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un chapitre antérieur, nous ayons appris comment cet âge pouvait être déterminé'. J'ai môme, lorsqu'il s'est agi de classification-, insisté sur b nécessité de ne faire, en aucune façon, intervenir l'âge présumé d'une roche dans le choix du nom qu'on lui donne. L'âge des roches éruptives paraît, en effet, n'avoir qu'une valeur locale et il ne semble pas. comme nous allons le dire, qu'on puisse, si on envisage les choses d'un point de vue théorique, constater une évolution, en vertu do laquelle un type de roches serait strictement et uniquement d'un âge déterminé. Cette conclusion, à laquelle nous arriverons également pour les gîtes métallifères, n'étant pas celle qui était admise jusqu'à ces temps derniers, il est nécessaire d'exposer les idées, qui ont eu cours autrefois et qui, chacune à leur heure, sans être rigoureusement exactes, ont néanmoins marqué une étape du progrès.
Un grand pas a été franchi par la science géologique le jour où l'on s'est aperçu que les diverses roches éruptives avaient, comme les montagnes mêmes dont on les a vite rapprochées, un âge déterminé et n'appartenaient pas toutes, ainsi qu'on l'avait cru auparavant, à 1.» constitution primitive et fondamentale du globe. On s'est alors attaché à déterminer l'âge des différentes venues éruptives dans une région, de même qu'on recherchait les successions de remplissages métallifères et, dans les deux cas, on s'est laissé influencer par la notion préconçue de généralité, d'universalité, qui, pendant toute la premier.' moitié du xix* siècle, a dominé la géologie. Les travaux vraiment sérieux, relatifs aux roches éruptives, n'ayant pu commencer que le jour où la pratique microscopique a mis en état de les bien définir, on ne peut guère faire remonter avant 1870 les études portant sur l'ensemble d'une série pétrographique régionale et s'efforçant de déterminer l'âge absolu et l'ordre de succession relatif de ses diverses venues.
Les premiers résultats importants, dans celte branche de la science', ont été obtenus par A. Michel Lévy, qui, de 1874 à 1882*, a classé les séries éruptives du Morvan et du Beaujolais dans l'ordre suivant : granités, granulites, microgranulites, porphyrites, etc.
1. Pages 161 et 534. On remarquera que, par suite de la méthode adoptée, le progrés des recherches amène nécessairement à rajeunir les roches, comme à vieillir les espèces paléontologiques et à augmenter sur les cartes l'étendue des mers.
2. GuùNER avait déjà établi un ordre de succession : granités, microgranites, porphyres pélrosiliceux. Voir, sur ce sujet, M. Beiituand (Bull. Soc. Géol., 3» sôr. 1888, XVI, 573); Le Veiuueh (Bull. Soc. Géol., 1888, XVI, 493).
3. Michel Lévy, Struclure microscopique des roches acides anciennes (Bull. Soc. Géol. 3« sér., t. lU, p. 2i7, 1874 et Ann. des Mines, XilL p. 34i, 1875). VaridUtes de la Durance (Bull. Soc. Géol., 3» SiT., t. V, p. 232, 1877;. Hoches éruptives du Méconnais (Bull. Soc. Géol., 3* sér., t. XI, p. 273, 1882). Pour Michel Lévy. le granité du Morvan était cambrien. Son fils a montré qu'il métamorphisait le diiianlien inférieur (tournaisien) et fournissait des galets au viséen.
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Bien que 1 auteur lui-même eût indiqué, dès 1873, la possibilité de récurrences analogues à diverses époques, on n'en a pas moins, en général, attribué un caractère presque absolu à ces notions d'âge, déterminées dans une région locale et cru, pendant quelque temps, que les granités, microgranulites, etc.. de tous les pays devaient être du même âge. Cette idée était d'autant plus vraisemblable que la plupart des régions pétrographiques étudiées alors en détail se trouvaient, en P'rance, en Allemagne, en Autriche, le long de la même chaîne de plissement hercynienne, où les manifestations éruptives, amenées par les plissements, paraissent avoir été à peu près contemporaines.
Tout au plus, en abordant la zone méditerranéenne, influencée par les mouvements alpins, avait-on, par exemple en Italie, reconnu 1 indice de roches éruptives analogues et plus récentes : ce qui avait conduit à imaginer une grande récurrence des phénomènes primaires, reproduits, avec des différences sur lesquelles on insistait soigneusement, à l'époque tertiaire.
Le développement des études pétrographiques dans toutes les régions du globe, notamment dans des pays, comme l'Ecosse, la Norvège, le Nord des États-Unis, où les plissements se sont produits beaucoup plus anciennement, a bientôt mis en évidence l'existence de séries éruptives, analogues à celles de l'Europe Centrale, produites là bien antérieurement : en Kcosse, pendant le silurien et le carbonifère ; au Lac Supérieur, vers le précambrien, et montré qu'il fallait décidément abandonner l'idée d'un âge déterminé, s'appliquant à chaque type de roches.
