‹ La science [musicale] grégorienne; revues diverses, 1898-1908Chapitre 16 sur 127 · GRENOBLE · texte numérisé non relu

GRENOBLE

IMPRIMERIE F. BROTEL & C" • 4, rue Lafayette, 4

S*»^âÈS*«St»^-5«SS^5*f^î»S<S5sa?<ï#S3ÇîfSJS,5#^3cî*?^

Réponse aux articles de M. l'Abbé Vigourel

Les lecteurs de cette Revue n'auront pas manqué de lire avec intérêt les quatre articles (i) que M. l'abbé Vigourel a bien voulu consacrer à l'étude de mon ouvrage, et je le remercie, en toute sincérité de sa courtoisie.

Un certain nombre de ces lecteurs s'est réjoui de voir mettre à néant!! mon œuvre, je le sais, mais peu m'importe en ce moment, l'avenir se charge de mettre au point toutes choses en leur temps.

S'il est vrai que, selon mon honorable et vénéré critique, mon œuvre doive être considérée comme non avenue ou peu s'en faut, et qu'il convienne de continuer à chanter « avec cœut^ », — ce

3ui ne signifie rien théoriquement , selon la méthode bénéictine, il est également vrai de dire que le plan, le but et la portée de cet ouvrage ont pu lui échapper.

Ils lui ont réellement échappé , à lui comme à beaucoup d'autres de mes critiques trop pressés de prémunir leurs coopérateurs contre les tendances de mon œuvre, et, ce jugement, sans appel aux yeux d'un grand nombre de dilettantes, appartenant spécialement au monde ecclésiastique, peut être entaché d'erreur.

M. l'abbé Vigourel me permettra donc de défendre mes conclusions, et de même qu'il a formulé son opinion en toute franchise, il voudra bien ne^pas se formaliser de la précision de mes expressions.

Je fais deux parts dans son étude : dans l'une, je retiens tout ce oui est du ressort de la science musicale purement grégorienne ; dans l'autre, je rassemble tout ce qui n'est, à proprement parler, cjuedu sentimentalisme, sorte d'appel au jugement — j'allais dire à la jugeote — des amateurs, des maîtres de chant de nos séminaires.

A ces derniers, l'instruction musicale par trop aléatoire qu'ils ont acquise de leurs condisciples devenus momentanément

(t) Voyez nf" de février, mars, avril et mai, de la Revue du Chant Grégorien.

leurs maîtres, commande de se perfectionner dans la science grégorienne, par un travail personnel, avant de se faire les champions d'une cause — que ce soit celle de Solesmes, celle du R. P. Dechevreus, ou la mienne — dont ils sont incapables à l'heure actuelle de juger le fort et le faible, et qui pour eux est bonne ou mauvaise uniquement parce que M. l'abbé X*" ou le R. P. Y (leur professeur; a dit ceci ou cela.

Tout ceci est très dur, mais doit être dit, et on me rendra cette justice que ma critique, à mots couverts, est bien anodine à côté

de celles adressées par MM. Lhoumeau, Dabin, etc , à tous

ceux qui, dans le monde ecclésiastique, forment la portion dite : « ynusïcientie enseignante ou exécutante. »

Critiques que le lecteur est à même de lire dans chaque numéro de cette Revue (i).

Mais, d'abord, pourquoi M. l'Abbé me place-t-il si haut dans l'esprit de nos communs lecteurs, en écrivant, « v. p. 1 13, (6<= alinéa) : Que cette tentative hardie et d'aspect scien'ifique vienne à avorter, qU'.l appoint en faveur de la méthode bénédictine,

QL'I NE PARAIT PAS AVOIR, JUSQU'lCI, RENCONTRÉ SUR SA ROUTE d'aD- VERSAIRE MIEUX ARME !! »

Oui, certes, quel appoint! et je remercie publiquement mon docte contradicteur de sa courtoise et flatteuse appréciation, mais aussi « quelle lamentable chute » si cette tentative résiste à l'assaut qu'il pense m'avoir livré.

