‹ La science géologique: ses méthodes, ses résultats, ses problemes, son histoire. 2. éd., rev. et augm. d'un index alphabétiqueChapitre 260 sur 356 · I. — Principes généraux · texte numérisé non relu

I. — Principes généraux

La métallogénie a été définie précédemment la science des gîtes métallifères, ou, plus généralement, la science, qui étudie les concentrations des éléments chimiques, réalisées sur certains points d'élection par la métallurgie naturelle. Les problèmes théoriques, que cette branche de la géologie nous permet d'aborder, sont parmi les plus importants de tous; car, plus encore que la pétrographie, la métallogénie nous permet d'entrevoir le mystérieux travail, qui a peu à peu constitué les parties profondes de notre planète et présidé au groupement actuel de la matière : travail, dont la stratigraphie, ou môme la tectonique, appliquées à des sédiments, qui sont déjà, par principe, des

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produits de remaniement secondaires, ne peuvent jamais atteindre que des formes très superficielles.

Il ne saurait être ici question d'écrire un traité de mélallogénie * et le cadre de cet ouvrage nous amène à laisser de côté toutes les considérations de pure technique sur la forme ou la minéralisation des gisements, sur la distribution spéciale à tel ou tel métal, etc., qui jouent un si grand rôle dans la pratique des mines, pour envisager uniquement la genèse des minerais, l'opération mécanique, métallurgique ou chimique, dans laquelle ils ontpris naissance. Les conclusions d'ensemble, qui résultent de cette étude pour la distribution des éléments chimiques dans la Terre, seront l'objet d'un ciiapitre suivant. Je rappelle, d'ailleurs, qu'un grand nombre de questions intéressant les gites métallifères — et, notamment, tout ce qui concerne leur altération superlicielle — se sont déjà trouvées traitées antérieurement.

A) Origine des métaux. — Le premier point à résoudre, en ce qui concerne les minerais métalliques, est de déterminer leur origine première : je n'ai pas besoin de dire que c'est le plus obscur et le plus sujet à controverse ; nous aborderons ultérieurement un terrain plus solide; mais il est impossible de ne pas traiter, tout d'abord, ce problème préjudiciel.

L'on a fait bien des tentatives ingénieuses pour expliquer la formation des gîtes métallifères par de simples opérations de surface et sans intervention d'aucune cause profonde. C'est le cas, en particulier, des « eaux descendantes » de Werner, des « sécrétions latérales » de Sandberger, ou des sécrétions hydrothermales avec eaux ascendantes, imaginées récemment en Amérique. Mais, plus on envisage l'ensemble de la métallogénie et plus on reconnaît, ce me semble, l'insuffisance des réactions secondaires et superficielles pour faire comprendre l'origine première des grandes concentrations métallifères; plus la nécessité d'une métallurgie ignée profonde, comme principe de ces phénomènes, apparaît clairement. Il est impossible d'échapper à cette constatation que, sur quelques points privilégiés du globe — et, parfois, sur un très petit nombre de points, quand il s'agit d'un métal à

i. Avant, depuis la première édition de cet ouvrage, condensé mes travaux de métallogénie dans un important ouvrage sur les Giles minéraux et métallî/eres, (3 vol.,Béranger, 1912), je demanderai la permission dy renvoyer, dune façon générale, pourla mise au point définitive des idées laisséesdanscechapitresous leur forme

en profondeur (Hev. gén. des sciences, :iO avril li»UO). Les Richesses minérales de l'Afrique (l'.i03). La métalloijénie de l'Italie et des régions avoisinantes (1906). La géologie et les Rie liesses minérales de l'Asie (1911).

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poids atomique parliculièrement dense — , il a élé réalisé des concentrations métallifères, dont le volume est sans aucun rapport possible avec la teneur habituelle et normale dos roches; et le contraste est d'autant plus saisissant que cette teneur est elle-même plus approximativement constante, comme nous le verrons, dans la moyenne de toutes les roches et terrains du f^lobe. Il est impossible également de ne pas reconnaître une relation d'enserr.ble entre les formations métallifères non remaniées, les roches éruptives et les immenses dislocations, que nous avons vues se suivre à travers des continents entiers. Si l'on réfléchit à toutes les raisons, énumérées dans d'autres chapitres', qui font admettre, pour la Terre, une densité interne plus élevée que celle de la superficie et, par suite, une localisation des métaux denses dans les zones profondes, il apparaît infiniment probable que ces points d'élection, où nous trouvons des gîtes métallifères (ségrégations ou filons), sont ceux où une cause quelconque, à une époque plus ou moins ancienne de l'histoire géologique, a déterminé une relation anormale entre ces zones profondes et l'écorce plus superficielle.

On peut, après cela, si on le veut, imaginer que la concentration a eu lieu en plusieurs stades et, par exemple, d'abord, dans une roche éruplive, qui aurait été ensuite refondue ou remaniée. Ces complications possibles n'empêchent pas que, comme point de départ à toutes les opérations secondaires, il se soit passé, dans les endroits où nous trouvons rassemblés, par centaines de mille tonnes, par millions de tonnes, du mercure, du cuivre, du plomb, etc., quelque chose de singulier et que ce quelque chose ait di\ venir, tout d'abord, de la profondeur.

Remarquons, à ce propos, que, lorsque nous parlons ainsi de zones profondes, il ne s'agit nullement, comme on affecte parfois de le croire dans les théories adverses, de faire venir ces métaux directement du centre de la Terre. La croûte scoriacée, qui forme la partie abordable de l'écorce terrestre, a bien des chances pour être fort peu épaisse; il est très probable que la zone réductrice plus profonde, dans laquelle l'oxydation, dont elle résulte, n'a pu s'effectuer, est assez voisine de l'atmosphère, bien que, dans aucun cas, les mouvements tectoniques n'aient fait apparaître au jour les magmas profonds inoxydés, dont nous croyons seulement reconnaître l'équivalent dans les météorites. L'accroissement rapide de la température, quand on s'enfonce, laisserait supposer qu'à une centaine de kilomètres, au plus, de la superficie, par conséquent avant d avoir parcouru la soixantième

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