‹ La science géologique: ses méthodes, ses résultats, ses problemes, son histoire. 2. éd., rev. et augm. d'un index alphabétiqueChapitre 42 sur 356 · CHAP. I». - L'OEUVRE DE M. ED. 8UESS · texte numérisé non relu

CHAP. I». - L'OEUVRE DE M. ED. 8UESS

reculées*. Les causes des grands mouvements positifs et négatifs reconnus dans les eau.x marines, des « transgressions » et des « régressions », sont alors, suivant lui, à chercher ailleurs, dans des déplacements eustatiques, c'est-à-dire généraux, de l'enveloppe aqueuse, de l'hydrosphère; elles lui semblent en relation avec deux phénomènes distincts : l'un encore mal déterminé, qui, probablement sous l'influence d'une cause astronomique, ramène périodiquement, comme une sorte d'immense marée, les mers de l'équateur au pôle, du pôle à l'équateur, mais sans déterminer en somme de changement appréciable dans la forme des continents; l'autre, qui consiste en de brusques effondrements, des cataclysmes soudains, des écroulements de l'écorce terrestre, par suite desquels la mer est rapidement appelée vers ces cavités nouvelles et baisse partout de niveau : après quoi, le comblement progressif des mers par les sédiments fait lentement remonter le niveau général des océans; chaque grain de sable, apporté par un torrent à la mer, contribue, pour sa faible part, à déterminer un mouvement positif universel des eaux.

Cette théorie, qui, sans être exprimée dans la « Face de la Terre » aussi catégoriquement, forme cependant la base du grand ouvrage de M. Suess, n'en est pas peut-être, dans sa totalité, la partie laplus durable ; elle en est, en tout cas, la partie la plus contestée. Malgré tous les arguments accumulés par M. Suess, il semble bien que la Terre n'a pas, actuellement, entre deux cataclysmes, la stabilité qu'il lui attribue et qu'il s'est toujours produit, comme je le redirai au chapitre de la « Géologie en action », des mouvements locaux de l'écorce dans un sens et dans l'autre, déterminant des déplacements, également locaux, des rivages, ici des affaissements, là des relèvements, sans qu'il faille nécessairement leur chercher une cause générale. L'idée, que nous nous faisons de cet édifice construit de matériaux hétérogènes, permet, d'ailleurs, d'y supposer de prime abord, avec quelque vraisemblance, des tassements, des contractions, des déplacements relatifs entre des zones voisines et dont les mouvements conservent une certaine indépendance.

Néanmoins, M. Suess paraît avoir bien démontré l'existence de ces grands mouvements eustatiques, auxquels il nous semble seulement attribuer trop de généralité et une importance trop exclusive, de même qu'il a fait voir avec netteté le peu d'influence directe des plissements montagneux sur les transgressions marines*, contrairement à la théo-

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