Or, je vais montrer que si « ma tentative vient à avorter » ce ne sera certes pas sous la poussée à peine sensible que sa critique superficielle lui a imprimée.

Arrivons aux faits, aussi succinctement que possible pour ne pas fatiguer le lecteur.

Je relève en premier lieu (même page 1 13) deux inexactitudes, grosses de conséquences, que, comme homme du métier, je ne puis laisser passer, car elle donnerait à penser que j'ignore totalement l'histoire de rnon art.

La première :

« Accord par/ait (entre le R. P. dom Pothier et moi) pour exclure la méthode mensuraliste , fantaisie moderne , sans racines dans l'antiquité ''p. ii3, 3o). »

Erreur, je n'ai rien dit de semblable, du moins sous cette forme.

Toute la musique antique était mesurée à la moderne, et ce, d'une fai;on draconienne. Pour les anciens, le rythme musical était une question de proportions numériques, et, notre «fantaisie moderne » n'est que le retour inconscient, mais naturel au rythme antique.

J'ai posé en principe que la mélodie grégorienne n'était pas mesurée à la moderne, ne pouvait lètre par son sens musical

(1) Voyez l'article X'-, pige 138, nf> de m .rs 1898.

intrinsèque, et qu'enfin rien dans les théoriciens des ix^ x", xi<^ siècles ne nous permettait de supposer que la mélodie grégorienne ait été mesurée à la moderne. Je n'ai rien dit de plus, c'eut été contre les faits. Notre « fantaisie moderne » a donc de profondes racines dans l'antiquité, et j'ai expliqué, autre part, l'évolution du rythme antique au rythme grégorien et de celui-ci au rythme palestrinien et au rythme moderne (i).

La seconde inexactitude est ainsi formulée ;

« Le rythme du chant grégorieii est le rythme de la prose latine, »

Ou ai-je écrit cela... une chose pareille? et qu'a de commun le rythme musical de la mélodie grégorienne, — affirmé partons nos auteurs grégoriens, — avec le rythme de la prose latine.

Il est évident que M. l'abbé V. ne m'a pas compris.

J'ai dit que la mélodie grégorienne était de la prose musicale ce qui signifie qualque chose, tandis que le rapprochement que l'on me prête est une phrase sonore, vide de sens.

J'ai employé ce terme ytrose musicale par opposition à mélodie mesurée qui est, elle, une véritable versification musicale.

Mais dire que le rythme de la proîe latine crée le rythme de la mélodie grégorienne est une hardiesse dont je cherche en vain la signification pratique, et j'attends que les PP. de Solesmes nous l'expliquent clairement. Je montrerai plus loin, en répondant au R. P. dom Pothier l'inanité de ce rapprochement.

Enfin, pour répondre à de fréquentes allusions de mon vénéré critique, je dirai, une fois pour toutes, que je n'ai rien emprunté à personne, rien avancé dont je n'aie acquis la certitude par un travail personnel, — ce que fort peu de ceux qui me critiquent peuvent dire à l'appui de leurs convictions — et si je me suis rencontré sur certains points avec plusieurs de mes devanciers, je m'en réjouis tout simplement.

Il est inutile de nous appesantir plus longuement sur ces inexactitudes car aussi bien, il faudrait passer au crible chaque alinéa, et le lecteur ne me suivrait plus

Toute la controverse se ramène à deux points principaux :

1° Que doit-on entendre par chant grégorien? c'est le côté théorique.

20 Qui avait mission de le chanter? c'est le côté pratique; celui qui fait intervenir le sentimentalisme dont je parlais au début.

Que doit-on entendre par Chant grégorien?

Il importe de ne pas prendre le change sur ce terme « Chant grégorien ».

(I) V. Revue Internationale de Musique , 3, r. Vignon, Paris, n» d'aoùl 1898.

