‹ La science [musicale] grégorienne; revues diverses, 1898-1908Chapitre 5 sur 127 · Revue · texte numérisé non relu

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notoires avaient également apporté leur pierre à l'édifice entrevu, dont chacun présentait un plan de sa façon. Oserai-je le dire? c'est à peine si, depuis cette époque, la question neumatique a fait un pas vers sa solution, à ne considérer que la marche des choses en ces soixante dernières années, et nul n'ignore aujourd'hui que la réforme du chant liturgique catholique, dans le sens d'une restauration scientifique du chant primitif, à fait l'objet de discussions passionnées.

Quels qu'aient pu être les arguments échangés pour ou contre telle ou telle interprétation des manuscrits neumés, l'ordre bénédictin a conquis, en fait et de haute lutte, le privilège de retenir l'attention du public spécial s'intéressant à cette réforme. Le fait de la réussite est patent; mais le droit scientifique rendil ce succès inattaquable? C'est ce que l'on verra (§ III).

Aux yeux du public, la réforme, dite bénédictine, de Solesmes est Y alpha et V oméga de toute science liturgico-musicale. Or, il est bien certain, tout d'abord, que l'ordre bénédictin est divisé contre lui-même en deux ou trois clans irréductibles sur cette grave question, et que si une paix apparente s'est faite sur un terrain neutre, cela tient seulement à des raisons de sentiment.

Il est non moins certain que l'ordre bénédictin, dans toutes ses publications sur la matière, a considéré comme inexistantes les objections les plus pressantes ; en fait d'autorité ou de références scientifiques ', il se cite de préférence lui-même dans la personne de ses adeptes. Enfin le mode de formation do la fameuse Commission N'aticanc, instituée par le Souverain Pontife pour rechercher les moyens les plus sûrs d'arriver à une solution définitive, et sur le texte musical et sur son interprétation éventuelle, laisse planer quelques soupçons sur la nature du but poursuivi par les organisateurs. Cette commission s'est d'ailleurs égrenée dès les premières séances; les quelques membres impartiaux s'étant retirés aussitôt que le

1. Voir, entre autres publications : Dom Cabrol, Bict. d'archéol. chrél. et de liturgie, art. Accent, t. f, col. 220-240 (Letouzey et Ané, éditeurs, Paris, 1903.i

plan du président, le R. P. Dom Pothier, fut transparent : lui seul, ses idées, ses principes. L'édition dite Vaticane n'en a pas moins vu le jour, et je dis, en toute sincérité, que le monument est aussi parfait qu'une œuvre humaine peut l'être, puisque cette édition, dite nouvelle, n'est autre que la réimpression, à quelques variantes près, de celle publiée en 1895 par les mêmes bénédictins, œuvre déjà de premier ordre.

Telle fut la réalisation de la première partie du programme : la restitution, scientifiquement établie, des notes de la mélodie traditionnelle du viii^ au xiv" siècle. La seconde partie, restée en suspens, concerne le rythyne qui donne à l'œuvre son mou vement, sa vie.

Comme, aussi bien, il faudra sortir un jour ou l'autre de cette impasse*, et ce, nécessairement, pour le plus grand profit de l'art musical sacré — et même pour celui de l'art profane — j'aborderai succinctement :

l*' La notation neumatique prise à son apogée d'usage au ix7x® siècle, et se transformant peu à peu pour devenir la notation musicale actuelle; 2° les origines de la notation neumatique (en réponse à un ouvrage récent sur le même sujet); 3° le sens rythmique des signes neumatiques de la belle époque du chant, ix®/x® siècle, d'après les théoriciens contemporains, et contre l'école bénédictine de Solesmes.

On appelle notation neumatique un système de notation musicale usité en Occident depuis la fin du viii'' siècle jusqu'au xiii" siècle, plus ou moins tard selon les contrées. Il remonterait même beaucoup plus haut dans le passé, si l'on parvenait à établir avec certitude que le pape Grégoire I, dit le Grand, ait

1. En 1857 (?) on émettait déjà ce vœu. (P. Dufour, Mémoire sur les chant$ liturgiques... i( Nous avons tous grand besoin de quitter le vague poétique pour entrer un peu dans le réel ! »). On verra dans notre § III qu'il n'y a rien de changé du côté bénédictin en 1910.

(( neiimé » son antiphonaire '. Son nom était alors révélateur d'une origine latine; on l'appelait la no^tz rumana — note ou notation romaine. Nous reviendrons plus loin (§ II) sur cette question des origines».

Habitués dès l'enfance à la lecture des notes écrites sur des portées musicales de cinq lignes, nous serions tentés de considérer à première vue la notation neumatique comme une sorte d'écriture sténographique. Ce serait une erreur de nous rendre trop facilement à 1 axiome formulé par Gui d'Arezzo^ :

« Causa vero breviandi neiimae soient fieri. »

Les neumes marquaient le rythme, les notes et les nuances ' ; cela ne constitue pas une sténographie à proprement parler, mais une notation complète suivant un mode de graphie réduite à sa plus simple expression. Le terme « hiéroglyphes » est plus conforme à la réalité, en ce qui concerne du moins notre inaptitude à les lire couramment.

Le procédé de lecture de ces signes est, en vérité, à la portée de tout le monde, aujourd'hui comme il y a cinquante ans.

Pour les érudits, le signe générateur de cette notation est l'accent grammatical grave, et son contraire, l'accent aigu. Cette thèse fort acceptable, qu'aucun texte n'établit d'ailleurs, est ingénieuse et mérite toute créance : son auteur est le célèbre Do Coussemaker''. Nous dirons plus loin ce qu'il faut penser des commentaires ajoutés par l'éminent musicographe (v. § II).

« Les neumes, suivant nous (De Coussemaker), ont leur ori- « gine dans les accents ; l'accent aigu ou arsis, l'accent grave « ou thesis, et l'accent circonflexe, formé de la combinaison de

1. Sur ce sujet je renvoie le lecteur à mon étude sur la Cantilènc romaine, p. 53 à 60 (Fischbacher, Paris, 1905).,

2. On lira avec le plus grand intérêt le cbap. III (pp. 149 et suiv.) de l'ouvrage célèbre de De Coussemaker : Histoire de i harmonie au moyen âge. Paris,

. Regulae musicae r%<micac, dans P. I., Migne, CXLI, col. 409 C.

4. Regulae de ignoto cantu {ibid., col. 416) alinéa : Quomodo aulem tiquescant voces, etc..

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