CIIAP. XVI. — LES PROBLÈMES DE LA PALÉONTOLOGIE
appelle communément la vie, un hiatus, peut-être provisoire, mais actuellement impossible à nier : c'est-à-dire que l'origine de la vie à la surface de noire planète échappe à toute explication scientifique'.
Les hypothèses, que l'on peut faire sur un tel sujet, rentrent, dès lors, dans un ordre d'idées tellomcnl spéculatif qu'elles se rattachent à peine à la' géologie ; il est, en tout cas, bien peu vraisemblable que la géologie apporte jamais un concours quelconque à la solution de cette question ; car ceux mômes qui croient le plus fermement à la non distinction entre la vie et la non vie, ou à ce qu'on appelait autrefois la génération spontanée, soit dans le présent, soit dans le passé, sonl conduits à imaginer de premiers êtres, formés uniquement d'un protoplasma rudimentaire, qui n'aurait dû laisser aucune trace dans les terrains géologiques et qui, pourrait, tout au plus, à la rigueur, s'être perpétué jusqu'à nous dans quelque profondeur marine. C'est donc par des méthodes tout à fait différentes de celles indiquées dans ce livre que l'on peut aborder un semblable problème : soit par l'embryogénie ; soit par l'étude détaillée de la cellule et du processus de la fécondation; soit par la chimie (synthèse des albuminoïdes, etc.). La science très ambitieuse de la fin du xix* siècle ne doutait pas de réussir dans ces recherches. La science plus modeste de notre temps les aborde avec quelque scepticisme, résignée d'avance à ne gravir qu'un ou deux échelons vers le but sans y atteindre.
La seule remarque d'ordre général, qu'il soit permis de faire, dès aujourd'hui, est que l'idée d'un être unique, origine première de tous les autres, a, bien qu'admise comme toute simple par beaucoup de naturalistes, quelque chose de tout à fait extraordinaire : car elle suppose qu'une seule et unique fois dans l'histoire de la Terre les conditions nécessaires à l'apparition de la vie se sont trouvées réalisées pendant la seconde nécessaire à la production d'un être; après quoi jamais plus la vie n'aurait pu animer la matière. Le phénomène ainsi présenté aurait, contrairement à la tendance déclarée de ces mêmes naturalistes, précisément les caractères, que, dans un autre ordre d'idées, on appelle miraculeux. Si la vie est un simple accident de la nature.
1. Parmi les nombreuses hypothèses à tournure scientifique, qui ont été proposées à ce sujet, j'en rappellerai deux seulement. Suivant les uns (Helmholtz, Lord Kelvin), le premier germe aurait été apporté par une météorite (cosmozoaires) en échappant à réchauffement dans l'intérieur de cette masse pierreuse. Mais, en tout cas, cela ne fait que déplacer le problème dans l'espace sans le résoudre. Pour d'autres (\V. Pkeybr), il y aurait eu de premiers êtres (pyrozoaires) capables de vivre dans une chaleur comparable k celle du Soleil et peu à peu adaptés aux conditions actuelles de la vie terrestre. Ce genre de rêveries, si amusant qu'il puisse être pour l'imagination, nous reporte en plein Moyen Age, et la plus simple prudence commande de dire que, sur un semblable problème, nous ne savons encore absolument rien.
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cet accident doit être renouvelable et a dû être renouvelé, peut-être à des époques très différentes. Il y a, comme je le disais plus haut, non pas un, mais plusieurs arbres généalogiques des êtres organisés.
Laissant donc de côté cette première question par trop extra-scientifique, l'origine de la vie sur la Terre, nous avons maintenant à examiner son mode de développement et de transformation, qui, tout en demeurant extrêmement hypothétique, n'en confine pas moins davantage à la catégorie de problèmes accessibles à nos investigations.