De même que l'on a appelé, avec raison, « plain-chant» tout le chant, noté sur 4 lignes, qui figure dans nos missels pléniers, de même, on pense être dans la vérité en substituant à ce terme « plain chant » celui plus archaïque de « chant grégorien ».

On confond ainsi sous une même dénomination deux formes de chant absolument distiyictes au début, et, il importe, si l'on veut faire œuvre de restauration honnête, de les séparer nettement dans l'enseignement renouvelé de l'antiquité.

Dans la suite des siècles, ces deux formes se sont confondues t^^éoriquement et pratiquement; aujourd'hui, soit sans y prendre garde, soit très volontairement, on les réunit sous une même étiquette, en invoquant la tradition.

Quelle tradition?? celle de l'époque de la décadence, celle de l'unification, oui certes; mais, c'est une erreur manifeste qui ne sert qu'à nous maintenir dans l'ornière du plain-chant à notes sensiblement égales. La seule différence entre les deux modes d'exécution réside uniquement en ce qu'on nous engage à quitter cette grosse voix indécente, caractéristique de l'exécution actuelle, pour prendre un ton plus respectueux du sanctuaire, indépendamment de quelques principes de phrasé proposés spécialement en vue de la notation nouvelle — renouvelée du moyen âge — préparée pour les appliquer.

Je mets même en fait que cette méthode fbénédictine) est inenseignable sur les neumes purs, campo aperto ; or, on enseignait et on chantait sur les neumes purs, et non sur la notation du moyen âge qui les a fort peu respectés.

Par chant grégorien, on doit entendre les cinq chants propres de l'office, et les antiennes fleuries à Magnif. et à Bénéd., etc., à l'exclusion de tous autres chants purement syllabiques, simplement récités.

En un mot c'est toute la musique fleurie sous laquelle le texte juxtaposé perd en principe toute espèce de personnalité, et s'annihile complètement au point de n'être plus que la suite des intonations vocales qu'il exprime (i).

Que nous parle-t-on de rythme oratoire dans une semblable mélodie.

Quel lien existe-t-il entre le rythme oratoire d'un texte déclamé et le rythme tnusical d'une mélodie essentiellement vivante par elle-même, abstraction faite du texte qui la fait valoir... et encore ! ?

Ou trouvc-t-on la théorie rythmique oratoire de la mélodie

Ce n'est certes pas dans les auteurs de l'antiquité depuis saint

{\) On comprend, dès lors, qu'il ne jieut ôlre question en principe, je le lépèie, d'acccniuulion tonique ou secondaire révélée parla poésie lilurgico-niusicule du moyen ô?e.

(>eoi est pour répondre à un article récent paru dans la Tribune de SI Gervais. Il est question de prose Juxtaposée sous une mélodie, el non de poésie impiimant son lyilime à la musique surajoutée.

Augustin, jusques et y compris Guy d'Arezzo, le dernier né de la lignée des théoriciens grégoriens, à peu près purs.

Leurs textes sont reproduits dans les « Scriptores » de dom M. Gerbert, et ne sont pas inventés par nous, que l'on représente à tort comme les adversaires systématiques de la méthode bénédictine.

Or, si ces textes prêtent en réalité à diverses interprétations de détail, ils ne prêtent par contre à aucune équivoque dans leur signification générale contraire de A à Z à l'enseignement bénédictin.

Le rythme oratoire appliqué à la mélodie grégorienne JIeu?'ie, est donc une invention bénédictine, disons mieux une imposition arbitraire du rythme oratoire — propre aux pièces syllabiques et que nul ne conteste sérieusement dans ce cas— aux pièces fleuries dont le rythme neumé est encore discutable à l'heure actuelle, et dont je réclame la discussion courtoise et sans amertume.

