Voir, notamment loc. cit., l, 21 et 823, II
2. II serait bien extraordinaire cependant que la chaîne alpine ait surgi, à la place d'anciennes mers, sans déterminer un reflux général des eaux sur d'autres
rie plus ancienne, d'après laquelle les soulèvements des montagnes, réputés alors des faits instantanés, auraient été l'origine de tous les mouvements des eaux.
Il a mis également en évidence la façon, dont « les Méditerranées et les plus vastes océans se forment et s'agrandissent par tronçons, par l'écroulement du globe terrestre ». Suivant lui, « l'écorce terrestre s'effondre, la mer suit ».
C'est bien, en effet, de cette façon que nous nous représentons aujourd'hui les côtes des océans à faciès Atlantique * brusquement tranchées par des cataclysmes successifs, qui en entaillent, l'un après l'autre, les divers segments : par exemple, le bord oriental du Groenland longtemps avant le bord occidental ; l'Ouest de la Méditerranée longtemps avant l'Est.
Ainsi l'on s'explique -ce fait si étrange et cependant si bien mis en évidence par l'ensemble des travaux géologiques qu'une môme série stratigraphique peut, si l'on ne cherche pas une précision rigoureuse, s'appliquer à toute la Terre, que partout le faciès et la faune crétacés succèdent au faciès et à la faune jurassiques. Des limites de terrain, établies d'après des lacunes constatées en Europe et, notamment, en Angleterre, se trouvent étendues approximativement à tous les autres pays; partout on voit, en même temps, à certaines dates caractéristiques, la mer changer de place et la faune se transformer. C'est ce qu'on appelait, en 1850, « les créations successives » ; c'est ce que Heer a nommé plus tard « la refonte successive des organismes ». Quelques tempéraments que le progrès des explorations amène peu à peu dans ces affirmations absolues, quelques transitions, quelques contradictions même que l'on observe, il n'en paraît pas moins établi qu'il y a eu des « dates caractéristiques » dans l'histoire de la Terre : des dates, correspondant surtout à des effondrements.
Et, à l'appui de cette idée, M. Suess a fait remarquer avec quelle lenteur, quelle tranquillité, quelle uniformité, quelle progression d'une région à la suivante semblent s'être produites les transgressions, les mouvements positifs de la mer, en abrasant les continents antérieurs, sur lesquels leurs dépôts se sédimentaient uniformément, tandis
continents. Il peut être utile de remarquer, à ce propos, que nous ne connaissons probablement pas l'âge réel des chaînes montagneuses, puisqu'on est porté à considérer aujourd'hui une grande partie de leurs plissements (au moyen desquels nous les datons), comme s'étant produits en profondeur et n'ayant été mis ù jour que dans la suite par l'érosion, en sorte que la discordance peut ne pas apparaître entre les terrains qui encadrent directement l'époque où le mouvement a eu lieu et se manifester seulement au-dessus d'étages plus anciens. i. Voir page 253, la différence ontre le faciès Atlantique et le faciès Pacifique.
CHAP. m. — LOEUVRE DE M. ED. SUESS 87
que les mouvements négatifs, les régressions, les reculs des eaux paraissent presque soudains : ce qui a tout naturellement conduit à envisager ces derniers comme fixant des dates mieux déterminées, susceptibles de fournir des limites à nos étages. C'est ainsi qu'un hasard favorable a permis à la stratigraphie de se constituer, avec des facilités toutes spéciales, en Angleterre et dans le Nord de la France, parce que, ces pays sétant trouvés être le champ de débordement de la Méditerranée, on y saisissait, d une façon particulièrement nette, les avancées et surtout les rebroussements des eaux, marqués par des lacunes dans la sédimentation.
Telle est la théorie générale, sur laquelle les discussions restent ouvertes. Il est possible que cette forme spéciale, sous laquelle la synthèse a été présentée, se démode comme les autres théories antérieures, que ses parties caduques attirent même de préférence l'attention de la génération prochaine, et qu'un jour on soit tenté de la traiter, comme on l'a fait pour celles de Léopold de Buch ou d'Élie de Beaumont, avec quelque injustice. La moitié au moins de la Terre nous est encore si mal connue, le soubassement géologique des grands océans est, en dépit des sondages, si complètement ignoré que, d'ici vingt ou trente ans, on aura peut-être bouleversé nos généralisations à la lumière des découvertes nouvelles. Il faut toujours, dans une science d'induction comme la géologie ou l'histoire, s'imaginer, après un merveilleux effort pour reconstituer les faits anciens, que l'on serait extrêmement surpris et humilié, si, par quelque prodige, on pouvait se trouver assister à ces faits eux-mêmes. Il rfen est pas moins vrai que cette étape future de la science sera, en très grande partie, franchie grâce au service que M. Suess aura rendu en façonnant les explorateurs à une discipline nouvelle, en leur apprenant à chercher dans la tectonique autre chose que ce qu'ils y voyaient auparavant, en leur donnant la pensée de coordonner des observations, qu'ils auraient peut-être, sans lui, laissées éparpillées. Si les lacunes de son livre apparaissent, c'est parce que lui-même aura donné l'idée de les chercher.