B) Les premiers êtres. — Dans quelle mesure le transformisme pourra être vérifié par la paléontologie. — Les premiers êtres que nous connaissons sont marins. D'où l'idée, généralement admise, que la vie serait d'abord apparue sur la surface lumineuse des mers. Cette thèse a pour elle certaines vraisemblances paléontologiques; le fait biologique que, chez tous les cires vivants, la cellule se développe dans un milieu salin, est en sa faveur. Mais on ne saurait y voir une certitude, puisque les conditions de conservation des fossiles sont à peu près uniquement réalisées dans les eaux et puisque les dépôts lacustres, presque seuls susceptibles de nous conserver des êtres terrestres, ont dû être entièrement détruits pour les périodes primaires ^
Cette apparition est certainement très antérieure au précambrien. Quand nous trouvons, dans cet étage, les êtres organisés les plus anciens, ces êtres, comme onl'a vu,nous apparaissent déjà, dès le début, très perfectionnés. Et, bien que nous manquions, à vrai dire, d'un critérium certain pour définir le perfectionnement des êtres, il nous semble impossible d'admettre qu'un crustacé, divisé en segments distincts lui permettant d'enrouler sa cuirasse, muni d'yeux à facettes, etc., avec une bouche, un appareil respiratoire et de nombreuses pattes articulées, comme les trilobites, soit né ainsi du premier coup. Le développement embryogénique des trilobites, qui a dû se faire par l'apparition de segments successifs comme dans les crustacés, la différenciation, plus ou moins rapide suivant les espèces (d'après Barrande et Walcott), des trois régions du corps (tête, thorax et pygidium) semblent accuser de longues lignées d'ancêtres.
Malheureusement, les terrains les plus anciens présentent un aspect si généralement cristallin que l'on a pu les considérer longtemps comme la croûte primitive du globe, ainsi qu'on l'avait supposé auparavant pour le granité. Or la cristallisation fait disparaître toute trace des organismes ; il semble qu'il y ait une tendance générale des éléments à
1. D'où l'idée singulière que ces ftges anciens, n'auraient pas connu de continents.
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reprendre leurs conditions d'équilibre normales, troublées par linlervenlion des formes vivantes et réliminalion de ces formes se produit, nous l'avons déjà fait remarquer *, dans tout métamorphisme. Puis, quand bien même on découvrirait, dans de semblables roches cristallisées, des apparences microscopiques attribuables à des êtres difganisés, il faudrait une singulière circonspection pour se prononcer et pour les démêler des apparences analogues, que peut produire le simple groupement moléculaire des éléments minéraux; rien ne ressemble davantage à certains microzoaires que tels microlithes ou cristallites dans nos produits de fusion - et l'aventure de YEozoon Canadense, pris d'abord pour un animal, reconnu ensuite pour une formation serpentineuse, est faite pour inspirer de la prudence'. L'intérêt du problème est tel, néanmoins, que ces réserves ne doivent pas empêcher de fouiller les terrains cristallins eux-mêmes; mais c'est probablement ailleurs, dans des lambeaux d'archéen ayant échappé au métamorphisme, qu'il faut espérer trouver la solution.
Onpeutsupposer, comme je l'ai dit *, que nous confondons, sous ce môme nom d'archéen, en raison de leur aspect physique, des terrains d âge très différent. Il doit y avoir des gneiss et des micaschistes appartenant aux périodes les plus diverses et devenus tous également azoïques par leur cristallisation, qui y a produit, en même temps, des assemblages de minéraux analogues. Mais, plus le terrain est ancien, plus il a eu d'occasions d'être métamorphisé : ce qui justifie l'opinion courante que ces terrains métamorphisés appartiennent, généralement, aux premières formations du globe et ce qui concorde avec ce fait que les coupes stratigraphiques les montrent habituellement à la base des autres terrains. Une très grande partie de ces couches crislallophylliennes a donc des chances pour être réellement antérieure au précambrien, ou, si l'on renverse les termes de l'énoncé, une très grande partie des couches antérieures au précambrien a des chances pour avoir pris la structure cristallophyllienne : ce qui rend la recherche des fossiles dans ces premiers étages extrêmement difficile et d'autant plus que ces fossiles primitifs ont dû être très rudi-