l'avf.nir de la :\rT'STorE sacrer
Dom Pothier, d'identifier, au point de vue du lomps fort, l'accent aigu du discours ou l'accent tonique qui vient relever de distance en distance certaines syllabes, et l'accent aigu de la musique qui n'a ni la même régularité, ni la même alternance. Souvent, par exemple, celui-ci soutient la voix sur plusieurs syllabes de suite à une égale hauteur; ce qui obligerait à donner plusieurs temps forts successifs, sans mélange de temps faibles, et serait destructif de tout rythme et de tout accent. » {Lfs Mélodies (/régorifnnes, p. 73.)
Tous les systèmes qui font dépendre le rythme soit de l'accent verbal, soit même de l'accent mélodique, confondent deux parties de la musique tout à fait distinctes : le rythme et le mnlos. Les écrivains de l'Antiquité, en effet, définissent le rythme comme la mesure des temps, tandis que l'élévation ou l'abaissement de la voix est le propre de la mélodie.
« L'acuité ou la gravité du son, enseignait Martianus Capella au v" siècle, forme la mélodie; l'art du rythme, au contraire est tout entier dans les nombres. Le rythme est donc une composition formée de temps perçus par les sens et disposés suivant un certain rapport, un certain ordre. {De nuptiis 'phUolocjUP , IX.)
Et saint Augustin au iv^ siècle : « La raison s'aperçut que les sons ne lui offraient qu'une matière sans valeur, à moins qu'ils ne fussent informés par la mesure certaine des temps et une sage alternative d'acuité et de gravité : Nist certa dimensione tcmporum et acuminis (jramtatisqm'. modorata varielate sont figurarenlur . Elle reconnut que cela se trouvaiten germe dans la grammaire, où, en examiuant les syllabes avec une soigneuse attention, elle avait appelé p'u'dn et accents ces modifications du son. Quand les pieds n'allaient pas au delà d'une limite fixe après laquelle ils reveuaient, c'étaient des vers. Quand ils n'avaient pas de limite déterminée et qu ils se suivaient cependant dans un ordre ration uel, elle nomma cet arrangement rijthme.ca qui n'est autre chose que ce que nous appelons nombre en latin. » {De ordine^ W, 14.)
Voilà les deux parties constitutives de la musique qu'il faut bien se garder de confondre : le rt/f/tme^ formé de pieds qui se succèdent dans un certain ordre, et la mélodie^ qui n'est qu'un assemblage variéd'arrY'///.s- graves ou aigus.
Tel est l'enseignement de t(ms les Anciens. M. Bonloow, dans les lignes suivantes, explique avec beaucoup de clarté cette similitude des accents et des sous musicaux : « Les ac-
l'avenir de la MIISIQTTE SAnRIÎ;E 41
cents grecs et latins étaient une modulation, une cantilène ••fui accompagnait le discours, et nullement des coups de voix, ce qu'ils sont dans nos idiomes ternis et dépourvus de sonorité. Pour se faire une idée juste du langaoc des Anciens, il faut se mettre au piano; là les longues et les brèves indi- (jucront la mesure, la durée des sons ; les acconls indiqueront les hauts et les bas de la voix. La quantité des syllabes, ajoutct-il, avec Aristophane de Byzance, répond au.x mesures; les accenis répondent aux sons de la musique. » (Prrcis d'une théorie des rythme ><, première partie, p. 36.)
C'est donc aller contre la docîrine de toute l'Antiquité que de vouloir faire de l'accent l'élément constitutif du rylliine et de confondre la syllabe accentuée avec l'arsis ou la lliésis de la mesure. Dans les hymnes de Delphes, les plus anciens morceaux de musique grecque qui nous soient parvenus, la syllabe accentuée se place tantôt à la thésis, tantôt à l'arsis, et indifféremment sur lei"', le 2% le 3% le 4° ou le 5" temps de la mesure, — ces hymnes étant en rythme péoniqu(3 ou mesure à cinq temps; — seulement, cette syllabe y porte toujours une note au moins aussi élevée, mais jamais plus basse que les autres syllabes du môme mot.
Cette dernière particularité se retrouve dans certaines pièces du répertoire grégorien, mais elle est loin d'y constituer une règle générale. Chez les Grecs même, on ne l'observait pas toujoui's, et dans les chants qui ne remontent qu'aux premiers siècles de notre ère, elle est le plus souvent violée.
A partir du iv%ou même du m* siècle, l'accent subit une transformation, au moins dans le langage parlé. Il n'est plus caractérisé par une élévation de la voix, mais par un allongement de la syllabe accentuée qui augmente de durée au détriment des autres syllabes. De tonique, l'arccnt est devenu fjuanlilatif; il peut alors constituer un nouvel élément rylhmique et c'est ce qui explique que la poésie rythmique du moyen âge soit basée sur l'accent. Mais, ne l'oublions pa?, l'accent n'était plus ce qu'il était autrefois; il avait changé de nature et s'était substitué à la prosodie pour déterminer la la longueur des syllabes.
Cependant l'accent quantitatif ne paraît pas avoir indue sur le rythme des mélodies grégoriennes, car les syllabes accentuées y sont bien souvent moins chargées de notes que les syllabes faibles, et môme les pénultièmes brèves, qui, dans la prononciation vulgaire, disparaissaient complètement, y
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sont ornées de longues vocalises; ce qui prouve bien qu'au point de vue musical, l'accent n'avait alors aucune valeur rythmique. On n'en tenait pas compte non plus à Idpoque de Guy d'Arezzo, comme lui-même en fuit la remarque.
Déjà môme, au temps de saint Augustin, celte indifférence pour la valeur dos syllabes était passée dans la pratique musicale, comme en témoigne ce passage du saint Docteur: « La musique, à qui il appartient en propre de déterminer la mesure proportionnelle et le rythme des sons, demande uniquement que les syllabes soientabrégées ouallongées suivant les lois du rythme musical, » (De musica. II, 1 .)
D'ailleurs, l'école bénédictine, contrairement à l'opinion de tous les philologues, rejette l'accent quantitatif, pour ne s'occuper que de larcent tonique. Or, les témoignages que nous avons apportes liémontrent surabondamment que cet accent, marqué par le ton de la voix, correspond à celte partie de la musique que les anciens appelaient harmonique ou mélos, et qui s'occupe uniquement des sons et de leurs intervalles, tandis que la rythmique réglait les mouvements et mesurait ta durée des temps; distinction nettement définie dans ce texte bien conim (rAulu-Gelle : Lonfjior mensura rof?.s' uYruMUS dicitur, allior m\lia)S. {Noctea atlicie, W\, IH.)
J. Dipoix.