Ainsi que je le disais en commençant cette histoire de la méthode géologique, dont nous avons maintenant atteint le couronnement, le rôle de l'hypothèse est de fournir le lien, au moyen duquel on rattache momentanément les faits épars, qu'on recueille, dès lors, avec plus de zèle et qui risquent moins de se perdre en s'éparpillant. Plus tard, au lieu d'un lien, on en prend un autre : mais le premier n'en a pas moins été utile. Quand on repasse l'histoire d'une science quelconque, on est frappé de voir combien 1 humanité se répète, dès qu'il s'agit de
remonter aux causes premières, sans arrêter pourtant jamais sa marche en avant pour ce qui concerne leurs effets.
Il en est un peu des théories scientifiques comme de certaines formes paléontolo^iques . Quelques types principaux, apparus de bonne heure, évoluent parallèlement dans des zones de cultures diverses, tour h tour apportés, détruits ou rapportés par des courants sur le même point, en sorte qu'on les y voit reparaître périodiquement, après des transformations de pure forme, tout juste suffisantes pour masquer leur identité fondamentale.
Ainsi l'on a pu ramener toutes les théories géologiques, dont nous venons de retracer la succession, à trois types principaux, qui s'expliquent d'eux-mêmes parleurs noms : le Gatastrophisme, l'Uniformilarisme (ou Actualisme) et l'Evolutionnisme. Pour les partisans du premier système, il se produit des changements brusques; pour ceux du second, rien ne change ; pour ceux du troisième, les changements sont lents.
Avant toute observation pratique, le catastrophisme a été la doctrine des rêveurs imaginatifs et l'uniformitarisme, celle des méticuleux confinés dans un champ trop restreint ; après des observations très multipliées, l'évolutionnisme est devenu la transaction des éclectiques en présence de la complexité des faits ; mais les doctrines extrêmes retrouvent alternativement leurs phases d'engouement, sans parler des époques où l'on prend en horreur toute espèce de théorie et de système : ce qui aboutit inconsciemment à une forme de théorie encore.
A la fin du xviii^ siècle, Buffon faisait, on l'a vu, profession d'actualisme, jusqu'à expliquer la formation des montagnes par la combustion profonde de la houille. Puis, delSOO à 1850, la géologie française, malgré quelques exceptions comme celle de Lamarck, a été vouée au catastrophisme de Cuvier, ded'Orbigny, ou même d'Élie de Beaumont; de 1830 à 1870, on est devenu peu à peu évolutionniste, en s'appuyant d'abord sur les observations de Barrande (anti-évolutionniste lui-même), puis sur les hypothèses de Darwin; après 1870, l'uniformitarisme de Lyell et de Constant Prévost, qui, par une contradiction apparente, s'associait avec le transformisme de Darwin, a joui d'une grande vogue momentanée ; enfin, depuis 1880, l'influence prépondérante de M. Suess a redonné droit de cité scientifique au mot de cataclysme, que Lartet, en 1862, avait solennellement banni de la géologie; mais nous touchons, sans doute, au moment où la roue va de nouveau tourner.
CHAP. m. — DATES DE LA GÉOLOGIE DU XVHI» AU XIX» SIÈCLE 89
DATES PRINCIPALES DE LA SCIENCE GÉOLOGIQUE DEPUIS LA FIN DU XVIII» SIÈCLE JUSQU'A 1900 '
1779-1796. De Saussukk (1740-1799)». Voyages dans tes Alpes, 8 vol. (Xeufchàlel).
1781. IIaûy (1743-1822). Premières communications à l'Institut sur la structure des cristaux (10 janvier et 22 août).
1783-1796. UosTÉ DE LIslr (1736-1790. Cristallographie, 4 vol. {i- édition d'un ouvrage paru en illi).
178k Haûv. Essai sur la structure des cristaux.
1787. Werxer (1750-1817). Kurze Klassifikation und Beschreibung der verschiedenen Gebirgsarten (in-4*', 28 p. Dresden).
1790. W. Smith (1769-1839). Tableau (resté inédit) des couches du comté de
Bat h.
1791. Werxer. Neue Théorie von der Enstehung der Gange (Freiberg).
1795. HuTTON (1726-1797). Theorij of the Earth.
1796. CuviER (1769-1832). Premier mémoire paléontologique sur l'éléphant
fossile, lu le 20 janvier 1796 à l'Académie des Sciences.
1796. Db S.\ussure). Agenda, ou tableau général des observations et des recherches dont les résultats doivent servir de base à l histoire de la terre (Journal des Mines, t. IV, n" xx).
1797-1801. Premières expériences de géologie expérimentale et de synthèse de roches par James Hall. Reproduction synthétique du marbre.
