‹ La science géologique: ses méthodes, ses résultats, ses problemes, son histoire. 2. éd., rev. et augm. d'un index alphabétiqueChapitre 313 sur 356 · CHAP. XVI. — LES PROBLÈMES DE LA PALÉONTOLOGIE · texte numérisé non relu

CHAP. XVI. — LES PROBLÈMES DE LA PALÉONTOLOGIE

remplacés, a détermine, dans les types organiques, des modifications de plus en plus accentuées, une différenciation déplus enpius nette entre les êtres ainsi ramifiés : c'est, en un mol, que, ni les êtres aujourd'hui vivants, ni les êtres disparus et révélés par la paléontologie, ne sont identiques aux premiers êtres apparus sur la terre ; c'est enfin que, pour une cause ou une autre, il y a eu transformation, création de nouveaux types, extinction de types anciens, filiation et bifurcation, ou, })lus brièvement, évolution.

Comment se sont faites : d'abord, cette transmission de la vie par une succession continue d'êtres organisés ; puis cette hérédité des propriétés transmises et, en même temps, cette lente modification de certaines d'entre elles, que nous appelons l'évolution : c'est ce quon a essayé bien des fois d'imaginer. C'est aussi ce qu'il convient de rappeler très brièvement pour montrer comment la biologie peut apporter, sur ce point, son concours à la science géologique.

L'une des hypothèses modernes les plus plausibles (qui reste, d'ailleurs, une simple hypothèse) est que, d'un être au suivant, le principe vital, nommé protoplasma, se transmet en se segmentant à la façon des boutures, mais en persistant toujours au centre des groupements qu'il provoque, en sorte qu'il garde l'empreinte et la déformation de tous les chocs quelconques, subis depuis l'origine première sous l'influence du milieu extérieur. L'hérédité, de même que le transformisme, seraient les efTets visibles de cette modification progressive, de ces chocs extérieurs indéfiniment emmagasinés, quelque chose d'analogue à la lente cristallisation d'une pièce de fer sous d'innombrables petites secousses, à sa cémentation par la pénétration progressive de molécules carburées '.

Cette hypothèse attribue, comme on le voit, le rôle essentiel dans le

1. Une théorie 1res ingénieuse de Weissm.\^n.\, qui diffère de la précédente parce que rauteurn'admet pas l'influence du milieu, suppose que, dans la cellule, il y aurait une certaine partie, le plasma germinalif, qui passerait inaltéré d'être en être et qui constituerait l'hérédité. Suivant M. Y. Dklage, lètre vivant ne répéterait les mêmes qualités que parce qu'autour de lui seraient répétées les mêmes conditions et les mêmes actions. Pour F. Hoossay, lauto-intoxication permanente des cellules par leurs déchets morbides devient un élément caractéristique.

On a soutenu autrefois (Swaiuierd.\ii vers 1670) l'emboîtement des germes, tous originellement préformés dans un germe initial; ou encore (Buffon) la juxtaposition de microorganismes, tendant à prendre, comme les molécules d'un cristal, une forme extérieure semblable à leur forme propre; ou, plus récemment, l'agrégation de cellules communes à tous les êtres, se groupant, dans chacun d'eux, suivant un plan déterminé par l'hérédité. Pour M. Edmond Pebiuer, un animal supérieur est composé d'un certain nombre d'organismes plus simples, de zoonites reproduits par bourgeonnements et groupés suivant des principes de symétrie, analogues à ceux des cristaux. Ces colonies de zoonites sont alors susceptibles de séparations ou derap-

transformisme à l'influence du milieu ; elle est conforme aux idées do Lamarck^ et contraire à l'école directe de Darwin (Weissmann, ctc.j, qui tend à isoler les vivants du milieu inanimé, en cherchant à établir que les variations, acquises ainsi par le milieu, ne sont pas héréditaires. Quelle que soit la théorie admise pour la transmission de la vie, cette importance attribuée à l'influence du milieu, (qui n'est pas solidaire du choix adopté sur ce premier point), paraît devoir être conservée. Les faits, aussi bien que la logique, semblent, en effet, prouver, de toutes les façons, qu'il y a adaptation progressive de l'être à son milieu et j'ai déjà cité divers arguments en faveur de cette thèse.

Cette influence du milieu est-elle la seule? La modification des êtres tient-elle exclusivement à ce que les conditions de vie se transforment ? Cela paraît peu vraisemblable en présence des formes très diverses, qui trouvent moyen de subsister dans des conditions de milieu très analogues. Aussi roste-t-il une place pour d'autres interventions, dont la principale, et la plus célèbre par les controverses auxquelles elle a donné lieu, est la « lutte pour la vie », déterminant la disparition des plus faibles, des moins bien armés en présence des plus forts, l'accentuation héréditaire des facultés, d'abord accidentelles, qui ont pu créer une supériorité dans celte lutte pour la vie. Mais celte « sélection naturelle » de Darwin, qui perd de plus en plus de terrain parmi les naturalistes ^, ne peut, en tout cas, être envisagée que comme un facteur bien secondaire, puisque des êtres inférieurs, comme les lingules, se sont perpétués du cambrien jusqu'à nous*, puisque tel foraminifère actuel ne diffère pour ainsi dire pas des foraminifères les plus anciens, c'est-à-dire d'un de ces protozoaires qui semblent constituer les êtres les plus primitifs de tous, puisque tant d'autres formes redoulablement armées pour le combat ont disparu avant d'autres plus

prochements. Chacune d'elles prend une individualité en adoptant, pour ses divers membres, le principe de la division du travail physiologique, et devient ce qu'il a appelé une colonie solidarisée.

i. Dans la théorie de Lvmarck, qui fut beaucoup raillée lors de son apparition et qu'on appelle l'hérédité d'exercice, le milieu influe directement sur l'animal en amenant l'exercice fréquent de certains organes qui se développent, l'abandon de certains autres qui s'atrophient. Ces variations légères se transmettent pas l'hérédité et, si elles se réproduisent longtemps dans le même sens, elles fmissent par entraîner une modification notable. La théorie de Lamvrck a été reprise, plus récemment, par Hekbeht Spencer et par l'école américaine.

2. CuviER. si opposé à l'idée d'évolution, a, comme je l'ai fait remarquer plus haut, contribué, au contraire, à montrer cette influence du milieu. On peut remarquer que, dans la théorie de Darwix, lôtrc doit s'adapter ou mourir. L'influence du milieu devient ainsi une forme de la lutte pour la vie.

3. Cf. Herbert Spencer. Traité de biologie, ir&d. Ir., I, b40, etc.

4. Voir, page 19;), les figures 9 et iO, qui montrent, côte à côte, unelingule actuelle et une lingule cambrienne.

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