‹ La science [musicale] grégorienne; revues diverses, 1898-1908Chapitre 47 sur 127 · LE PLAIN-CHANT DE LA SYNAGOGUE · texte numérisé non relu

LE PLAIN-CHANT DE LA SYNAGOGUE

Par le Rev. Francis L, COHEN

Il existe en Angleterre , depuis une dizaine d'années , une société qui, sous le titre de The plainsong and mediœval music Society , s' occw^Q de propager' la connaissance et l'étude du chant grégorien parmi les membres de l'église anglicane. Cette société , qui a à sa tête des prélats anglicans et des musiciens de haute valeur, a déjà publié plusieurs ouvrages remarquables, entre autres, le Gradiiale Salisbiiriense , fac-similé d'un graduel manuscrit du XIIP" siècle. Elle organise des lectures, où des conférenciers de mérite traitent les questions relatives à l'art grégorien et à la musique du moyen-âge. Dans une de ces conférences , le Rev. Francis L. Cohen , de la Synagogue de Walv/orth, a lu un rapport très apprécié sur le Plain-chant de la Synagogue , qui a été ensuite reproduit, avec des spécimens de musique Israélite, dans les colonnes de VOrganist and Choirmaster , (Juin 1897 à Janvier 1898).

Nous avons pensé qu'une traduction de ce travail serait lue avec intérêt par tous ceux qui s'occupent d'études grégoriennes. En faisant ressortir les nombreuses analogies qui existent entre le chant de l'Eglise et celui de la Synagogue, il semble donner raison aux savants qui leur attribuent une commune origine.

« La race Juive paraît s'être distinguée de tout temps par une facilité singulière dans l'art de la vocalisation, même depuis ces jours bibliques où son Temple se faisait remarquer par l'organisation savante de sa musique, quand les chants de Sion étaient renommés jusque sur la terre étrangère. Il serait facile de montrer qu'à toutes les époques , le Juif s'est plu à associer à son culte journalier, et même à l'étude de la Loi, certaines formes d'intonation mélodieuse. La littérature hébraïque nous fournit la preuve que, depuis les temps les plus anciens, l'officiant devait réciter en chantant toutes les paroles du texte qu'il prononçait à haute voix. Ce dut être même à une époque très reculée, que la récitation syllabique sur une seule note commença à se développer en cantillation et devenir une espèce de plain-chant. Non pas cependant que cette saveur antique se révèle invariablement à celui qui visite par hasard une synagogue; car les intonations Juives, de même que la Liturgie Juive, sont « le résultat d'un travail de milliers d'années. » 11 est donc nécessaire de se rappeler l'histoire de la Liturgie, quand on examine l'origine de telle ou telle tradition musicale de la Synagogue. Ces considérations littéraires sont du plus haut intérêt en èlle-mêmes, mais il suffira de les résumer ici brièvement.

« Celui qui étudie la littérature Hébraïque , en comparant les témoignages contemporains de l'antiquité avec la pratique moderne, apprend que la tradition a été, et est encore , une force de vitalité intense dans la vie et dans les coutumes Juives. 11 y trouve la preuve incontestable que la musique de la Synagogue,

ÎIEVUË DK CHANT GRÉGOtllEN l4i

en prenant ce mot dans le sens le plus large , embrasse depuis les trompettes qui donnaient le signal dans le désert après l'Exode, ou même du chant de Miriam après le passage de la mer Rouge, jusqu'aux compositions de notre époque. Il est clair que dès le temps d'Esdras, sinon dès celui de David, le Juif, dans chaque génération successive, a été exhorté à élever sa voix dans le Sanctuaire, et que, depuis une date très reculée, on a jugé plus convenable de déléguer à un Préchantre professionnel , appelé Magré (Lecteur) , dans le Temple , Cheliah Sibbour , (Messager de la Congrégation; , ou Hawan (Surveillant), dans la Synagogue , ce qui à l'origine avait été le devoir et le privilège des personnes privées. Ainsi il y a eu , et il y a encore, une suite non interrompue d'hommes qui font leur spécialité du plain chant de la Synagogue, par le moyen desquels la tradition s'est perpétuée jusqu'à nous. Ces spécialistes ont aussi dans chaque génération succesive augmenté leur répertoire , suivant le goût spécial de leur époque.

« Bien qu'une portion considérable de la musique qu'on entend dans une synagogue doive être éliminée comme moderne, il en reste cependant une quantité qui a bien son importance ; entre autre, la plupart des intonations de l'officiant, connues sous le nom technique de Hawamouth (chant du préchantre), qui sont essentiellement du plain-chant.