1797-1801. Hauy. Traité élémentaire de minéralogie et Traité en 4 volumes.
1807-1808. Fondation de la Société géologique de Londres et de la Société wernérienne d'Edimbourg.
1808. CuviER ET Alex. Brongxiart. Essai sur la géographie minéralogique des environs de Paris.
1S15-I816. W. Smith. Strata identified by organized fossils.
1815-1822. Lamarck (1744-1829). Histoire naturelle des animaux sans vertèbres.
1815. Lèopold de Buch (1769-1853). Voyage à .Madère et aux îles Canaries.
1819. Daubuisson de Voisins. Traité de géognosie, 2 vol.
1821. Alex. Brosgslart. Sur les caractères zoologiques des formations (Ann.
des mines).
1822. Coxybeare AND Phillips. Outlines of the geology of England and Wales.
(Première échelle slratigraphique complète). 1822. CuviER. Discours sur la théorie de la terre, servant d'introduction aux
1. Les dates qui suivent le nom de l'auteur, à la mention de son premier ouvrage cité, sont celles de sa naissance et de sa mort.
2. Cette liste, donnée sans aucune prétention de rigueur bibliographique, a uniquement pour but de fixer la date d'apparition des principaux ouvrages et mémoires et celle les événements ayant marqué dans la science géologique. Gomme bibliographie proprement dite, je me contenterai de renvoyer au Catalogue des Bibliographies géologiques par M. Emm. de Margerie (1896), qui renferme, notamment, une liste d'ouvrages relatifs à l'histoire de la géologie. On peut consulter, pour toutes les dates relatives à l'Histoire des Sciences, le dictionnaire de Poggesdorff, continué par Febdkrsen et Œttisgw : Biographisch-literarisches Handwôrterbuch zur Geschichte der exaclen Wissenschaften. etc., (4 vol. gr. in-8», Leipzig, 1838-1904.)
recherches sur les ossements fossiles (devenu, dans les éditions ultérieures, le Discours sur les Révolutions du globe, 1822).
4822-1840. Eue de Beaumont et Dufrénoy. Levés de la carte géologique de la France publiés en 1890.
1823. De Hcmboldt (1769-1859). Essai gèognostique sur le gisement des roches dans les deux hémisphères (in-4°, Paris),
1825. G. PouLETT ScROPE. Considérations on volcanoes.
1827. G. PoDLETT ScROPE. Geology and extinct volcanoes of Central France.
1827. De Buch. Physikalische Beschieibung der Canarischen Insein (in-4° et
atlas, Berlin).
(Théorie des Cratères de soulèvement).
1828. Commencement des cartes géologiques départementales en France.
1829. Eue de Beaumont (1798-1874). Recherches sur quelques-unes des révolu-
tions de la surface du globe, p. 5 et 284 ; XIX, p. 5).
(!•' mémoire présenté à l'Académie sur les systèmes de montagnes et suivi d'un rapport par Brongniart). (Ann. Se. Nat., XVIII).
1830. Fondation de la Société géologique de France par Constant Prévost,
Boue, Deshayes, etc.
1830. Création d'un cours de géologie à la Sorbonne par Constant Prévost.
1830-1833. Lyell (1797-1875). P/'incip/es of geology, being an Inquiry hotv far the former changes of the Earths Surface are referable to causes now in opération.
1831-1836. Croisière du « Beagle » (Darwin).
1833. Dufrénoy et Élie de Beaumont. Sur les groupes du mont Dore et du Cantal et sur les soulèvements auxquels ces montagnes doivent leur relief. (Ann. des Mines, 3« sér., t. III; Bull. Soc. géol., III, p. 205-274).
1833. Discussion des cratères de soulèvement à la Société géologique.
1834. De la Beche. Researches in theoretical geology (London).
1834. Studer. Géologie der westlichen Schweizeralpen.
(Première étude d'une région de hautes montagnes plissées). 1834-1838. Dufrénoy et Élie de Beaumont. Mémoires pour servir à une description géologique de la France.
1834-1847. A. D'OaBir.NY. Voyage dans VAmérique méridionale.
1835. Organisation du Geological Survey d'Angleterre.
1836. Élie de Beaumont. Origine et structure du mont Etna (C. R. Ac. des Se.
et Ann. des M., 3« sér., t. IX, p. 175).
1838. De la Beche (1796-1855). Hoio to observe in geology.
1838-1841. Gressly. Observations géologiques sur le Jura Soleurois (Mém. Soc. Helvct. Se. nat.).
(Notion des faciès contemporains).
1839. MuRCHisoN (1792- 1871). The silurian System.
(Établissement de l'échelle des terrains primaires). 18391842. Croisière du « Porpoise » (Dana). 1840-1847. Agassiz. Études sur les glaciers; Nouvelles Études sur les glaciers
actuels.
1840-1856. A. D'Orbigny (1802-1857). Paléontologie française. 1841. J. dk Charpentier. Essai sur les glaciers et le terrain erratique du bassin
du Rhône.