‹ La science géologique: ses méthodes, ses résultats, ses problemes, son histoire. 2. éd., rev. et augm. d'un index alphabétiqueChapitre 8 sur 356 · INTRODUCTION. — LE BUT DE LA SCIENCE GÉOLOGIQUE · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. — LE BUT DE LA SCIENCE GÉOLOGIQUE

quand ces phénomènes auront été enregistrés et groupés à leur tour, quand on en aura établi le synchronisme par des explorations attentives portant sur toute la surface de la Terre, quand, en résumé, 1 histoire antéhumaine de notre planète aura été déchiffrée, qu'on sera réellement fondé à en donner l'explication décisive et qu'on apportera à l'astronomie, à la physique, à la chimie, les révélations capitales, qu'elles attendent de la géologie. Jusque-là, nous travaillons dans le provisoire et dans l'hypothèse, satisfaits seulement d'ajouter au répertoire déjà vaste des faits enregistrés quelques petits faits nouveaux, avec leur interprétation de détail et avec une hypothèse plus au moins plausible, destinée à les relier aux faits antérieurs.

La géologie étant ainsi conçue et divisée dans son ensemble, on naperçoit pas, tout d'abord, pourquoi l'on y confond deux histoires, qui, jusqu'à preuve du contraire, nous apparaissent bien distinctes : celle de la matière et celle de la vie, qui se trouve exister sur une portion de cette matière; la seconde appartenant, suivant notre classification actuelle, à un tout autre ordre de sciences que la première. Mais, outre que, dans les deux cas, il s'agit de raconter l'histoire de la Terre en des temps lointains, où l'on doit se garder d'en rompre l'unité, cela tient surtout à ce que l'histoire de la vie est, pour le géologue, un moyen d'investigations presque autant qu'un but de recherches. C'est, en grande partie, grâce aux transformations de la vie, qu'il a pu reconnaître et dater les phases, sans cela méconnaissables, de l'histoire matérielle. La géologie historique s'est ainsi trouvée englober tout naturellement la paléo-biologie et pourrait même comprendre, si l'on imaginait le moyen d'en retrouver les traces dans les dépouilles du passé, la paléo-psychique, c'est-à-dire l'histoire de l'évolution ancienne, qu'a pu subir notre faculté pensante : domaine obscur, auquel s'attaquent, en effet, déjà certains anthropologistes hardis, envahissant ce canton spécial de la géologie, que l'on appelle la préhistoire.

On voit quel intérêt philosophique s'attache aussitôt à ces conclusions historiques, vers lesquelles aspire le géologue. L'histoire de la matière, de la vie et de la pensée sur notre globe, c'est, en effet, l'un des problèmes fondamentaux, qui s'imposent à notre esprit ; et l'on se rend compte alors pourquoi les philosophes naturalistes, gens volontiers impatients, toujours pressés d'affirmer et de relier entre elles des solutions que la prudence scientifique porte à différer, assaillent le géologue de questions, qui font, sans doute, partie de son programme futur, mais dont il ne peut espérer atteindre la solution avant de très longues années et sans avoir franchi d'abord toutes les étapes antérieures. Il sera fait bientôt une place ici à ce champ nébuleux et attirant des hypo-

thèses ; mais il importait de dire, avant tout, que là n'est pas encore, à beaucoup près, la zone d'activité présente.

Revenons maintenant sur les trois divisions, que nous venons d'établir dans le programme des géologues : description, histoire, interprétation. C'est la première, qui occupe de beaucoup et qui ne peut manquer d'occuper la plus large place dans les traités de géologie proprement dits. Il faut, avant tout, que l'apprenti géologue sache reconnaître et nommer les roches ou terrains, qu'il rencontre; il est donc indispensable qu'il possède un répertoire méthodique de toutes les roches et terrains antérieurement étudiés et définis par d'autres ; qu'il ait une description rationnelle et minutieusement complète des types de roches éruptives et des diverses séries de terrains sédimentaires existant à la surface du globe. Aucun effort de synthèse n'est possible pour lui sans cette détermination préliminaire des terrains, fondée sur des rapprochements précis, et celle-ci elle-même exige une classification, également ordonnée, des minéraux qui composent les roches, des organismes fossiles qui servent à définir l'âge des sédiments : c'est-àdire qu'un traité de géologie professionnelle suppose des traités antérieurs de minéralogie et de paléontologie ^

Si l'on ajoute que l'interprétation des phénomènes géologiques ne peut se faire sans une comparaison avec les formations, destructions ou remaniements de terrains et roches actuellement effectués à la surface du globe et exige, par conséquent, une description attentive de ceux-ci, on aura les divisions nécessaires de ce que l'on peut appeler un traité de géologie professionnelle, un traité destiné uniquement à former des géologues de métier : description des phénomènes actuels ; description des roches éruptives ; description des terrains sédimentaires classés par ordre chronologique ; description des relations que présentent entre eux ces terrains, de leurs plissements, de leurs dislocations, etc. (tectonique ou orogénie) ; description des gîtes métallifères (métallogénie). Cela fait, une place, forcément restreinte, bien que de plus en plus étendue dans les meilleurs ouvrages récents, est réservée à l'histoire ou à l'interprétation. Le traité de géologie conforme aux programmes officiels est parfaitement conçu pour former des géologues ; mais, si l'on considère que la géologie sur le terrain est, en réalité, pratiquée par un nombre très infime de personnes dans notre pays, on s'expliquera peut-être comment, pour tous les autres qui ne la connaîtront jamais que par la préparation à des examens en Sorbonne, notre

1. Voir, page 68, ou encore pages 12 et 38, re.xplication des noms techniques employés ici.

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