A. Gautier (C. R
?. Je ne parle pas des chlorures visiblement secondaires, qui se produisent, par altération, sur le§ affleurements des filons de plomb, d'argent, etc. 4. M. VoGT admet un dixième, ce qui ne change rien aux conclusions.
les roches basiques ; mais, dans les eaux de la mer, la quantité de lluor est presque nulle*, en sorte que la proportion totale de cet élément se trouve tr^s notablement rabaissée.
Le phosphore est, dans toutes les roches, un élément très constant sous la forme d'apatite. Il n'est guère de roche, qui tienne moins de 0,005 d'acide phosphorique et souvent la teneur est beaucoup plus forte. Dans tous les cas, son origine première paraît avoir été à l'état de phosphures de fer, manganèse ou calcium, plus rarement en association avec d'autres métau.x comme le plomb ou les métaux du groupe du thorium, c'est-à-dire dans des conditions analogues à celles où se présentent le soufre et les autres minéralisatcurs; mais, tandis que l'oxydation du soufre s'est faite uniquement à la surface par altération secondaire, celle du phosphore a pu avoir lieu en profondeur dans la croûte silicatée et l'y fixer toutes les fois qu'il se trouvait assez de chaux pour saturer l'acide phosphorique produit : ce qui est, on peut le dire, le cas constant. Après quoi, dans les altérations superficielles, le phosphate de chaux a suivi la fortune du fer et du manganèse, en se dissolvant, comme eux, par l'intervention de l'acide carbonique et se reprécipitant plus loin, quand l'excès d'acide carbonique se dégageait'. Les analyses de roches groupées par M. Clarke donnent une teneur moyenne de 0,09 ou 0,10.
Le manganèse et le baryum, que nous trouvons ici par hasard à côté du phosphore, présentent, avec lui, dans toute la série des altérations superficielles, des associations de gisements, sur lesquelles j'ai insisté ailleurs. Notamment, la combinaison si fréquente du manganèse et du baryum en psilomélane est très remarquable. Ces trois corps offrent ce même caractère de se concentrer très notablement par l'intervention de l'eau chargée d'oxygène et d'acide carbonique. On en rencontre ainsi des gisements altérés, dont les proportions pourraient faire illusion sur leur abondance profonde. Néanmoins la plupart des analyses de roches en contiennent.
Pour le manganèse, un travail spécial de M. Vogt lui a fait trouver, comme moyenne de 232 analyses relatives à des roches acides, 0,056 de protoxyde de manganèse et, dans 141 roches basiques, 0,123. Il a admis, finalement, une moyenne de 0,075. Suivant lui, dans les roches, la proportion du manganèse au fer varie de 1 : 50'' à 1 : 75^
1. M. Carnot (Ann. des Mines, 18%) a trouvé, dans leau de l'Atlantique, 0,00008 de Ouor.
2. Dans un mémoire sur \' origine des minerais de fer Scandinaves (Ann. des Mines, juillet 1903), j'ai montré comment parait se faire la concentration ou l'épuration du phosphore dans les minerais de fer.
Le baryum est également presque constant dans les feldspaths des roches, bien que les analyses ne l'y signalent pas toujours. MM. Clarke et Hillebrand ont récemment montré, par d'innombrables analyses, la diffusion de ce corps, ainsi que celle du strontium. Le baryum peut aller de 0,03 à 0,04; le strontium s'approche de 0,01.
Ces deux éléments ont subi, dans les altérations superficielles, une concentration, qui en a formé de véritables gisements, à allure parfois stratifiée pour le strontium, plus souvent filonienne pour le baryum. On sait qu'ils existent 1res fréquemment comme gangue dans les filons métallifères. Leur origine, dans ce cas, est problématique. Souvent ils disparaissent quand on s enfonce et doivent alors avoir été empruntés h. la lixiviation superficielle des roches. Parfois ils semblent, au contraire, persister et le baryum surtout accompagne le plomb, dont le poids atomique est également très élevé, comme s'ils avaient tous deux une même origine profonde.
Le soufre est très abondant dans les roches à l'état de pyrite ou de pyrrhotine, surtout dans les roches basiques ; il forme, en outre, quelques grands gisements pyriteux, qui n'accroissent pas beaucoup sa teneur moyenne.
J'ai déjà parlé tout à l'heure du fluor à propos du chlore. Quant à V azote, il est inutile de rappeler son rôle dans l'atmosphère ; son manque d'affinité ordinaire pour les autres éléments chimiques fait qu'il n'existe pas (ou du moins n'a pas été signalé) dans les roches.
