LE RYTHME ET L'ACCENT
Dans le rythme oratoire, tel que l'entend l'école bénédictine, « la note simple n'a point de valeur par elle-même, mais elle emprunte toute celle qu'elle peut avoir à la syllabe à laquelle elle correspond. Le texte, dans le chant syllabique, doit régler en souverain le mouvement du rythme.
« Si la note (h\ chant correspond à une syllabe accentuée,
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elle ser<a accentuée; si elle se rapporte au contraire à une syllabe obscure, elle sera faible et obscure. — Ainsi la syllabe qui dans chaque mot est destinée à recevoir l'accent doit le conserver et le conserver seule; en ce sens du moins que cette syllabe sera toujours plus fortement marquée. » {Les Mélodies ffrrgoriennes, pp. 83, 121, 122.)
Toutes les notes ont donc, d'après Dom Pothior.une durée approximativemeTit égale, mais « on doit marquer avec plus de force la syllabe qui porte l'accent. » {fùid., p. 12i.)
Tel est aussi l'enseignement de Doni liourigaud qui, avec les éditeurs de la Paléographie musicale, aflirme « que dans l'exécution du chant grégorien la règle des règles estl'accentuation », et encore que « c'est le texte qui donne sa forme au chant ». (Revue du chant grégorien, Mai 1897, p. 108. — Août 1895, p. 15.)
La consé(juence de cette doctrine serait que le texte est le maître absolu et que le chant n'est que son esclave. Mais alors, que devient la prééminence de la musique et du rythme musical si souvent proclamée par les auteurs anciens et par les théoriciens du moyen Pige ? « Dans la musique, dit Denys d'Ilalicarnasse, ce sont les mots que l'on subordonne au chant et non le chant que l'on soumet aux paroles. Il en est de même pour le rylbme. La diction rythmique et musicale transforme les syllabes, les allonge et les raccourcit, de manière bien souvent à intervertir leurs qualités; car ce ne sontpoint les temps que l'on règle sur les syllabes, mais bien les syllabes sur les temps. » {De romposit. ver h., XI.) Au dire de Quintilien : « Architas et Aristoxène croyaient que la grammaire doit être soumise à la musique. » {Instit. orat.^ 1,11.)
L'auteur des hishtuta patrxnn, fixant les règles de la psalmodie, enseigne également la supériorité de la musique sur le texte : « Les cadences tonales sur les dernières notes des médiations et des linales doivent se faire, non pas suivant l'accent grammatical, mais suivant la mélodie musicale du mode. Comme le dit Priscien : Pas plus que la divine Ecriture, la musique iiest soumise aux règles de Donul . » ((îerbert, Scriptor., I, p. G.)
On voit par ces citations à quel point le système bénédictin, (|ui fait dépendre le rythme musical de l'accentuation grammaticale, s'écaite de l'enseignement traditionnel. El puis,
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quand le texte fait défaut, par exemple dans les vocalises de 30 notes et plus sur une seule syllabe, qu'est-ce qui déterminera les notes fortes et les notes faibles?
Dom Mocquei"eau,qui trouve dans le chant grégorien « des mesures simples ou composées de toutes espèces à 1,2, 3, etc., jusqu'à 42 temps », veut que « tous les temps forts de la musique et du rythme, toutes les notes expressives, comme les pressas, les strophicus, quoique semés irrégulièrement dans le tissu mélodique, soient toujours à leur place régulière au commencement de la mesure. » {Tribune de Saint- Gervais, Janvier 1897, p. 3.)
Mais à quel signe distinguera-t-on les mesures de 1 à 12 temps? Et peut-on reconnaître dans cette succession irrégiilière de temps, dans cet assemblage confus de notes, le caractère essentiel du rythme qui a toujours été considéré comme « Tordre dans le mouvement, moye^ ordinale »?
Bien plus artistique et plus rationnel est le système du 1{. P. Lhoumeau qui donne la prépondérance à l'accent mélodique — appelé par lui rythmique — sur l'accent verbal, et distingue dans chaque neume une thésis et une arsis. Seulement, il prend ces dénominations non pas dans le sens des rythmiciens, qui entendent par là uniquement le mouvement de la main ou du pied s'abaissant ou se levant pour marquer la mesure, mais dans le sens des grammairiens qui désignent par ces mots l'accent grave et l'accent aigu,
« On voit donc dans le rythme, dit-il, deux accents : l'un métrique, et au frappé, c'est le temps fort de la mesure; l'autre, rythmique, et au levé, c'est \arsis. Le premier est un coup, un ictus\ le second est un élan. Ainsi, c'est de 2 en 2 notes, ou au plus de 3 en 3 notes, que reparaît le temps fort ou la partie forte du temps (quand le temps se divise). Tout rythme, en effet, se ramène en dernière analyse à une proportion binaire ou ternaire. » {Trihune de Sainf -Gervais, Août 1895, pp. 7, 8.)
Il y a sans doute un élément àHordre dans cette division de la phrase mélodique en petits groupes de 2 ou de 3 notes ; mais on pourrait objecter que la mélodie elle-même ne s'y prête pas toujours. Oîi placera-t-on l'arsis et la thésis quand le chant se maintient sur une série de sons d'égale hauteur, par exemple dans les strophiciis qui comptent parfois jusqu'à cinq, ou même sept notes répétées?
« Il est donc inutile et même impossible, dit avec raison