‹ La science géologique: ses méthodes, ses résultats, ses problemes, son histoire. 2. éd., rev. et augm. d'un index alphabétiqueChapitre 314 sur 356 · CHAP. XVI. — LES PROBLÈMES DE LA PALÉONTOLOGIE · texte numérisé non relu

CHAP. XVI. — LES PROBLÈMES DE LA PALÉONTOLOGIE

faibles, etc., etc. *. Contrairement à la thèse trop simple de Darwin, les faibles ont autant de chance de survivre que les forts, parfois plus ; dans tous les cataclysmes humains, nous voyons ainsi quelques heureux favorisés par une circonstance accidentelle ; et, s'il fallait chercher une cause à la destruction des espèces, on pourrait môme dire qife la taille colossale des individus ou leurs engins de guerre formidables semblent souvent avoir marqué l'heure de leur fin.

La réalité semble être extrêmement complexe et nous n'avons, pour la reconstituer, que des inductions assez vagues. On peut imaginer, par exemple, quand la température des mers, en s'abaissant jusqu'aux environs de 44», a permis le développement de la cellule, un premier monde tout végétal d'infiniment petits apparaissant vers la surface des eaux dans les émanations radioactives du soleil ; puis un bourgeonnement, un groupement par colonies ; l'apparition des premiers animaux herbivores, auxquels peu à peu les carnivores se sont joints, prenant progressivement la première place : le champ d'amour et de bataille, d'abord localisé, s'étendant aux continents, s'élevant dans les airs, descendant, jusque dans les abîmes glacés des océans. Ordre d'évolution nullement démontré mais rationnel, qui a permis à A. Gaudry de tracer, sans trop heurter l'évidence des faits, un tableau doucement idyllique des premiers âges où, suivant lui, l'on ne voyait pas « un théâtre de carnage, mais des scènes majestueuses et tranquilles^. »

Pourquoi les espèces sont nées et pourquoi elles ont disparu, nous sommes également réduits à le supposer. S'est-il produit, sous l'influence du milieu, comme dans les paludines du pliocène danubien, des

1. Certains naturalistes imaginatifs ont cherché à démontrer, en invoquant une prétendue immortalité des protozoaires, que la mort aurait été d'abord inconnue chez les premiers êtres rudimentaires ot serait apparue seulement avec la reproduction sexuelle, puis aurait été facilitée par la complication des organes de plus en plus exposés. La lutte pour la vie serait ainsi une apparition tardive. Il est curieux de comparer cette idée moderne (entièrement hypothétique), avec la tradition chaldéenne de la Bible, où la mort est apportée par la femme avec le péché.

2. Il a insisté sur ce fait que les animaux primitifs étaient moins armés pour la destruction. Les gastropodes herbivores ont précédé les carnivores. Les céphalopodes n'ont commencé à avoir des bras avec griffes qu'au lias. Les reptiles, qui sont carnivores, mangent fort peu : et beaucoup d'entre eux, étant vivipares (/cAMyosaurui, etc ). ne pouvaient pas se multiplier rapidement. Les premiers grands carnivores, les créodontes de Gopb, devaient se nourrir de cadavres comme les hyènes. On pourrait, d'ailleurs, supposer, suivant A. Gaudrv, que, le monde étant moins peuplé au début, la concurrence vitale y devait être moins âpre. Mais il a toujours fallu que les êtres vivants se nourrissent, et, dès qu'ils ont cessé de puiser directement dans la matière minérale, la destruction de l'ôtre par l'être a commencé. II y a eu des mangeurs, bientôt destinés à être mangés à leur tour, et des mangés. Quand les êtres étaient moins mobiles, le rayon, où ils puisaient cette nourriture, était seulement plus restreint. La différence, qu'établit l'instinct populaire entre un Carnivore dont les victimes manifestent leurs sensations et un herbivore, ou entre deux carnivores plus ou moins gros, est surtout sentimentale.

variétés de plus en plus nombreuses, dont un groupe essaimant au loin et apparaissant là sans les transitions qui lexpliquent, aura pris l'aspect d'une mutation, tandis que le rameau, supposé éteint, aurait simplement émigré pour évoluer ailleurs à notre insu ? On sait combien les êtres marins sont, pour la plupart, sensibles à de très faibles variations de salure ou de température. Les mers actuelles nous montrent des changements de courants, par lesquels une faune se trouve entièrement détruite et cède la place à une autre.

Une autre hypothèse, qui a trouvé de la faveur, consisterait plutôt à assimiler les espèces et les races, dont les mille individus sont dispersés, avec ces autres colonies serrées de zoonites, que nous appelons des individus parce que leur complexité réelle nous frappe moins.

Gomme dans la vie de ces individus, il y aurait alors une période où la race progresserait. Ses individus grandissent, se sélectionnent ; il naît des espèces, comme il naît des êtres. Ce bourgeonnement, cette faculté reproductive passe sans doute par une phase particulièrement favorable, celle de 1' « affolement », de la « sallation ». Ainsi se constituent d'innombrables rameaux qui, chacun de leur côté, commencent à évoluer, à reproduire. Mais, pendant ce temps, soit que le milieu ambiant se modifie, soit que l'activité transmise du protoplasma originel se ralentisse avec l'auto-intoxication produite par l'âge, ou plutôt pour ces deux causes combinées, l'espèce ayant perdu sa faculté d'évoluer dans un milieu changeant, les rameaux arrivés à leur terme se flétrissent, deviennent stériles, disparaissent. Ils ont fait place à d'autres, dans lesquels ils survivent; quelques-uns d'entre eux seulement résistent, comme ces vieillards dont on admire l'éternelle jeunesse. La mort les a oubliés...

En admettant un instant cette théorie, si nous rentrons maintenant sur le terrain des faits, il est remarquable de voir que cette disparition se produit en général, lorsque les êtres constitutifs de cette race mourante ont atteint leur maximum de taille et de spécialisation, paraissent le mieux défendus, brusquement.

Et l'on a cru remarquer, avec un peu d'imagination peut-être, que la décadence de ces vieillards semblait parfois amener une sorte de retour à l'enfance. L'un après l'autre, les céphalopodes se déroulent avant de disparaître, lituites, tétrabranchiaux siluriens, baculites dibranchiaux crétacés K Tout au moins existe-t-il, chez eux, des formes séniles d'enroulement asymétrique.

4. C'est la théorie de la gératologie. Peu importe le mécanisme inconnu qui détermine ce déroulement : par e-xemple, des épines trop grosses empochant les tours de se rejoindre.

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