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CHAP. XIII. — RELATIONS DE LA PÉTROGRAPHIE AVEC LA TECTONIQUE

toutes vraisemblances, au-dessous d'une telle épaisseur de terrains qu'elles sont probablement incapables de les déplacer. Cependant, il n'est pas impossible que, localement, une intumescence se produise, comme il se creuse des soufflures dans un canon de fusil et c'est peutêtre dans ce sens que l'on peut interpréter certaines observations récentes faites sur les laccolithes anciens des États-Unis, ou même sur les laves actuelles du Vésuve. Mais, dans l'immense majorité des cas, il n'en est pas moins vrai que les déplacements des roches éruptives ont dû suivre les mouvements de terrains et en être la conséquence ; ils ne les ont pas précédés. Les roches ignées doivent se comporter comme un liquide soumis à une pression hydrostatique dans un vase, qui se déforme ; elles se déplacent en raison de cette pression, à mesure que se produisent les déformations du vase.

C'est probablement ainsi qu'il faut interpréter les intrusions de grandes masses granitiques dans les dômes de terrains plissés. Ces granités n'ont pas dû, à proprement parler, venir remplir une vaste cloche, formée au-dessus d'eux et dont on s'expliquerait mal l'existence' ; ils ont dû suivre, au fur et à mesure, par une action connexe, le déplacement des terrains, qui se soulevaient, en remplissant aussitôt les vides qui tendaient à s'y former et s'assimilant les terrains voisins

Par suite, bien que les magmas de profondeur aient naturellement trouvé, dans les saillies des anticlinaux, un accès plus facile et s'y rencontrent de préférence, ils ont pu aussi, là où il y avait décollement des strates dans un synclinal, y pénétrer par intrusion ; dans cet ordre d'idées aussi, il est impossible, avec un phénomène tellement complexe, de poser une loi unique rigoureuse et absolue -.

La remarque précédente montre la relation générale, qui paraît lier les venues éruptives aux mouvements du sol. Quand on veut préciser cette relation et chercher quels types de dislocations sont propices aux déplacements des magmas ignés, on peut prendre, comme point de

l. Celte hypothèse, qui est celle de M. Suess, a été combattue par A. Michkl Lévy {Granité de Flamanville ; Bull. Carte géol., n» 36, 1893, p. 3o). Suivant lui. l'ascension du magma granitique se fait en profitant d'une sorte de fusion, d'assimilation, de corrosion des strates encaissantes et, o si l'on supposait l'érosion suffisamment profonde, on arriverait au niveau où les magmas granitiques ont dil fondre tous lés voussoir-i de l'écorce terrestre ».

i. Le granité de Flamanville, qui paraît correspondre à une zone supérieure d'intrusion granitique, est un bon exemple de granité dans un synclinal. Dans le mémoire relatif à ce gisement, A. Micbel Lêwa soutenu que IcCotentin.avec ses culols granitiques, la Bretagne et le Beaujolais avec leurs ellipses, le Lyonnais avec ses dyke*. le Plateau Central avec ses niaï«/"«, représentaient des types de plus en plus profonds de granités {/oc. cit., p. 34). Plus profondément encore, tous ces dômes devraient se réunir en une masse granitique unique. Dans certains gîtes stannifères de Saxe Woiss Andréas, etc.), on a recoupé en profondeur des culots granitiques, qui n'aflieuraient pas au jour.

départ, l'étude du volcanisme actuel, puis, avec les premières notions résultant de cette étude, essayer de coordonner les observations tectoniques sur les roches anciennes.

J'ai déjà dit, à diverses reprises, que le volcanisme actuel paraissait être la forme tout à fait superficielle de manifestations éruptives, analogues à celles qui se sont produites dans tous les temps de la géologie, mais qui nous semblent différentes, dans les séries géologiques, parce que nous les examinons, en général, sur une section horizontale d'autant plus profonde qu'elles sont plus anciennes*. Dès lors, les observations sur les volcans actuels étant particulièrement simples à faire et leurs résultats particulièrement assurés, c'est par eux qu'il est naturel de commencer.

