‹ La science géologique: ses méthodes, ses résultats, ses problemes, son histoire. 2. éd., rev. et augm. d'un index alphabétiqueChapitre 324 sur 356 · CHAP. XVII. - L'AVF.NIR DE LA TERRE 72T · texte numérisé non relu

CHAP. XVII. - L'AVF.NIR DE LA TERRE 72T

précises sur la chaleur spécifique du Soleil, c'est-à-dire sur le nombre de calories rayonnées, correspondant à une diminution d'un degré. Néanmoins Lord Kelvin l'a essayé et est arrivé, comme nous l'avons vu*, à admettre au maximum cinq ou six millions d'années.

On ^t, tout d'abord, surpris d'une telle conclusion. Nous trouvons si naturel de compter sur la chaleur du Soleil qu'on ne réfléchit généralement pas à quel point la dépense prolongée d'une si énorme quantité d'énergie est un phénomène extraordinaire et nécessairement momentané. On a remarqué pourtant, depuis longtemps, que, si le Soleil était un bloc de houille, il n'aurait pas duré cinq siècles. La chaleur ne peut lui être apportée qu'en quantité insigniiiante par les météorites. Les réactions chimiques, ou les frottements mécaniques, sont également des explications illusoires de sa température. 11 faut, de toute nécessité, qu il ait eu en lui, dès l'époque où il s'est constitué, à peu près toute l'énergie, qu'il dépense dans l'espace, sous forme de chaleur, de radioactivité, de lumière. La seule atténuation qu'on ait pu trouver à une telle loi est que cette énergie a dû être, d'abord, en partie, à 1 état potentiel et non directement à l'état calorifique : le Soleil, beaucoup plus volumineux à l'origine, étant soumis à une condensation progressive et ses éléments chimiques subissant peut-être des transformations internes, qui dégagent de 1 énergie -. Mais il n'existe là, en tout cas, que des provisions très limitées, et nous avons vu précédemment qu'il fallait, dans toutes les hypothèses, forcer les chiffres presque au delà des vraisemblances pour arriver à compter sur quelques dizaines de millions d'années.

11 est même probable que, depuis le début de la période historique, ou depuis 6 à 8.000 ans, la température solaire a dû subir une diminution appréciable, qui ne dépasse pourtant pas, d'après les calculs les plus plausibles, une fraction de degré.

C'est par ce refroidissement solaire que la Terre arrivera à la congélation. On s'imagine parfois que l'existence du foyer interne peut retarder ce phénomène ; mais, outre que ce foyer interne doit perdre de son côté peu à peu ses calories, son influence superficielle est, je l'ai déjà dit, à peu près nulle.

\. Page 124. note 2.

2. Voir plus haut, pages 124. 464 et 656. Je ne fais que rappeler les discussions nombreuses, auxquelles la conser\ation de l'énergie solaire a donné lieu, notamment entre 1Iir.n et Siemens dans les Ck)mptes Rendus de l'Académie des Sciences en 1883. Voir, également, les travaux de Loku Kelvi.v, Helmholtz, etc. Pour Laplacb. le système solaire devait être éternel. — Cf. Wolf : Les hypothèses cosmogoniques; FavÈ : Sur [origine du monde; Secchi : le Soleil, etc.

Uelmholtz a calculé que le Soleil, en se condensant, a dû perdre -jjjrde l'énergia transformable contenue dans la nébuleuse primitive.

Un autre phénomène à prévoir dans les hypothèses sur l'avenir de la Terre est une certaine diminution progressive dans notre réserve superficielle d'oxygène libre et d'eau *.

Le fait général et constant en géologie c'est, en effet, l'oxydation. La réduction n'est qu'un accident, presque toujours momentané et suivi d'une réoxydation inverse, à moins que l'oxydation ne se fût trouvée dépasser sa limite de stabilité '. Et cela se comprend puisqu'en principe les oxydations dégagent de la chaleur, tandis que les réductions en absorbent et qu'il y a tendance générale à mettre l'énergie sous la forme calorifique.

Cette oxydation se réalise à la superficie, aux dépens, soit de l'oxygène, soit de l'eau. Elle doit également se poursuivre en profondeur ; comme l'a montré M. A. Gautier, il s'y produit, sans doute, une dissociation de l'eau profonde, avec fixation de son oxygène et mise en liberté d'hydrogène; la Terre exhale, sans cesse, de l'hydrogène et probablement du carbure d'hydrogène, qui, une fois répandus dans l'atmosphère, obéissent tôt ou tard à la loi commune sous une excitation quelconque et s'oxydent, s'ils ne disparaissent vers l'espace.

Une des rares exceptions apparentes à cette loi est celle que présente la vie organique sous la forme végétale ; pendant une partie de leur existence, les plantes absorbent de l'acide carbonique pour fixer du carbone aux dépens de l'énergie solaire et sous son action directe ; mais ce carbone repasse rapidement à l'état d'acide carbonique et le phénomène ne change rien à la loi, sauf qu'il représente un des procédés, par lesquels nous arrivons à garder et utiliser un peu de l'énergie solaire, si inutilement dépensée dans l'espace.

S'il n'y avait pas prolongation de l'oxydation jusqu'à une certaine profondeur dans la Terre, on pourrait dire que les masses à oxyder superficiellement sont restreintes ; il est visible, en effet, que la plupart des éléments superficiels ont déjà atteint, dans l'oxydation, leur forme d'équilibre, comme suiïît à le prouver le grand excès d'oxygène, qui subsiste en face d'eux. Mais le phénomène se poursuit dans les zones situées au-dessous de la superficie, où, la géologie nous le montre, les filons métallifères, tant qu'ils ont échappé à celte action, affectent une forme réduite; il se poursuit dans l'intimité des roches, où subsistent constamment des particules de magnétite, de pyrite, de carbone, ayant échappé à la scorification générale ; le volcanisme, où

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