« Les plus anciennes traditions vocales des Juifs sont fixées dans les Neginoth (cordes, notes musicales), ou dans les Taamin (ornements , tropes). Ce sont les accents qui marquent la cantillation du texte de la Sainte Ecriture. La rapidité modérée avec laquelle on les chante, rendent ces récitatifs juifs plus brillants et plus expressifs que ne le feraient soupçonner tout d'abord le terme de « cantillation. » La lecture du texte sacré n'est pas du tout abandonnée à l'initiative arbitraire du lecteur. Il est vrai que dans les rouleaux de parchemin dont on s'est toujours servi, et dont on se sert encore, le texte est écrit avec les seules consonnes, sans aucun autre signe. Mais, dans les Bibles hébraïques imprimées, de même que l'on trouve les points-voyelles ajoutés au texte pour en marquer la prononciation, ainsi trouvet-on les accents toniques ajoutés pour indiquer la cantillation. « Prenant ces accents comme signes de notation, l'officiant doit consacrer un temps considérable à apprendre par cœur le chant mélodique de la leçon, qui compte en moyenne une centaine de versets pour le service du Sabbat. On distinguait anciennement dans les accents eux-mêmes, (points, traits ou crochets,) deux formes, la forme Palestinienne et la forme Babylonienne; mais celle dont se servent aujourd'hui tous les Juifs , a été fixée par l'Ecole des Massorètes de Tibériade , antérieurement au VIL" siècle. Ils eurent pour origine les signes que les lecteurs avaient coutume de marquer sur leurs rouleaux privés. La table entière de ces signes, — on en compte une trentaine, — se trouve dans toutes les grammaires Hébraïques et spécialement dans les admirables volumes du D' Wickes , sur les Accents. Vous remarquerez qu'ils ont quelque ressemblance avec les neumes du chant grégorien. CQKime eux, ils répondent à tous les besoins du lecteur qui ^

appris tout d'abord, par la tradition orale, la cantillation ellemême. Mais, si ce n'est dans leur origine, au moms dans leur fonction , ils sont tout à fait différents des neumes Chrétiens : Grégoriens, Bysantins ou Arméniens. Car leur fonction principale est de marquer avec la plus scrupuleuse fidélité , la relation et la dépendance mutuelle des mots de chaque phrase. C'est en pratique une notation grammaticale, qui marque la dichotomie, ou division et subdivision en deux moitiés ; car la phrase Hébraïque, soit en prose, soit en poésie, est construite rythmiquement sur le modèle de la période dans la musique mesurée, avec ses demi-cadences et ses cadences parfaites. Il s'en suit que plus la phrase est longue et développée , plus son accentuation est compliquée : la cantillation n'ayant pris la place du récitatif recto tono , que pour faciliter l'intelligence du texte. L'accentuation Hébraïque est par là même une ponctuation grammaticale nuancée de la manière la plus délicate et, de plus, elle possède une importance herméneutique d'une haute valeur. Ces neumes , par leur position , marquent aussi la syllabe accentuée de chaque mot, qui, en Hébreu, doit être soit la dernière, soit plus rarement, la pénultième. Je crois que l'on peut conclure des allusions accidentelles faites par quelques écrivains qu'ils sont, à proprement parler, une chirographie , ou un dessin grossier des mouvements de la main du maître. Cela nous amène à examiner leur valeur musicale , qui doit naturellement avoir existé sous une forme bien développée, longtemps avant qu'on ait inventé pour la représenter aucune sorte de notation,

{à suivre).

MUSIQUE RELIGIEUSE

Nous nous empressons de signaler aux maîtres de chapelle les compositions suivantes . pour voix et pour orgue , récemment parues chez Marcello Capra, l'éditeur bien connu de Turin, 9, via lîerthollet. telles se recommandent par leur caractère sérieux , leur correction élégante et le souflle d'inspiration religieuse qui les anime. Si qur Iques-unes réclament des voix bien exercées , d'autres sont à la portée des chœurs les plus modestes. Une maîtrise d'ailleurs qui se bornerait à ne vouloir chanter chanter que de la musique facile , tomberait bientôt dans la vulgarité. On doit tendre à un idéal plus élevé, et, par une application constante, se rendre apte à exécuter et à faire goûter du public les chefs-d'œuvre de l'art polyphonique.

OresTE Ravanello. Messe VI , en l'honneur de S. Joseph , à 4 voix mixtes (Sopr. cont. ten. et basse), avec accompagnement d'orgue. La partition net : 2 fr.; chaque partie séparée: o fr. 30.

Du MÊME. Messe brève et facile en l'honneur de S. Pierre-Orseolo , pour 3 voix d'hommes, avec accompagnement d'orgue. La partition net : I fr. 80 ; chaque partie séparée : o fr. 30. Ces deux messes sont chantantes et n'oftrent pas de difficultés. Le thème initial , diversement développé , s'y fait entendre fréquemment dans les différentes parties et donne de l'unité à toute l'œuvre.

Antonio Cicognani. Ave Maria à 8 voix mixtes pour 2 chœurs . sans accompagnement. Partition : i fr. 25 ; chaque partie: 0 fr. 10. Excellente composition dans le style palestrinien.