Vers ce moment, c'est-à-dire vers 1885, la grande œuvre de synthèse entreprise par M. Suess, en vulgarisant les résultats obtenus parles géologues du monde entier et les reliant les uns aux autres par l'hypothèse grandiose de zones plissées pouvant se suivre à travers les continents, a fourni, pour interpréter les phénomènes pétrographiques, la loi théorique, qui manquait encore. 11 est apparu que chaque période de plissement avait entraîné les mêmes récurrences de roches éruptives et, par exemple en Europe, que l'on pouvait, du Nord au Sud, trouver le même porphyre, d'abord précambrien au Nord, puis silurien, puis carbonifère, puis tertiaire au Sud.
Depuis lors, cette idée, déjà complexe, dont j'ai été obligé de montrer la genèse par ce court historique, s'est compliquée encore.
Tout d abord, nous savons maintenant qu'un plissement est loin de s'être produit subitement et simultanément sur toute sa longueur, mais qu'il a eu lieu pendant de longues périodes, avec des retards d'un point à l'autre, analogues à ceux que subit la marée entre deux ports. Dans
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cette œuvre de longue durée, toutes les conditions propres h la montée de roches éruptives ont pu se répéter à plusieurs reprises et se réaliser à des moments différents dans les diverses parties d'une même chaîne. Si l'on change de continent, l'observation devient encore plus frappante ; les mouvements d'Amérique ou d'Australie, môme quand nous savons les relier aux nôtres, ont pu se produire longtemps après ou avant, alors que nos régions étaient tranquilles. La même roche peut, par suite de cette observation seule, avoir cristallisé, à divers points du monde, presque à tous les âges.
D'autre part, il nous semble, aujourd'hui, comme je l'ai montré précédemment', que, dans une série éruptive allant dugranite aux basaltes, il ne faut nullement voir, comme on était tenté de le croire autrefois trop simplement, une série de phénomènes réellement successifs, ainsi que peuvent l'être des coulées volcaniques débordant tour à tour d'un même cratère, mais des phénomènes, qui diffèrent au moins autant par leur position dans l'espace, par la profondeur et les conditions diverses de gisement où ils se réalisent, que par leur succession réelle. Ainsi il ne nous paraît nullement improbable que, dans le moment même où une lave microlithique s'épanche au sommet du Vésuve, il puisse cristalliser plus bas, aujourd'hui même, des microgranulites^ et des granités, qui, si nous les rencontrions dans une coupe géologique, nous paraîtraient, selon toute vraisemblance, plus anciens, parce qu'étant restés plus profondément, ils ont atteint des terrains sédimentaires moins élevés dans la série. Avec de telles idées théoriques, la notion d'âge absolu pour une roche quelconque s'effrite et disparaît presque; la notion d'âge relatif entre deux roches d'une même série demande ellemême à être restreinte à des roches d'épanchement, qui, seules, ont un âge réellement bien déterminé et c'est pour celles-ci seulement que l'on peut, en toute rigueur, parler d'une succession.
Mais, si la notion d'âge nous paraît aujourd'hui n'avoir plus la même valeur générale en pétrographie, elle n'en garde pas moins toute sa valeur locale, comme moyen précis de rattacher les manifestations pétrographiques aux mouvements tectoniques. C'est dans cet ordre d'idées qu'il y a lieu de chercher et c'est ce côté de la question, que nous allons bientôt examiner.
J'ajoute, d'ailleurs, que l'impossibilité théorique d'établir une relation
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2. Ce n'est pas seulement plus bas, c'est parfois au même point qu'une légère variation dans les conditions de cristallisation, par exemple la formation d'une croûte, sous laquelle la vapeur d'eau se met momentanément en pression, peut entraîner des différences notables de structure ou même de composition.
