I. — Minéralogie. Histoire, But et Procédés
La minéralogie est, sans doute, une des sciences les plus anciennes; car, de très bonne heure, l'homme le plus sauvage a dû avoir les yeux attirés par certains cailloux brillants et colorés à faces nettes, semblant comme taillés et ciselés par la nature. Très vite aussi, on a appris à reconnaître empiriquement ceux de ces cristaux, qui pouvaient être de quelque utilité, ne fût-ce que pour la parure, et l'on a prêté des vertus merveilleuses, des propriétés médicinales à ceux, dont l'éclat et la beauté avaient particulièrement attiré l'attention ^ Ces qualités plus ou moins réelles des pierres ont fait, jusqu'au xvi« et au xvii* siècle, l'objet de toute une série de livres, tels que ceux de Pline, de Marbodus, d'Albert le Grand, de Robert de Boèce, etc., que l'on peut, si on le veut, considérer comme de premiers traités de minéralogie. L'ouvrage de Buffon, écrit en 1782, qui constitue un véritable traité de géologie appliquée, résume bien cette série de connaissances empiriques, acquises pendant une longue suite de siècles ; mais l'étude sérieuse des cristaux n'a réellement été fondée, vers ce moment, que par Rome de l'Isle-, et,
1. Voir: Les Vertus des pierres précieuses. (La Nature, 16 avril 1904.)
2. Essai de Cristallographie, 1772. Cristallographie. 4 vol. 1783-1796. «Rome de l'Isle, dit Chvier, qui s'occupait depuis longtemps des cristaux sans avoir seulement soupçonné le principe de leur structure, eut la faiblesse de vouloir combattre Hauy, quand celui-ci l'eut découvert. Il trouva plaisant d'appeler M. IIaùy un cristalloclaste, parce qu'il brisait les cristaux (pour observer leurs clivages). » On cite encore, comme précurseurs très incomplets d'lI.A.uï, H.i.NSE.\ et Gau.\, qui avaient remarqué
surtout, par l'admirable Haûyi. Avant Rome de l'Isle, un français Carangeot avait inventé le goniomètre d'application, au moyen duquel on peut mesurer les angles des cristaux. En employant cet instrument, Home de l'Isle, qui a créé le nom de cristallographie, démontra, en 1783, la constance des angles dans une même espèce, puis le rôle des macles et celui des pseudomorphoses, mais sans savoir en déterminer, ni la loi générale, ni la cause, ni l'origine. Enfin, Hauy a expliqué toutes les innombrables apparences cristallines, extrêmement diverses, d'un même corps, véritable chaosjusque-là, pardes propriétés géométriques simples, qui lui ont permis, indépendamment de toute analyse, de reconnaître l'identité d'une même espèce sous des formes différentes et la différence des espèces sous des formes analogues.
La découverte d'Haûy a surtout une importance de premier ordre pour la géométrie et l'optique des cristaux, c'est-à-dire pour leurs propriétés physiques, qui ont fait de la cristallographie un de nos moyens les plus parfaits pour pénétrer dans la constitution même de la matière. 11 suffit ici de remarquer qu'il a mis en évidence une loi de symétrie, qui doit dominer tout le monde physique, en vertu de laquelle une modification de la forme cristalline doit nécessairement se répéter sur tous les éléments de même espèce (faces, angles ou arêtes), réellement identiques entre eux. De la sorte, un cristal très compliqué peut, en le dépouillant de ses faces secondaires, être réduit à une forme primitive, qui le détermine. On est ainsi amené peu, à peu à reconnaître que toutes les formes cristallines procèdent de sept systèmes géométriques, définis par leur assimilation avec autant de polyèdres, dont ils présentent les éléments de symétrie, de plus en plus incomplets (cube, prisme hexagonal, prisme quadratique, rhomboèdre, prisme orthorhombique, prisme clinorhombique, prisme asymétrique'). En
déjà l'imporlance des clivages et surtout Bergh.^nn (Delà forme des cristaux et principalement de ceux qui viennent du spath, 1773, Upsal ; traduit par G. de Morveau), auquel on doit des observations utiles, avec cette erreur capitale d'avoir voulu attacher au rhomboèdre du spaih môme le quartz ou le grenat.
1. Essai sur la structure des cristaux (1784). — Traité de cristallographie (1822). (Voir son éloge historique par Cuvier.) — H\ûy (1743-1822) avait commencé par être l'élève de Daubenton. Cuvier a raconté comment, étonné de ne pas rencontrer dans les minéraux la constance des formes qui existe dans les plantes, il trouva la solution le jour où un prisme de calcite, en se cassant suivant ses clivages, lui montra les formes rhomboédriqucs du spath d'Islande. Son premier mémoire sur les grenats et spaths calcaires est du 10 janvier 1781 ; le second, du 22 août 1781. L'effet produit fut tel que, dé.s 1783, l'Institut nomma IIauy à la première place vacante, comme adjoint dans la section de botanique, puis, en 1788, comme associ; dans la section de minéralogie. Plus tard, IIauy, quoique prêtre non assermenté, fut nommé par la Convention, conservateur et professeur à l'Kcole des mines. Il devint, en outre (en 1802), professeur au .Muséum et à la Faculté des Sciences.
2. La symétrie apparente d'un cristal est généralement bcaticoup plus grande que sa symétrie réelle, ainsi qu'on le constate par les anomalies optiques.