L'unification du rythme qui s'est faite d'elle-même à l'époque de la décadence complète du chant au moyen âge, — unification qui a produit le plain-chant est créée de ce chef, autoritairement par les RR. PP. de Solesmes. Les conférences de M. Charles Bordes et du R.P. dom Mo:quereau à l'Institut catholique de Paris sont des témoignages irrécusables de ce que je viens de rapporter en même temps que du parti pris bien évident de ne citer que les auteurs qui, de loin, semblent confirmer la méthode en question.

Cette thèse est confirmée de nouveau dans le numéro de juin de cette Revue même , sous la signature du R. P. dom Pothier i\), mais combien faiblement, hélas!

Le Révérend Père trouve une raison péremptoire à l'application du rythme oratoire, aux pièces fleuries cinq chants propres) dans le fait que Notker écrivit un texte à chanter syllabiquemcnt — une syllabe par note — sous les vocalises alléluiatiques. .

Mais le Révérend Père oublie-t-il, ou ignore-t-il. ou veut-il ignorer que Notker écrivit ces séquences parce que le rythme précis de ces vocalises étant tombé dans l'oubli — à supposer même qu'il ait jamais été parfaitement connu dans notre Occident — elles n'étaient plus qu'une suite de notes sans sens mélodique défini, et que, pour les fixer dans la mémoire. Notker eut l'idée de leur adjoindre un texte syllabique, véritable guide-âne — abstraction faite de la pensée religieuse qui le dicta - et, par ce moyen, la mélodie était conservée en tant que notes.

C'est bien là que commence l'équivoque sur laquelle est basée, de bonne foi, je veux le croire, toute la méthode bénédictine. N'étant pas parvenus à découvrir le sens rythmique des neumes, textes théoriques en mains('2), les Révérends Pèress'arrèièreniàce moyen terme, et firent à leur tour ce que Notker avait fait autre-

(1) El si je le fais intprvcn'r dans celle r(5ponse, c'est qu'H mi^ met en CMii-e. pirsonnellemettt, dans une phrase bien étrange. (V. n° juin, p. 179, '." alinéii )

(2) Peut-être m'abuse je moi-même, mais j'attends encore (|uV>n nw le d<*m'iiiiio.

fois : ils donnèrent à la mélodie un rythme de leur crû, à défaut du rythme vrai, impossible à reconstituer.

Et si (( le fait de l'adaptation à une mélodie d'un texte » à déclamer syllabiquement, est caractéristique comme plaidant en faveur du rythme oratoire, dit en substance le R. P. dom Pothier (p. i8oj, nous ne sommes pas seul à penser qu'il est caractéristique, au contraire d'une absence complète de tradition rythmique à cette époque lointaine (x^ siècle), de même qu'à notre époque la méthode bénédictine, mise en regard des textes théori-

3ues du haut moyen âge (vu®, xi<= siècles), est caractéristique e l'incompréhension de ces textes, ou de leur mise à l'écart systématique.

Il est un point sur lequel tout le monde sera toujours d'accord, savoir : qu'une mélodie franchement rvthmée devient populaire et passe inaltérée de génération en génération, alors même que le texte en est tombé dans l'oubli

En conséquence inéluctable, si Notlcer a pensé à fixer dans la mémoire des chanteurs, par un procédé mécanique, les notes (et non le rythme) de ces vocalises, c'est que le rythme desdites vocalises était ignoré. Respectons donc, mais sans y attacher plus d'importance qu'il ne convient, le pieux subterfuge du vénéré moine d'avoir voulu conserver la mélodie, bien qu'incomprise, aussi intacte que possible, par respect évidemment pour le Saint- Siège, qui, dès cette époque, en désirait h diffusion en vue de

l'unité du chant que nous cherchons encore à obtenir après

douze cents ans !