La répartition géographique des volcans actuels obéit à une loi très nette et de la plus grande évidence. Tous ces volcans si nombreux s'alignent suivant des arcs de courbe très allongés, qui se raccordent les uns aux autres et dessinent des traînées sinueuses sur la surface de la sphère terrestre. Ils jalonnent, manifestement, des lignes d'affaiblissement, de rupture ou d'éclatement, correspondant peut-être en profondeur à des plans de dislocation verticaux, discontinus à la surface^, sur lesquels leurs cheminées peuvent marquer des points d'étoilement, des intersections de cassures secondaires avec la fracture principale. Le phénomène se poursuit en petit et, dans un volcan déterminé, on retrouve, de même, le plan de rupture principal, les cassures secondaires, avec les cratères adventifs, qui accompagnent souvent le cratère principal.

Dételles dislocations, par lesquelles les roches fluides de la profondeur montent à la surface, signalent à première vue, des lignes d'affaiblissement importantes et profondes de l'écorce et cette importance, cette profondeur, apparaissent d'autant mieux que l'on peut voir certains de ces accidents jalonner, presque d'un bout à l'autre, les côtes du Pacifique, aller de la Syrie aux grands lacs africains (axe érythréen), suivre Taxe de l'Atlantique, ou, en plus petit, contourner la Méditerranée Occidentale.

1. 11 ne faut pas, bien entendu, exagérer la portée de cette observation. Nous pouvons, dans les séries les plus anciennes, rencontrer accidentellement des manifestations très superficielles, quand celles-ci se sont trouvées comprises dans un compartiment effondré de l'écorce et mises par là à l'abri de l'érosion .

2. J'ai déjà fait remarquer, page 155, note 1, qu'il ne fallait pas chercher, sur les alignements volcaniques, un plan de faille, une dénivellation verticale apparente et caractérisée à la surface entre deux voussoirs contigus. La dénivellation, l'effondrement se trouvent, d'ordinaire, à une certaine distance et les évents volcaniques donneraient plutôt l'idée de boulons, qu'une explosion connexe de cet effondrement aurait fait sauter.

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Quand on examine quelles sont les zones géologiques ainsi entourées par des traînées de volcans, on voit que ce sont, le plus souvent, des zones récemment effondrées, et que l'axe volcanique accompagne, à faible distance, un plan de fracture, suivant lequel s'est produite une dénivellation considérable entre un compartiment de l'écorce plissé et surélevé et un autre disparu en s'affaissant sous la mer. On peut alors supposer, avec M. Suess, que c'est la pression môme du compartiment affaissé, qui a déterminé l'ascension des roches éruptives par les cassures ou les évents circulaires ouverts le long de son bord : avec quelle force, on le conçoit, en remarquant que certains cratères volcaniques, sur la périphérie du Pacifique, atteignent 6.000 mètres d'altitude.

Les divers types, que peuvent présenter ces lignes volcaniques, ont été classés par A. Michel Lévy en quelques systèmes simples, dont il a cherché la relation avec les diverses catégories de magmas ^

Ce sont :

l"» Les effondrements des zones plissées. qui peuvent se ramener à quatre systèmes principaux :

a) Effondrements en ovales méditerranéens (Méditerranée Occidentale, divisée en deux ellipses par la Corse et la Sardaigne, mer Egée, Hongrie, mer des Antilles, etc.);

b) Effondrements en tables étoilées (du type Colorado) ;

c) Effondrements en arcs iynbriqués, sur le bord Ouest de l'Océan Pacifique (Japon, Philippines, etc.) ;

d) Effondrements en alignements prolongés, sur le bord Est de l'Océan Pacifique (chaîne des Andes^) ;

2» Les effondrements linéaires Nord-Sud, indépendants des zones de plissement, dont les deux principaux forment : l'un, l'axe de l'Atlantique ; l'autre, l'axe Érythréen de la Syrie aux Grands Lacs.

