‹ La science [musicale] grégorienne; revues diverses, 1898-1908Chapitre 17 sur 127 · II. — Le Sacramentaire Grégorien · texte numérisé non relu

II. — Le Sacramentaire Grégorien

Nous avons vu dans un article précédent' , que la compilation de chant liturgique connue sous le nom à.'Antiphvnaii'e, ne peut être attribuée exclusivement à S. Grégoire ; elle fut l'œuvre collective de plusieurs pontifes romains antérieurs à ce saint pape, fut revue et coordonnée de nouveau soit par ses successeurs, soit par les préchantres de la basilique vaticane , et complétée encore plus tard, à la fin du VHP siècle et dans la seconde moitié du IX" , par Adrien I et Adrien II , comme nous l'apprend la notice de ce même pape tirée d'un manuscrit provenant de Saint-Martial de Limoges-.

De plus , rien dans les œuvres de S. Grégoire , ou dans les monuments de son époque et des siècles immédiats , ne laisse supposer qu'il ait pris une part directe et active à la composition des mélodies liturgiques. Ce n'est que deux siècles et demi après sa mort, qu'on commence à faire de lui un musicien et un compositeur. Quelle est donc l'origine de cette tradition éclose au IX* siècle, qui attachera désormais son nom à l'Antiphonaire romain ?

Saint Grégoire fut, on ne peut le nier, le grand restaurateur de la liturgie romaine. Lui-même nous atteste, dans sa lettre à révêque de Syracuse , qu'il rétablit les anciennes coutumes et en introduisit de nouvelles et d'utiles \ Il ordonna avec soin les Stations dans les basiliques ou dans les cimetières des saints Martyrs, fixa les prières et les cérémonies du saint sacrifice de la Messe et composa le livre qui est appelé des Sacrements '. De sorte que, comme le dit un auteur récent : « ia réforme grégo- « rienne peut être considérée comme le fondement de la liturgie « romaine actuelle, et, de fait, après S. Grégoire on n'a plus

1. Voir Revue de musique religieuse , n" 15 , Février 1897 , pp. 257 et suiv.

2. Hic Antiphonarium romanum , sicut anterior Adrianus, diversa per loca corroboravit. (Lebœuf, Traité théorique et pratique sur le chant ecclésiastique, 1741 , p, 103.)

3. In quo ergo Graecorum consueludines secuti sumus, qui aut veteres nostras restauravimus , aut novas et utiles conàtituimus, in quibus tamen alios comprobamur imitari ? (Epist. ad Joannem Syracus. lib. IX, ep. 12).

4. Walatrid Strabo - de rébus ecclesiasticis , cap. 22. — Joan. Diac Vita S. Gregorii, lib. II , cap. 18 et 19.

« fait aucune innovation substantielle au Sacramentaire qui porte « son nom'.»

Certains savants modernes, comme M. l'abbé Duchesne , dans les Origines du culte chrétien, et M. Gevaért , dans la Mélopée antique , ont soulevé des doutes au sujet de l'auteur de ce livre , dont ils refusent la paternité à S. Grégoire ; mais l'opinion traditionnelle a été solidement défendue par Dom wSuitbert Baûer, Bénédictin de la Congrégation de Beuron'^ et par le D'' Ferdinand Probst , chanoine de Breslau •*.

Plus récemment encore , Mgr Magani , évêque de Parme , dans l'ouvrage que nous venons de citer , a de nouveau établi que , si le .Sacramentaire , dans la forme où il nous est parvenu , est contemporain du pape Adrien I et contient des additions postérieures à S. Grégoire , il n'a cependant subi aucun remaniement essentiel depuis son époque et que l'œuvre du saint Docteur s'y retrouve à peu près intacte'''.

S. Grégoire étant donc considéré comme l'auteur du Sacramentaire et le grand rénovateur de la liturgie , dont le chant a toujours été partie intégrante , on en vint naturellement à lui attribuer la composition ou au moins la refonte des chants de la Messe.

Voyons si cette conclusion est fondée. Il nous faut examiner pour cela: d'abord ce que contient le Sacramentaire, puis quels sont les changements que S. Grégoire v a introduits, et enfin si le remaniement de ce livre suppose un travail analogue opéré sur l'Antiphonaire.

« Le Sacramentaire grégorien, dit M. l'abbé Duchesne, comprenait: 1° l'Ordinaire de la Messe; 2° les oraisons, préfaces et autres parties variables de la Messe , récitées ou chantées par l'évêque officiant , pour tous les jours de fête et de station ; cette série embrasse tout le cours de l'année ecclésiastique : elle commence à la veille de Noël ; 3" les prières de l'ordination des diacres, prêtres et évêques'*. » On n'y trouve pas les lectures faites par les diacres ou les clercs inférieurs, leçons de l'Ancien Testament, épîtres et évangiles, ni la partie chantée par le peuple ou la Schola qui était contenue dans V Antiphonaritim , ou recueil des antiennes de l'Introït , de l'Offertoire et de la Communion, tandis que le Cantuarium renfermait les chants exécutés à l'ambon , comme Je graduel , Y alléluia ou le trait ; car avant le X" siècle on ne rencontre pas de missels pléniers^ , c'est-à-dire , contenant toutes les parties lues ou chantées de la messe. S. Grégoire pouvait donc refondre les prières de la messe ^ oraisons et préfaces , sans avoir à toucher au chant des Antiennes qui se trouvaient dans un recueil tout-à-fait distinct.

1. L'antica liturgia romana , par Mons. Francesco Magani , cvêque de Parme , vol. I, p. 137. Milano, tip. pont. S. Giuscppc , 1897.

2. Ucber das sogennante Sacranientarium Gclasianuni. — Historisches Jalirbuch des Gôrrcs Gcsclschaft , vol. XIV, pp. 241-301 , 1895.

3. Die altesien rôniischen Sacranientaiien und Ordines erklàrt von D"" Ferd. Probst. pp. 297 et suiv. Miinstcr, 1892.

Page 1