Comment, de plus, invoquer le procédé notkérien, sans qu'il vienne à l'esprit, cette réflexion — digne d'être méditée — que /es vocalises alléluiatiques étant antérieu?'es aux séquences de Notket\ ces vocalises ont un rythme propre, essentiellement musical puisqu'elles sont de la musique pure, et qu'en conséquence/ei^r ;-r//r;?2e Jie peut être le rythme oratoire d'un texte qu'on leur a surajouté quelques SIÈCLES PLUS TARD!! Notons bien que ce texte eût pu être tout autre, puisque ce n'est pas le rythme de chacune des notes des vocalises qui a fait rechercher les syllabes de même poids à leur juxtaposer.

La raison du Révérend Père — et c'est évidemment la plus péremptoireen faveur de sa méthode, sans quoi il ne sortirait pas de sa réserve habituelle — la raison, dis-je. ne semble-t-ellc pas quelque peu fragile? et en quoi démontre-t-clle la « légitimité et l'existence traditionnelle du rythme oratoire » que tous les textes théoriques, depuis saint Augustin jusqu'à G. d'Arezzo, contredisent, je l'ai déjà dit?

Que pense M. l'abbé Vigourel de cette conclusion opposée à ma thèse, qu'il qualifie dédaigneusement de théorie à allure scientifique, et quelle est I'allure de la méthode dont il est un des plus marquants protagonistes??

Sur le second point, je serai plus bref.

Qui avait mission de chanter le chant grégorien ?

Qui le chante actuellement? Quand on le chante, s'entend... car sur cinq chants on en passe régulièrement deux ou trois pour permettre à l'organiste de jouer du Parsifal.

N'est-ce pas le chantre officiel, c'est-à-dire V homme du chœur? Autrefois, il en était de même, et jamais les fidèles n'ont eu mission ni permission de remplacer le chœur dans l'exécution de ces cantilènes.

Que nous parle-t-on de chant populaire, de chant facile ?

Actuellement n'est-ce pas une Schola cantorum qui exécute le chant restauré ?

C'est et ce ne peut être qu'une 5c/!o/a exercée, même passagèrement, en vue d'une exécution prochaine, fut-elle unique dans la contrée. Autrefois, c'était, de même, la Schola cantorum officielle.

Qu'objecte-t-on donc, à notre traduction, une difficulté pour le peuple, (et même pour des lauréats de Conservatoire ?? pauvres lauréats !!) de mêler sa voix à celle du chœur ?

Que nous parle-t-on encore du peuple chantant les cantilènes en question, preuve ajoute-t-on qu'elles étaient simples de facture, alors, qu'historiquement, nous les savons encombrées d'ornements mélodiques nécessitant une longueétude préparatoire (g ans à Rome, dit un auteur). Est-ce le chant des psaumes et des litanies qui exigeait une pareille application ?

La vérité que tout le monde cherche et dont chacun en particulier a peur, la voici, et cette Revue qui a pris pour devise/a/re connaître et aimer le vrai chant de F Eglise, devise magnifique, se doit à elle-même et doit à l'Eglise d'abord, à ses lecteurs ensuite, de la proclamer ; car jusqu'ici sa véritable devise semble avoir été faire connaître et aimer le chant de Solesmes.

D'une part : les fidèles ont mêlé leur voix à celle des chanteurs officiels, dans les psaumes, les litanies, les hymnes, les proses, les cantiques.

D'autre part: les antiennes de toute nature, fleuries ou non, c'est-à dire les antiennes de l'office ou les antiennes psalmiques ont toujours été l'apanage du chœur.

Et concluons que si certaines mélodies devinrent populaires elles le devinrent non pratiquement pour avoir été chantées officiellement par le peuple, mais esthétiquement parce qu'il plaisait au peuple de les entendre.

Finalement, le R. P. dom Pothier a tort de dire et de penser — que la méthode de Solesmes est le delenda Carthago des revues qui n'ont pas été fondées pour défendre, per fas et nef as, ladite méthode.

