‹ La science géologique: ses méthodes, ses résultats, ses problemes, son histoire. 2. éd., rev. et augm. d'un index alphabétiqueChapitre 7 sur 356 · INTRODUCTION. — LE BUT DE LA SCIENCE GEOLOGIQUE · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. — LE BUT DE LA SCIENCE GEOLOGIQUE

Ces sciences, que nous avons tant multipliées, ne sont que les innombrables rameaux d'un même arbre, dont les maîtresses branches, ayant éparpillé leurs rejetons au loin, semblent parfois toutes nues. Ce sont pourtant ces maîtresses branches qu'il importe de considérer.

Laissant de côté ici les phénomènes, qui se passent au-dedans de notre pensée, tous les autres phénomènes, qui nous semblent extérieurs et objectifs, quelle que soit en réalité leur essence, constituent, au sens propre du mot, la physique, ou science de la nature, dont la mécanique nest que la traduction mathématique. Dans cette science delà nature on pourrait établir une première grande coupure, fondée sur l'existence ou la non-existence de ce que nous appelons la vie et l'on aurait ainsi : d'une part, la biologie (zoologie ou botanique) ; d'autre part, la science de la matière et celle de la force, qui, sans doute, ne font qu'un en définitive (cosmogonie et énergétique j.

La géologie, comprise dans son acception la plus vaste, et en traduisant seulement les mots grecs qui forment son nom, devrait être la Science de la Terre ; elle devrait donc se proposer d'étudier, à tous égards, notre globe, en lui-même, en tant que partie de l'Univers et en tant que support des êtres organisés. Ainsi entendue, elle embrasserait une partie de la physique ou de lénergétique, la chimie, la géographie et la biologie.

On restreint nécessairement un programme aussi démesuré et la géologie théorique se contente de chercher à fournir: 1° la description de la constitution terrestre actuelle ; 2° l'histoire de la Terre et de ses variations structurales dans le passé ; 3° l'interprétation physique, chimique et astronomique de cette constitution et de cette histoire. En même temps, elle poursuit divers buts pratiques, dont les principaux sont la découverte des richesses minérales et celle des eaux souterraines, la prévision générale de la nature profonde du sol d'après son apparence superticielle.

C'est, par suite, en quelque sorte, un chapitre de l'astronomie, où il ne serait question que de notre globe à l'exclusion de tous les autres, mais où l'on se poserait, à son propos, les mêmes problèmes, que soulèvent et permettent, en général, moins bien de résoudre tous les éléments de matière groupés en noyaux plus ou moins volumineux dans l'ensemble de l'Univers.

les objets tels qu'ils se présentent à un instant déterminé (point de vue auloptique) ; 2» en ce qu'ils ont de caché au même instant (point de vue cryptoristigue) ; i' dans leurs variations visibles (point de vue Iroponomiquej ; 4» dans l'enchaînement caché de ces variations (point de vue cryptologique). Ce sera pour nous : 1» l'observation ; 3» l'observation et l'expérimentation ; i* et 4» l'interprétation (voir plus loin. p. 15).

Même limitée à ces bornes, la géologie a encore un but assez beau, puisqu'en nous faisant connaître, dans sa structure intime et dans sa genèse, la seule parcelle de cet Univers, sur laquelle nos observations puissent porter directement, elle nous permet de raisonner, par comparaison et par induction, sur cet espace infini, dont la seule pensée trouble si profondément nos prétentions à tout comprendre et dont l'immensité sans bornes nous sera toujours aussi inintelligible que le seraient ses limites.

Dans la définition, qui vient d'être donnée de la géologie, on aura remarqué trois pj^rties bien distinctes : 1° la description des phénomènes, 2° leur histoire, et 3° leur interprétation; parties, dont l'intérêt philosophique va évidemment en croissant dans l'ordre où nous venons de les énumérer, c'est-à-dire que, pour un esprit un peu enclin à étendre la physique jusqu'à ces frontières indécises où elle confine à la métaphysique, la géologie sera, avant tout, l'étude des lois, qui ont amené le groupement spécial de la matière cosmique sous la forme que présente la Terre et développé la vie sur cette matière. C'est là, en somme, un problème de physique, ou, si l'on veut, de physicochimie ; mais la géologie se différencie aussitôt des autres sciences physiques, qui admettent, avec quelque présomption, la constance immuable des manifestations phénoménales déterminées par les mêmes causes et, par conséquent, l'inutilité d'en observer l'évolution, en ce qu'elle est également, dans son principe, une science naturelle et, dans son application, une science historique. Il est, en effet, impossible d'interpréter, d'expliquer des phénomènes géologiques, dont la durée embrasse des milliers et des millions d'années, sans commencer d'abord par en reconstituer l'ordre chronologique et par les raconter à la manière des historiens : ce qui, pour n'être pas moins nécessaire dans renonciation des autres phénomènes physico-chimiques, occupe néanmoins peu l'attention de ceux qui les observent, parce que ces phénomènes plus brefs se passent sous les yeux même du savant et que les phases s'en inscrivent tout naturellement sur son carnet de notes, ou même, automatiquement, sur ses graphiques enregistreurs.

Quand nous examinerons tout à l'heure la méthode géologique, nous verrons comment, de proche en proche, on a d'abord reconstitué des séries chronologiques, des sortes de listes de Manéthon, dans lesquelles on s'efforce aujourd'hui d'intercaler à leur place les phases principales de l'histoire de la Terre, révélées, au milieu de ces séries, par des pertur- Dations analogues à celles qui interrompent les listes de rois en des périodes de désordres violents ou de révolutions, et ne nous les transmettent alors que mutilées, bouleversées, en désordre. C'est seulement

Page 1