Ces divers types ont déjà été étudiés au chapitre de la tectonique. Ils représentent en somme, les diverses formes, que peuvent prendre de grandes dislocations terrestres : soit dans les zones plissées à éventail plus ou moins complexe, tels qpie les Alpes (a, 6); soit dans les chaînes

1. Sur la coordination et la répartition des fractures et des effondrements de l'écorce terrestre (Bull. Soc. géol., 3* série, t. XXVI, p. 105, 1898). On trouvera, dans ce mémoire, une histoire succincte des principales séries éruptives.

2. L'axe volcanique des Andes semble, si on réduit les choses à un schéma théorique, présenter cette particularité d'une cassure éruptive, antérieure aux plissements qui lui sont parallèles, masquée par ceux-ci et se traduisant, néanmoins, au milieu d'eux, probablement sur des fractures transversales, par une longue série d'évents volcaniques. Le détail des faits est nécessairement beaucoup plus compliqué, comme le montrent les résumés, avec cartes, de Stubel et Hacthal, dans les Petennann's Mitteilungen (1902 et 1903) et les coupes de Bdbckhabdt.

dissymétriques à pieds droits déversés vers le vide et à clef partiellement effondrée, telles que les Andes (c, d); soit transversalement à ces plissements (2'>).

A. Michel Lévy amontré que les magmas étaient extrêmement différents d'un point à l'autre dans les effondrements en ovales, dans les arcs imbriqués du Japon, et dans l'axe Atlantique. Il y a, au contraire, grande continuité, grande homogénéité de magmas dans les effondrements en tables étoilées du Colorado, sur la longueur des Andes ou dans l'axe Érythréen.

Si l'on remarque que l'axe Atlantique estextraordinairement discontinu et se compose, en somme, de quelques points disséminés, dont la relation nous est masquée par la mer, on est conduit à admettre qu'il peut exister en profondeur deux types essentiels de zones volcaniques : I les énormes dislocations linéaires, formant, dans tout leur ensemble, une seule unité et communiquant, dans des conditions analogues, avec les réservoirs ignés souterrains (Colorado, Andes, axe Érythréen), et, II, la multiplicité des fosses elliptiques ou arquées, occupant, dans leur groupement, une bande continue, mais par elles-mêmes discontinues, à communications indépendantes avec des bains déjà différenciés et donnant, par suite, des magmas très variables.

La loi, ainsi établie pour les volcans en activité, ou pour les volcans récemment éteints, qui s'y rattachent directement, peut être étendue sans peine aux éruptions tertiaires, dont les manifestations extérieures sont encore assez bien conservées, pour qu'on soit en mesure d'établir leur lien avec les mouvements du sol contemporains et quelques-uns des exemples cités plus haut appartiennent à ces éruptions tertiaires.

Ce n'est pas, en principe, dans la chaîne plissée elle-même, que les roches éruptives se montrent; la zone plissée est, en principe, une zone tangentiellement comprimée et, par suite, peu propre à ces déplacements de fluides profonds; d'ailleurs, si des roches éruptives étaient montées en profondeur dans les Alpes, l'érosion trop peu avancée ne nous permettrait pas de les voir encore'. Les roches éruptives, que nous voyons dans les Alpes, sont des roches de la série carbonifère et triasiquc, ou même plus anciennes. Mais, sur toute la longueur de la chaîne, à son voisinage, les éruptions tertiaires apparaissent, soit sous la forme

1. On peut cependant concevoir que des roches cristallisées en profondeur sur le flanc d'une chaîne plissée, ou produites par le dynamisme même d'un charriaf^e, aient été ramenées au jour (Voir plusloin, page 586, les observations de M.Glasser en Nouvelle-Calédonie).

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