On ne demande — et moi-même tout le premier - qu'à cou-

ronner de fleurs ses confrères vénérés et lui-même ; mais, textes théoriques du premier millénaire en mains, on ne peut pas admettre la théorie bénédictine. Là est tout le secret de l'opposition qui lui est faite par ces revues qui prônent ton?- à tour les systèmes les plus opposés, attitude digne d'égards, parce qu'elles prouvent ainsi : chercher la vérité de tous côtés.

Je termine par quelques considérations générales.

i" Que la restauration bénédictine résiste à la poussée qui, de toutes parts, lui est imprimée, qu'elle sombre ou qu'elle triomphe; je n'en ai cure.

Sa chute ou son succès ne prouveront rien pour ou contre sa validité théorique, pour ou contre ses adversaires, car il est question de réussite ou d'insuccès dans une propagande bien ou mal dirigée.

2° Aurait-elle pour ou contre elle les décisions de nosseigneurs les Evèques, aussi bien que l'approbation des maîtres musiciens du comité de patronage de St-Gervais, ou la désapprobation de nos maîtres les plus en vue, que tout cela ne signifierait rien au point de vue Vérité traditionnelle, attendu que, de leur part à tous, c'est simple question de goût sinon de confraternité indulgente, et non une conviction basée ou appuyée sur des travaux personnels que ni les uns ni les autres n'ont le temps matériel d'entreprendre.

Défait, on ne peut citer aucun ouvrage signé de leur nom ; le fait est significatif.

3'' Que m'importe enfin que le rythme grégorien soit le rythme oratoire, ou le rythme mesuré des mensuralistes, ou le }nien qui tient le milieu entre les deux premiers? Ce qui importe à tous et à l'Eglise et à l'art en particulier, c'est de connaître le rythme vrai.

Quel est-il ? La question n'est pas résolue et elle est capitale pour l'histoire de science musicale.

Comme catholique je veux le connaître. Comme catholique j'ai le droitd'exiger qu'on ne m'impose pas la foi en une manifestation artistique que tout me démontre erronnée selon les errements bénédictins.

En résumé il faudra d'autres critiques, plus sûres, que toutes celles parues jusqu'à ce jour, pour affaiblir mes convictions dans la vraisemblance du principe que j'ai ïixé, réserve faite pour certains cas litigieux à trancner d'un commun accord.

G. HOLDARD.

Imp. hrutel cl Cie,i, rue l..ifayeUo, Oifiioble,

REVUE

DE

ET DE MUSIQUE RELIGIEUSE

A NOS LECTEURS

Au moment où la Revue va entre?- dans sa quatrième année ^ nous manquerions a notre devoir si nous nous abstenions d'offrir à nos nombreux abonnés et lecteurs de France et de l étranger , avec nos vœux de nouvel an , l'expression de notre gratitude pour la bienveillance qu'ils n'ont cessé de nous lémoigner. Nous remercions aussi cordialement les Revues et Semaines religieuses qui ont bien voulu signaler nos études et nous ont fait r honneur de reproduire quelques- uns de nos articles. Les encouragements et les félicitations qui nous sont venus de tous côtés nous engagent à poursuivre hardiment la voie que nous nous sommes tracée j sans tenir compte des criailleries de certain roquet hargneux qu'enrage le succès de notre œuvre.

Des évéques et des supérieurs de grand séminaire , des religieux et des curés , des maîtres de chapelle et des savants , dont le nom fait autorité , nous ont écrit pour nous louer de notre indépendance à défendre la bonne cause et les droits de la vérité , à rencontre de certains systèmes trop facilement acceptés par ceux qui ne veulent pas se donner la peine d approfondir les questions controversées.

Nos lecteurs seront heureux d'apprendre que M. G. Houdard , dont le beau livre sur Le rythme du chant dit grégorien , d'après la notation neumatique attire en ce moment l attention du monde savant , nous a promis sa collaboration régulière et se propose d'exposer sa N*26. Janvier 1898.

