CONCLUSION
Les historiens de la musique ont creusé un fossé profond entre l'art grec antique et l'art du moyen âge. Comment n'ont-ils pas cherché, ne fût-ce que par curiosité, à savoir ce qui gisait au fond de ce fossé ? Indifférence ou manque de courage, c'est tout un. Il est plus à la portée de chacun de se contenter d'idées reçues
sur les sujets les plus graves, même si elles sont erronées.
Nous avons eu cette curiosité, et, certes, nous pouvons dire en toute sincérité que si, au début de notre entreprise, le fond de l'abîme nous apparut d'une noirceur à dérober à notre vue la place où poser le pied pour tenter d'y atteindre, nos yeux s'habituèrent bien vite à cette quasi-obscurité.
Ayant toujours présent à la pensée cet axiome : « Rien ne se crée, rien ne se perd «, et croyant fermement que l'homme n'est qu'un metteur en œuvre, nous avons considéré en musicien l'art grec antique et l'art du moyen âge, comme un ingénieur considérerait deux falaises abruptes séparées par un gouffre au-dessus duquel il lui est imposé de jeter un pont. Commençant les travaux d'approche sur les deux rives, il poussera chaque tronçon dans le vide jusqu'à leur rencontre.
Il nous a paru que le même procédé pouvait être employé pour relier l'art antique à l'art anté-palestrinien, séparés par un abîme de dix siècles.
Après avoir étudié les théories musicales de ce millénaire, et cherché leur application sans violence dans les manuscrits de la même période, nous avons été frappé de l'étroite parenté qu'elles conservaient aussi bien avec l'un qu'avec l'autre. L'abîme s'est trouvé comblé entre ces deux manifestations. Le pont n'avait plus de raison d'être. Le niveau était rétabli et la route aplanie.
A quelque époque que nous nous arrêtions dans l'investigation du passé musical des générations disparues et soit que nous portions nos regards en avant ou en arrière, nous voyons que la chaîne des transformations de l'art musical n'offrait aucune solution de continuité, aucune trace de rupture.
L'art moderne ne s'explique que par l'art palestrinien et celui-ci ne peut s'expliquer que par la ruine momentanée du chant grégorien. Le chani grégorien à son tour
ne peut s'expliquer que par la théorie qui l'a précédé dans l'antiquité. Inversement, chaque étape de l'art prépare l'étape suivante. La fusion est parfaite et l'alliage indécomposable.
Le chant grégorien était donc de la musique véritable et le plain-chant n'en fut qu'un état misérable et passager, une sorte de chrysalide qui, une fois les temps révolus, devait se révéler sous une forme nouvelle.
Mai igoi.
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LA NOTATION NEUMATIQUE