Du MÊME. Corarn Tabernaculo. Cinq motets à 4 et 8 voix, i O Salutaris , 2 Pange lingua et 2 Vantum ergo. Partition : i fr. 60 ; chaque partie : o fr. 30. Les 3 preniiers morceaux sont à 4 voix inégales sans accompagnement , le quatrième à 4 voix inégales avec accompagnement et le cinquième à 8 voix inégales et 2 chœurs , sans accompagnement. Ces cinq motets sont également remarquables et bien appropriés au culte de l'adorable sacrement.

Carlo BortolAN. Caro mea , Motet à 4 voix mixtes (contr. ten. barit. basse) , avec accompagnement d'orgue. Partition : i fr. 25 ; chaque partie : o fr. 15.

Du MÊME. Deux Pange lingua, à 3 voix mixtes (contr. ten. basse). Le chant est fait par le ténor. Partition : i fr. ; chaque partie : o fr. i5.

Du MÊME. Ego sum panis , Motet pour 2 voix de femmes ou d'enfants, avec accompagnement d'orgue. Partition : ofr. 70; chaque partie : o fr. 10. Ces divers motets sont à la fois faciles et très pieux.

Gaetano FosCHINI. Ego sum resurrech'o , Antienne à 5 voix inégales (2 sopr. ait. ten basse), sans accompagnement. Cette antienne , inspirée du motif liturgique , à sa place marquée dans les obsèques solennelles.

Carlo S. Calegarl Sonate pour sortie , pouvant être exécutée sur l'orgue ou l'harmonium, avec partie de pédale non obligée : Prix : 0 fr. 80.

LuDGi BOTTAZZO, Prélude pour grand orgue (2 claviers et pédale obligée). Prix i fr. 25.

ArnALDO Galliera. Cinq pièces pour orgue (pédale obligée). Prix : 2 fr. 50. Ce recueil contient : Prélude, adagio, morceau de procession , Noël et Marche nuptiale.

M. Enrico BOSSI. Cinq pièces pour harmonium. La série complète : 4 fr. Offertoire, Graduel , Canzoïicina à la Vierge Marie , In memoriam (Interlude) , Laudate Dominum (finale).

L'auteur a écrit une partie de pédale ad libitum , pour ceux qui veulent exécuter ces morceaux sur l'orgue. Moyenne difficulté.

BIBLIOGRAPHIE

Le chant des Fidèles à l'église, par L'abbé J. Sabouret , aumônier des Norbertines, au Mesnil-Saint-Denis [Seine et Oise). — Prix: 2^ cent., franco : jo cent., chez V Auteur.

L'auteur de cette brochure est d'avis, que tous les fidèles devraient prendre part au chant des offices , et il cite à l'appui de sa thèse de nombreuses décisions qui montrent que tel est en effet l'esprit de PEglise. II recommande , comme moyen pratique d'arriver à ce but , de former tout d'abord au chant liturgique , les enfants qui fréquentent les catéchismes , puis d'organiser des chorales parmi les jeunes gens de la paroisse. Assurément, tout cela est fort désirable ; mais tant que, sous prétexte d'archéologie , on continuera à dénigrer et à repousser le chant traditionnel y le seul que l'Eglise approuve, tant qu'on s'obstinera à enseigner aux Séminaristes un chant différent de celui que nos pères ont pratiqué et que le peuple est accoutumé à entendre , il sera difficile d'arriver à aucun résultat sérieux.

144 REVUE DE CttANT GRÉGORIEN

CORRESPONDANCE

Les diatribes de M. Dabin nous ont valu de nouveaux abonnés.

Voici quelques extraits de leur correspondance, qui prouvent que tout le monde ne pense pas comme lui au sujet de notre Revue et du système bénédictin.

27 Octobre 1898.

Monsieur,

Je vois qu'il est question, dans la Revue de chant grégorien de Grenoble, d'une Revue que vous publiez à Marseille , également sur le plain-chant, je suppose. Je vous serais très reconnaissant de m'en envoyer quelques numéros à titre de spécimen.

Depuis 1868, j'étudie le plain-chant grégorien et, malgré toute ma bonne volonté , je ne puis admettre le rythme des Pères Bénédictins. Il est contraire au texte très clair de Guy d'Arezzo, qui devait bien savoir, lui, comment on chantait le chant de saint Grégoire.

5 Novembre i8çS. — Je vous prie de m 'envoyer les trois années parues de votre Revue du chant grégorien, ainsi que ce qui est paru de la quatrième année...

Remerciez donc M. l'Abbé Dabin. Ce sont ses Jocularia que j'ai lus dans la Revue de Grenoble, qui m'ont fait désirer de connaître votre Revue.

75 Novembre iSçS. — J'ai bien reçu tout ce qui a paru de votre Revue de chant grégorien et c'est avec infiniment de plaisir que j'ai lu et relu cette Revue. Avec elle on voit toutes les différentes opinions et chacun y discute d'une façon courtoise.

J'ai l'honneur, etc. Th. B.

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