REVUE

DE

ET DE MUSIQUE RELIGIEUSE

A NOS LECTEURS

Au moment où la Revue va entre?' dans sa quatrième année j nous manquerions a notre devoir si vous nous abstenions d'offrir à nos nombreux abonnés et lecteurs de France et de l étranger , avec nos vœux de nouvel an , l'expression de notre gratitude pour la bienveillance qu'ils n'ont cessé de nous témoigner. Nous remercions aussi cordialement les Revues et Semaines religieuses qui ont bien voulu signaler nos études et nous ont fait l'honneur de reproduire quelques- uns de nos articles. Les encouragements et les félicitations qui nous sont venus de tous cotés nous engagent à poursuivre hardiment la voie que nous nous sommes tracée , sans tenir compte des criailleries de certain roquet hargneux qu'enrage le succès de notre œuvre.

Des évêques et des supérieurs de grand séminaire , des religieux et des curés , des maîtres de chapelle et des savants , dont le nom fait autorité , nous ont écrit pour nous louer de notre indépendance à défendre la bonne cause et les droits de la vérité , à V encontre de certains systèmes trop facilement acceptés par ceux qui ne veulent pas se donner la peine d'approfondir les questions controversées.

Nos lecteurs seront heureux d'apprendre que M. G. Houdard, dont le beau livre sur Le rythme du chant dit grégorien , d'après la notation neumatique attire en ce moment l'attention du monde savant, nous a promis sa collaboration régulière et se propose d'exposer sa N^aô. Janvier 1898.

2 RKVUE DE CHANT GRliGORIEN

théorie sur l'interprétation des neuines ^ accojiipagnée de nombreuses transcriptions ^ dans une série d'articles , dont le présent numéro donne le commenceînent.

Nous ne sommes pas , qu'on le sache bien , les adversaires systématiques de Solesmes. Nous adjnirons\ autant que personne ^ les beaux travaux de Dom Pothier et de ses confrères et nous savons les apprécier à leur juste valeur; mais notre admiration ne va pas jusqu'à en faire des fétiches ^ devant lesquels il n'est pas permis d'élever la voix et dont toutes les paroles doivent être acceptées comme des oracles. Ce serait assurément faire injure à leur modestie que de les considérer comme infaillibles et à labri des erreurs que les savants les plus illustres ne savent pas toujours éviter.

Un écrivassier de bas étage nous fait un reproche de notre « éclectisme » et de la « liberté de penser et d'écrire » accordée aux rédacteurs de la Revue. // appelle cela un « pur chaos ».

Autant nous aimons à discuter loyalement avec des hommes, dont nous pouvons ne pas partager toutes les opinions , mais dont nous apprécions hautement le caractère et le mérite , autant nous n'avons que du mépris pour les charlatans et les vils insulteurs qui , comme M. Dabin , ne savent que baver l'injure et le mensonge.

Nous continuerons donc, comme par le passé, à laisser à nos collaborateurs toute facilité pour défendre leurs opinions en pleine liberté. Il nous plait que la Revue soit une tribune ouverte à tous ceux qui désirent y exposer leurs idées et leurs études sur la musique religieuse et le chant grégorien, car nous n'appartenons à aucune coterie et nous n'allons pas chercher notre mot d'ordre dans un conciliabule fermé aux profanes. Nous ne voulons pas que nos lecteurs soient tenus systématiquement dans l'ignorance de tout ce qui se fait en dehors de nous et à l'écart du mouvement scientifique et des découvertes nouvelles qui peuvent se produire.

Novs cherchons avant tout la vérité, sincèrement et sans arrière pensée , et nous serons toujours prêts à r accueillir , de quelque part quelle vienne , de Solesmes ou d'ailleurs ; tout en demeurant respectueusement soumis aux décisions de la Sainte Eglise , qui seule a lé droit de trancher en dernier ressort toutes les questions qui se rattachent au culte divin.

Le Directeur de la Revue.

Page 1