‹ La science géologique: ses méthodes, ses résultats, ses problemes, son histoire. 2. éd., rev. et augm. d'un index alphabétiqueChapitre 326 sur 356 · CHAP. XVII. — LAVKNIR DE LA TERRE · texte numérisé non relu

CHAP. XVII. — LAVKNIR DE LA TERRE

certaines parties se réchauffent et où de grandes masses d'eau viennent, pour une cause ou pour une autre, au contact des roches en ignition, précipite ces réactions. Donc, il doit y avoir appauvrissement d'oxygène dans notre atmosphère et l'on peut se demander si cette atmosphère if est pas destinée à disparaître totalement, comme cela paraît s'être produit pour la Lune.

Néanmoins il semble bien que, dès à présent, la presque totalité des parties réduites internes échappe, sous la protection de l'écorcede plus en plus épaisse, aux oxydations superficielles; celles-ci ne s'exerçant que sur des résidus de cette croûte et même seulement jusqu'à une faible profondeur dans l'enveloppe rocheuse, à peine quelques milliers de mètres, il n'apparaît pas, en somme, que ce phénomène soit destiné à absorber des quantités considérables d'oxygène et d'eau. Plus le temps passera, plus, l'écorce devenant stable et « colmatée » à la surface, il s'atténuera. L'atmosphère çl'oxygène et de \apeur d'eau, qui existe autour de la Terre, subsistera peut-être encore longtemps, après que la Terre se sera congelée et jusqu'au jour final où elle viendra se perdre dans le Soleil.

Cette dernière probabilité, à laquelle on ne saurait manquer de faire allusion, représente, en effet, l'avenir ultime de la Terre et la terminaison de ce qu'on pourrait appeler son existence individuelle; elle suppose, il est vrai, une variation progressive dans l'orbite; mais il est très probable que, si nous attribuons en astronomie une stabilité momentanée aux divers éléments de notre système solaire, c'est uniquement parce que, dans la très courte durée sur laquelle ont porté jusqu'ici nos observations, leurs variations sont du même ordre que nos erreurs expérimentales.

Il suflirait, au contraire, du moindre frottement dans les orbites planétaires, pour transformer les ellipses en spires de plus en plus rapprochées. Or, bien que ce soit presque un axiome de mécanique que les corps célestes n'exercent aucun frottement sur l'éther, comme nous savons, d'autre part, que cet éther est susceptible de transmettre des vibrations lumineuses, il est probable qu'un tel frottement existe * et que la Terre finira par aller tomber sur le Soleil, comme les météorites tombent sur la Terre.

i. Lord Kklvix a essayé d'appliquer le calcul à une théorie de la matière, semblable à celle qui a été' rappelée plus haut, page 705. Pour lui. les atomes sont des anneaux tourbillons engendrés dans un fluide parfait, qui remplit l'espace. La densité de réther(que l'on ne suppose ordinairement impondérable que pour la commodité des calculs et parce que ses frottements n'apparaissent pas encore dans la pratique de l'astronomie), a été calculée par lui en parlant de la somme de chaleur rayonnante solaire reçue par une certaine étendue de la Terre.

En résumé, nous voyons, de toutes façons, notre planète tendre, comme les individus, les nations ou les races, qui vivent à sa superlicie, vers ce qui, pour elle, représente la mort.

Un jour, elle sera tout entière solide et, les mouvements géologiques internes s'y arrêtant, les actions superficielles elle-mémes s'y ralentiront ; puis l'affaiblissement de la (chaleur solaire, ou la disparition de l'eau par oxydation, supprimeront ces mouvements de surface, eux aussi. En même temps, la vie aura disparu, faute de chaleur, faute d'air respirable. L'équilibre des réactions chimiques sera atteint et la Terre aura atteint le repos.

Mais ce repos doit-il être définitif ? Avec un peu d'imagination, on peut concevoir que non. Je parlais tout à l'heure du cas où la Terre irait tomber sur le Soleil. Notre système solaire lui-même peut aller en heurter un autre. D'autres hypothèses, telles que celle de Svante Arrhénius, ont été émises. Nous sommes alors tentés de concevoir l'avenir d'après ce que nous croyons entrevoir dans le passé. Notre système solaire, ou notre Univers visible, ne sont, sans doute, que des termes provisoires dans une série d'intégrations successives, qui ont rassemblé, tour à tour, suivant le hasard des rencontres et des attractions dans l'espace, les corpuscules, les atomes, les molécules, toutes les sous-divisions théoriques de la matière, puis ont formé la Terre et constitué les astres, jusqu'aux plus lointains de ceux que nous apercevons. Mais il y a autre chose au delà, dans ce noir sur lequel brillent les points lumineux des étoiles ; et rien, dans un monde qui nest pas sans bornes, ne saurait durer perpétuellement : comme la Terre ou le Soleil, l'ensemble de notre Univers visible ne peut manquer de rayonner de l'électricité lumineuse vers un Ailleurs quelconque, de dépenser sa force vive, d'aller en se condensant et s'éteignant ; comme eux aussi, ce groupement de soleils lumineux, qui forme notre Tout, est exposé à la rencontre d'un autre Univers. Alors l'annulation de force vive transformée en chaleur, la condensation lumineuse d'une matière nouvelle amèneraient un recommencement. Les lois physiques, que nous avons érigées en dogmes, telles que la conservation de l'énergie, sont nécessairement fausses, quand on les applique à un monde limité, si immense qu'on le suppose : l'Éternité ne nous devient concevable que lorsque nous arrivons à envisaq-er l'Infini.

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