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directe et précise entre le type d'une roche et son âge se trouve très atténuée dans la pratique. En moyenne, le seul examen d'une roche provenant d'une zone un peu limitée, comme l'Europe Centrale, permettra de dire avec de grandes chances d'exactitude dans quelle période elle a cristallisé. Cela me paraît tenir surtout à ce que le degré d'érosion d'une zone plissée est lui-même en relation habituelle avec l'âge du plissement : par suite, avec la période, où ont pu s'y produire les roches éruplives. Les catégories de roches éruplives, que l'on doit le plus habituellement rencontrer dans une zone géographique, se trouvent donc déterminées, à la fois par l'âge des plissements subis et par la profondeur d'érosion atteinte. C'est une sorte de tableau à t:iple entrée, où deux des coordonnées, par exemple le type de la roche et la profondeur normale d'érosion, permettent, sauf exceptions, de déterminer la troisième, qui est l'âge. Nous retrouverons quelque chose d'analogue pour les gîtes métallifères. En principe, il est très rare de trouver des granités tertiaires et rare également de rencontrer des coulées basaltiques cambriennes, quoique les deux cas puissent se présenter : les premiers n'ont pas, en général, été encore mis à jour; les secondes ont, depuis longtemps, disparu. Plus on recule dans le temps, plus aux types d'épanchement superficiel on voit, en moyenne, se substituer les types de profondeur et les exceptions avertissent, d'ordinaire, qu'on a affaire à un compartiment de 1 écorce, placé dans une condition anormale : relevé et, par suite, trop érodé, si le granité tertiaire a pu y apparaître ; effondré, et par suite, protégé contre l'érosion, si les épanchements anciens y ont été sauvés.
Sans vouloir donner trop de précision à cette idée, on peut bien dire que, dans l'Europe Centrale, les types d'épanchement microlithiques sont, avant tout, caractéristiques d'un âge alpin (tertiaire), ou, accessoirement, de l'époque hercynienne ; les types microgrenus et ophitiques d'un âge hercynien (carbonifère et permien), ou, accessoirement, d'un âge tertiaire ; les types granitiques d'un âge huronien ou calédonien (précambrien ou silurien), ou, accessoirement, hercynien^
1. Je n'oublie naturellement pas les très nombreuses exceptions, sur lesquelles je viens précisément d'insister ; j'indique seulement un caractère prédominant. On connaît, par exemple, des granités dinantiens dans !e Morvan, la Bretagne, etc.. de véritables volcans du même âge avec coulées et appareils volcaniques en Ecosse. de grandes éruptions de rhyolithes et de basaltes permiennes en Saxe, en Thuringe, dans les Vosges, l'Eslerel, le Tyrol, etc. Souvent on constate directement, conformément à notre observation précédente, combien une série à types pétrographiques très variables est resserrée dans le temps : ainsi, pendant le dinantien du Morvan, où l'on va du granité au microgranite et à la porphyrite. Par suite des éruptions réitérées, les séries locales peuvent même sembler inversées. Si l'on avait le moyen de déterminer mieux l'âge absolu de ces roches, on constaterait sans doute que leurs types divers ontpa se réaliser à la fois dans la même région.
De même, les types de gîtes métallifères, et la nature môme des métaux qui s'y rencontrent, présenteront une relation habituelle avec la profondeur d'érosion. Chaque région, par le fait seul qu'elle se trouve dans des conditions de plissement plus ou moins ancien, d'érosion plus ou moins avancée, offre un certain nombre de types pétrographiques, associés avec des types de gîtes métallifères, qui lui sont propres et qui, dans une certaine mesure, à la condition de ne pas oublier toutes les restrictions précédentes, la caractérisent.
Cette facilité de reconnaître, par exemple, à son aspect, ou même à son analyse, une andésite carbonifère d'une andésite tertiaire se trouve très souvent accrue par un métamorphisme superficiel, plus avancé pour la première, et résultant d'une plus longue exposition aux agents atmosphériques, ainsi qu'il a été vu au chapitre de la géologie en action.
Parfois aussi, quand il s'agit de roches de profondeur à types granitiques, une chaîne récente et peu érodée ne nous en montre que les faciès les plus élevés, non les plus profonds, et l'on a encore là un indice, qui avertit le pétrographe de leur âge probable.
Quant à l'ordre de succession théorique, que l'on a cru parfois apercevoir dans la série des coulées d'un même massif, j'ai déjà montro plus haut^ combien les observations précises venaient peu le confirmer.
D) Relations de la pétrographie avec la tectonique. Fractures d effondrement à volcanisme superficiel. Zones de plissements à roches de profondeur. Divers types d'effondrements volcaniques (ovales, arcs imbriqués, tables morcelées, axes linéaires). — Toutes les manifestations pétrographiques nous apparaissent comme résultant de mouvements dynamiqaes, par suite desquels les parties fluides internes se sont trouvées poussées et injectées dans les vides plus ou moins grands de l'écorce, pour y cristalliser en profondeur, ou arriver à s'épancher au jour. On a beaucoup discuté jadis pour savoir si les roches éruptives exerçaient une poussée, soulevaient les roches devant elles ; c'est l'ancienne théorie des « cratères de soulèvement», exposée plus haut' et désormais abandonnée. Avec les idées que nous nous faisons sur les roches éruptives, un tel soulèvement est très improbable ; car les roches d'épanchement, matières liquides ou visqueuses à simple fusion ignée et sans pression gazeuse, paraissent incapables de le réaliser et les roches de profondeur à minéralisateurs abondants, qui doivent exercer une pression intense sur les roches superposées, le font, selon