Le chrome a été évalué (peut-être un peu haut) à environ 0,01 p. 100. !1 ne devient abondant que dans les roches basiques, où, comme le fait le manganèse, il tend à se substituer au fer dans un grand nombre de ses minéraux. Le groupe des péridotites renferme, en moyenne, 0,20 p. 100 de chrome ; mais, par contre, ce métal fait à peu près défaut dans les roches acides. Sa proportion paraît très analogue ù celle du nickel, (\\n se présente dans les mêmes conditions, probablement un peu supérieure.
Le zirconium est, au contraire, un élément très habituel des roches relativement acides, où il entre à l'état d'inclusions microscopiques dans divers minéraux. 11 s'est développé spécialement dans certaines syénites néphéliniques et augitiques. C'est, comme le titane et l'étain, avec lesquels il présente tant d'analogies, un métal de l'écorce silicatée, plutôt que des gîtes fdoniens ; mais, comme l'étain, il va du côté acide, tandis que le titane va du côté basique.
Le lithium est décelé par l'analyse spectrale dans la plupart des roches, surtout les roches acides ; il y est souvent dosable. On le retrouve, avec le sodium, dans les eaux thermales, qui traversent ces
CIIAP. XV. — PROPORTION RELATIVK DES ÉLÉMENTS CHIMIQUES 66i
roches et sa proportion, par rapport à ce dernier métal, parait être alors, en moyenne, de i à 500. On peut, à ce propos, signaler, dans le même groupe des métaux alcalins, le l'ubidium, qui, dans les roches, accompagne le lithium et, dans l'eau de mer, est plus abondant que lui (1 de rubidium pour 1.000 de sodium).
. Dans les éléments des roches acides (feldspathset micas), on trouve également des traces très sensibles àétain ; létain semble ainsi, comme je l'ai remarqué plus haut en passant, se rattacher assez directement à la scorie silicalée, au milieu de laquelle il s'isole parfois en veines ou filons plus importants. Ses affinités connues pour le titane et le zirconium font qu'il apparaît fréquemment, à l'état de traces, dans le rutile et le zircon, de même que les analogies de son oxyde avec la silice expliquent son rôle dans les roches acides.
Le cobalt suit très fidèlement le sort du nickel dans les roches basiques. M.Vogta trouvé, en moyenne, 1 de cobalt pour 10 de nickel. En même temps, il existe souvent, dans les mêmes gîtes, du cuivre, en proportion deux ou trois fois moindre que le nickel.
Le brome et l'iode, qui ne prennent place ici qu'en raison de leur présence dans l'eau de mer ou dans les produits d'évaporation salins, sont, dans l'écorce terrestre, des éléments très rares. Les minéraux, où on les a signalés, sont, presque tous, des substances altérées d'affleurements. Néanmoins, leurs relations chimiques avec le chlore sont si intimes qu'il paraît logique de les classer dans le même groupe géologique.
V arsenic se rattache géologiqucment au groupe du soufre et forme, comme lui, avant tout, un élément des gîtes métallifères, mais existe aussi, à l'état de mispickel, dans les roches au même titre que la pyrite. Sa proportion est toujours faible.
Nous arrivons enfin au groupe des métaux presque exclusivement concentrés dans les filons et dont, comme je l'ai dit, la proportion est toujours extrêmement minime, puisqu'aucun d'eux ne forme certainement 1 millionième de l'écorce terrestre.
La production industrielle de ces divers métaux peut donner une certaine idée de leur abondance relative, bien qu'elle soit naturellement influencée par la question commerciale et que, le jour où un corps rare trouve un débouché important, comme cela est arrivé aux monazites avec l'emploi de l'éclairage à l'incandescence, on en découvre souvent des quantités de gisements ignorés.
Ainsi, un métal particulièrement recherché pour ses propriétés, comme le platine, l'argent ou le cuivre, peut sembler plus abondant qu'il n'est en réalité. Par contre, si le molybdène ou le cadmium
avaient plus d'applications, on en trouverait très probablement davantage. Le chiffre de la production demande, jusqu'à un certain point, à être corrigé par le prix de vente, qui devrait être en raison . inverse de la production, si la rareté géologique était le seul élément influençant celle-ci, et qui explique, par suite, et permet de corriger certaines anomalies.
Pour ces métaux, il peut y avoir quelque intérêt à donner le petit tableau ci-joint, qui met en comparaison le nombre de tonnes produites en 1908, le prix moyen de la tonne et le poids atomique, les métaux étant classés dans l'ordre décroissant de leur production pour cette même année.
Tableau de comparaison des métaux.