au moins cinq ou six totalement différents, sans compter les nombreuses variétés dans chaque groupe.

Ainsi les uns prennent, comme entrée de classification, le gisement delà roche considérée et, spécialement, sa profondeur originelle ; d'autres font, tout au moins, intervenir son âge. Un second groupe de savants, très nombreux en Amérique et en Norvège, attache une importance prépondérante à l'analyse chimique et l'envisage comme pouvant suffire à elle seule. Un dernier, qui comprend du moins l'unanimité des pétrographes français, considère que la nomenclature usuelle doit être basée sur la composition minéralogique et sur la structure, quitte à compléter ces notions par des schémas représentatifs de la constitution chimique; mais, alors, les discussions commencent sur l'importance plus ou moins grande qu'il faut attribuer à tel ou tel élément, etc.

L'actualité de la question m'a forcé à indiquer cette controverse. Il semble qu'une classification, se proposant avant tout d'être pratique, doive écarter toute considération plus ou moins hypothétique sur la profondeur et sur 1 âge; et la discussion ne paraît guère pouvoir exister

1. M. LoEwixsoN-LEssisoa publié, dans le compte rendu du Conjurés géologique de 1900, un lexique pétrographique en 3n0 pages, donnant l'identification des termes pétrographiques usités par les géologues des divers pays. Ce lexique, quoique excellent, se trouve déjà presque démodé et ne suffit pas pour comprendre aucun des mémoires récemment publiés par les pétrographes américains. On trouvera, dans le même ouvrage, pages 213 à 254, un résumé des discussions de ce Congrès, relatives à la nomenclature des roches, qui met surtout en évidence l'impossibilité actuelle de s'entendre entre pétrographes.

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CHAP. XIII. -PÉTROGRAPHIE. -CLASSIFICATION DES ROCHES KRUPTIVIvS 537

qu'entre les définitions basées sur l'analyse chimique et celles fondées sur l'examen minéralog-ique. La dernière méthode a évidemment pour défaut de ne pas faire entrer en ligne de compte la proportion des éléments constituants et, dans certains cas exceptionnels, de classer, dans deux groupes distincts, des roches, qu'une refusion peut faire passer de l'une à l'autre : par exemple, la biotite et le microclinc passant à la leucite et à l'olivine (expérience Fouqué et Michel Lévy ;, ou le mica blanc transformé en leucite en présence des carbonates alcalins, etc., etc. Aussi y a-t-il lieu de faire entrer, autant que possible, en ligne de compte, non seulement la nature, mais aussi la proportion des minéraux constituants*. Néanmoins la classification minéralogique a ce grand avantage qu'en y joignant une analyse chimique de l'ensemble, on peut en déduire à volonté la composition minéralogique élémentaire. La classification seulement chimique, au contraire, outre qu'elle est très souvent insuffisante pour faire reconnaître les minéraux constituants, laisse absolument de côté un des points essentiels de la pétrographie : c'est la structure; c'est même le groupement des éléments chimiques en tel ou tel minéral, qui implique le mode de refroidissement et peut, par conséquent, renseigner, dans une certaine mesure, sur le mode de formation, presque aussi intéressant pour nous que la composition chimique. Enfin toute altération secondaire, agissant sur une roche, risquera de la faire passer d'un groupe dans l'autre.

La classification française, que j'adopterai et que résume un petit tableau ci-joint^, sans méconnaître en aucune façon l'importance des analyses chimiques, mais en les réservant pour des études théoriques ultérieures, classe donc les roches, d'après leurs minéraux constituants, et, tout spécialement, d'après leurs éléments blancs, feldspaths ou feldspathides ^, quand ils existent, en : I. Roches à feldspaths; II. Roches sans feldspaths et III. Roches sans éléments blancs, subdivisées ellesmêmes d'après la nature des feldspaths ou feldspathides et les répartit ensuite entre quatre groupes, caractérisés par leur structure. Les str, ctures principales, ainsi distinguées, sont :

1* La structure grenue, dont le granité est le meilleur représentant, où les éléments, distincts à l'œil nu les uns des autres, forment

1. Cesl ce que j'ai essayé de faire par une méthode personnelle, pour les roches de la Creuse. (Bull. Serv. Carte Géol., n« 83, i" avril 1902).

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