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2. Ce rôle, que l'attribue ici au carbone, a déjà été indiqué, en partie, dans une note aux Comptes Rendus de l'Académie des Sciences (11 févr., 1903).
Il suffît d'ailleurs, comme l'a fait M. A. Gautier, d'analyser une roche éruptive quelconque pour constater que, môme en profondeur et sans carbonatation superficielle de la chaux, cette roche contient toujours un résidu de carbone; la refusion profonde d'une roche ne peut donc manquer, à elle seule, de produire des carbures. Dans le volcanisme, dès qu'on peut recueillir des fumerolles non brûlées, par exemple sous la mer, on retrouve ces carbures, masqués d'habitude par leur combustion.
Il me paraît donc très logique d'admettre que ces carbures d'hydrogène ont dû jouer, dans la précipitation des sulfures, un rôle important, qui semble parfois manifeste pour le mercure ; et je suis également porté à penser que l'acide carbonique liquide sous pression, ainsi que les carbonates alcalins dans l'eau à haute température, ont influé sur un très grand nombre de cristallisations filoniennes. Peutêtre même est-ce à eux qu'il faut attribuer l'aspect spécial de certains grands fdons de quartz, où l'on croirait voir une prise en masse, comme dans une sursaturation.
30 Formation des minerais. Classification des métaux par types de gisements. Associations minérales. — Ce que je viens de dire sur le rôle des minéralisateurs, joint à ce qui a été expliqué plus haut sur les opérations delà métallurgie ignée, explique comment, à chaque métal, correspondent un ou plusieurs types de gisements, en rapport avec ses propriétés chimiques et comment, d'après les propriétés chimiques d'un minerai, on peut prévoir ses types de gisements.
J'ai résumé autrefois * ces relations dans un tableau, qui montre bien le groupement naturel des métaux dans leurs gisements et qui pourra nous servir plus tard pour aboutir à des conclusions générales :
A. Métaux pratiquement réfractaires à toute combinaison et insolubles. — Gîtes d'inclusion à l'état natif en roches basiques {platine^ palladium, iridium, or, etc.).
B. Métaux n'ayant pas d'aftinité pour les minéralisateurs et donnant, avec l'oxygène, des oxydes neutres ou acides. — Gîtes d'inclusion et de ségrégation, à l'état oxydé en roches basiques (/er en magnétite^, chrome, nickel, cobalt, manganèse, titane, vanadium^).
C. Métaux ne se combinant qu'avec le chlore, le fluor, etc. (c'est-àdire avec des minéralisateurs énergiques et cessant de se dégager
1. Formation des gîtes métallifères, !'• édit., 1892, pages 24 et 137.
2. Le fer, en raison de sa banalité, se retrouve dans toutes les catégories de gisements. Il a été placé ici dans le groupe où il domine.
3. Voir plus haut, pages 591 et 610, sur les concentrations du vanadium.
CIIAP. XIV. — GITES D'INCRUSTATION. — MINERAIS 613
quand la roche descend au-dessous de 500°). — Gîles d'inclusion à l'état natif ou oxydé, et gîtes fdoniens divers, localisés au voisinage immédiat d'une roche éruptive acide (élain, bismuth, tungstène, zirconinm, uranium, or. etc.).
D. Métaux formant des sulfures doubles ou des persulfures solublcs à chaud et sous pression, mais facilement reprécipités (forcés probablement de se déposer au-dessous de 130 à 200", et peut-être même seulement au-dessous de 100'', dans le cas du mercure). — Gîtes sulfurés de départ hydrothermal, avec association possible d'arsenic ou d'antimoine; ségrégations sulfurées; fdons; imprégnations; substitutions, etc.. {cuivre, plomb, zinc, fer, cobalt, argent, mercure, etc.).
E. Métaux faiblement solubles même à la température ordinaire, à l'état de combinaisons oxydées basiques. — Gangues fdoniennes {calcium, strontium, magnésium, bai-yum, etc.).
F. Métaux formant des sels presque tous solubles à froid. — Gîtes sédimentaires d'évaporation {potassium, sodium, etc.)*.
Ce tableau met bien en évidence le petit nombre de réactions, qui interviennent dans la classification des métaux en métallurgie naturelle et, par conséquent, présente des différences sensibles avec la classification adoptée en chimie, où l'on a à tenir compte de bien plus nombreuses propriétés.
Suivant l'ordre que nous avons déjà adopté dans l'exposition, il commence par les groupes des inclusions et des ségrégations basiques (A et B), sur lesquels nous n'avons plus à revenir, et se continue par les catégories de métaux, qui ont cristallisé avec intervention plus ou moins accentuée de départs hydrothermaux de plus en plus refroidis, en commençant par ceux qui ont nécessité l'intervention des chlorures à haute température (C), pour continuer par le groupe sulfuré (D) et se terminer par ceux, auxquels l'acide carbonique (ou, en profondeur, l'acide silicique) ont suffi (E, F).
J'ai précédemment indiqué', d'après les observations faites actuellement sur les fumerolles, les températures approximatives, auxquelles ont dû cesser de se dégager les diverses vapeurs métalliques, en les supposant d'abord renfermées dans un même bain de fusion : les chlorures au-dessus de bOO°; les sulfures jusqu'à 100''; les carbures jusqu'à la température ordinaire. Ainsi qu'on l'observe dans ces fumerolles, on
1. Les métaux des deux derniers groupes E et F sont, en raison de la facilité avec laquelle ils forment des bases en s'oxydant, les éléments essentiels de la scorie silicatée, à laquelle nous assimilons toutes nos roches éruptives. Ils forment donc, eux aussi, des gîtes d'inclusions, mais à l'état de silicates.